enragé, ée

ENRAGÉ, ÉE

(an-ra-jé, jée) part. passé.
Qui est affecté de la rage. Un chien enragé. Fig. Un chien enragé, un fort méchant homme. Populairement. Il a mangé de la vache enragée, c'est-à-dire il a beaucoup souffert de privations et de fatigues ; locution prise peut-être de ce que, disant : c'est de la vache, pour de la mauvaise viande, on aura dit de la vache enragée, pour de la très mauvaise viande.
Fig. Très irrité.
....Rustan est enragé de voir Que vous nous commandez avec tant de pouvoir [MAIR., Solim. III, 2]
Il a été enragé qu'on ne l'ait pas fait chef d'escadre [SÉV., 177]
Le chevalier est bien enragé de n'être point brigadier [ID., 256]
Ils sont enragés à force d'être devenus méchants [ID., 326]
Être enragé contre quelqu'un, être très animé contre lui.
Toutes les dames de la cour étaient enragées contre elle [SÉV., 419]
Qui tient à une chose avec une sorte de rage.
Il faut être bien enragée pour aimer la vie autant qu'on fait [SÉV., 140]
Très violent, excessif, en parlant des personnes.
Savez-vous sous quel joug cet hymen nous a mis ? De nos plus enragés et mortels ennemis [ROTR., Antig. II, 4]
Bavard enragé, laissez-nous [BEAUMARCHAIS, Mar. de Figaro, I, 3]
Il se dit aussi des choses.
Je suis du tout en proie à ma peine enragée [RÉGNIER, Dial.]
L'instinct enragé qui meut ses passions Ne mettra plus de borne à vos prétentions [ROTR., Vencesl. III, 7]
Il fait une dépense enragée [SÉV., 589]
Il a fait ici un temps enragé depuis trois jours : les arbres pleuvaient dans le parc, et les ardoises dans le jardin [ID., Lett. 8 janvier 1676]
Maudit sonneur, qui fait un bruit enragé [LA BRUY., Théophr. 25]
Une musique enragée ou d'enragé, musique bruyante et discordante ; se dit aussi du tapage.
Substantivement. Un enragé, une enragée, une personne atteinte de la rage. Fig. Celui, celle qui se livre à des actions violentes ou folles.
Tandis qu'Achillas même, épouvanté d'horreur, De ces quatre enragés admire la fureur [CORN., Pomp. II, 2]
Comment ! ces enragés Gisent-ils déjà morts l'un par l'autre égorgés ? [ROTR., Antig. I, 2]
Sers-toi d'une enragée et d'une furieuse [ID., Herc. mour. II, 2]
Hé bien ! ne voilà pas mon enragé de maître ? [MOL., l'Ét. v, 7]
Mon maître est un vrai enragé, d'aller se présenter à un péril qui ne le cherche pas [ID., Don Juan, III, 3]
L'enragé qu'il était, né roi d'une province Qu'il pouvait gouverner en bon et sage prince, S'en alla follement, et pensant être Dieu, Courir comme un bandit qui n'a ni feu ni lieu [BOILEAU, Sat. VIII]
Votre monsieur le marquis aime la musique et la danse comme un enragé [DANCOURT, Opéra de village, sc. 2]
Crier comme un enragé, jeter les hauts cris.