importun, une

IMPORTUN, UNE

(in-por-tun, tu-n' ; quant à la liaison du masculin devant une voyelle, la prononciation varie : les uns disent un in-por-tu-n ami ; les autres : un in-portun n-ami ; au pluriel, l's se lie : d'in-por-tun-z amis) adj.
Qui est fâcheux d'une manière répétée, continue.
Ainsi certaines gens faisant les empressés S'introduisent dans les affaires ; Ils font partout les nécessaires, Et, partout importuns, devraient être chassés [LA FONT., Fabl. VII, 9]
Je voudrais être en lieu d'où je pusse aisément Contempler la foule importune De ceux qui cherchent vainement Cette fille du sort [la fortune] de royaume en royaume [ID., ib. VII, 12]
Importun à tout autre, à soi-même incommode [BOILEAU, Sat. VIII]
Britannicus le gêne, Albine ; et chaque jour Je sens que je deviens importune à mon tour [RAC., Brit. I, 1]
C'est le rôle d'un sot d'être importun [LA BRUY., V]
Il se croyait utile et n'était qu'importun [DORAT, Feinte par amour, I, 1]
La faim qui flétrit l'âme autant que le visage, Par qui l'homme souvent importun, odieux, Est contraint de rougir et de baisser les yeux [A. CHÉNIER, Idylles, le Mendiant.]
Importun à soi-même, qui est pour soi-même une cause continuelle de fâcherie.
Captive, toujours triste, importune à moi-même [RAC., Andr. I, 4]
Substantivement.
....Qu'il [Dieu] nous garde, en ce bas monde ici, De faim, d'un importun, de froid et de souci [RÉGNIER, Sat. VIII]
Pour renvoyer chez vous les vœux qu'on vient m'offrir, Et n'avoir plus chez moi d'importuns à souffrir [CORN., Perthar. I, 2]
De combien d'importuns j'ai la tête étourdie ! [ROTR., St Genest. II, 3]
C'est un vieux importun qui n'a pas l'esprit sain, Et pour qui j'ai toujours quelque défaite en main [MOL., Fâch. III, 3]
Fut-il jamais inaccessible, je ne dis pas à ses amis, je dis aux indiscrets et aux importuns ? [FLÉCH., Lamoignon.]
Vois-tu cet importun que tout le monde évite, Cet homme à toujours fuir, qui jamais ne vous quitte ? [BOILEAU, Épître IX]
Ah ! que l'on porte ailleurs les honneurs qu'on envoie : Importune, peux-tu souhaiter qu'on me voie ? [RAC., Phèdre, III, 1]
Il se dit aussi des choses.
Viendrait-il de nouveau d'une audace importune Pour la centième fois éprouver la fortune ? [MAIRET, Soliman, I, 3]
ôtez-nous de ces biens l'affluence importune, Dirent-ils l'un et l'autre [LA FONT., Fabl. VII, 6]
Par des vœux importuns nous fatiguons les dieux [ID., Fabl. VIII, 5]
Ne trouvez-vous pas qu'il y a bien longtemps que nous sommes séparées ? je suis frappée de cette douleur d'une manière tellement importune qu'elle me serait insupportable [SÉV., 12 fév. 1672]
Ce sentiment importun des sens offensés, c'est ce qui s'appelle douleur [BOSSUET, Connaiss. I, 2]
Madame, je le sais, les soupçons importuns Sont d'un second hymen les fruits les plus communs [RAC., Phèdre, II, 5]
Pardonnez à l'éclat d'une illustre fortune Ce reste de fierté qui craint d'être importune [ID., Andr. III, 6]
Laissons de leur amour la recherche importune [ID., Bajaz. IV, 4]
....Oubliez une gloire importune ; Ce triste abaissement convient à ma fortune [ID., Iphig. III, 5]
Cesse, cesse et m'épargne un importun discours [ID., Phèdre, IV, 2]
Sa présence [de Joas] à la fin pourrait être importune [ID., Athal. II, 7]
Ah ! chassons cette importune idée [VOLT., Zaïre, I, 5]
Perdez-en pour jamais l'importune mémoire [ID., Sémir. I, 5]
Tous nos petits rimeurs, las d'un joug importun, Ont détrôné le dieu qui régnait au Parnasse. - Détrôné ? dites-vous ? qu'ont-ils mis à la place Du blond Phébus ? Phébus le brun [CLÉMENT, Épigr. contre Lebrun.]

SYNONYME

  • IMPORTUN, FÂCHEUX. La différence qu'il y a entre ces deux mots, c'est que celui qui fâche ou ce qui fâche peut n'être fâcheux qu'une fois, tandis que celui qui importune ou ce qui importune est fâcheux d'une manière répétée, continue. Un importun vous assiége ; un fâcheux vous cause un ennui. Un souvenir importun vous poursuit ; un souvenir fâcheux vous cause de la peine.

HISTORIQUE

  • XVe s.
    Il faut laisser le chalgrin importun à tout le moins à la table buvant [BASSELIN, XL.]
  • XVIe s.
    La fortune ayant esté si importune que de mettre en une maison triumphale un si piteux dueil [AMYOT, P. Aem. 57]
    Il y en eut plusieurs à qui Titus sembla par trop importun et trop cruel, d'avoir ainsi fait mourir Hannibal [ID., Flam. 42]
    Une ambition importune en tel aage [ID., Marius, 2]
    Combien qu'il eust aussi bonne grace, et rencontrast aussi dextrement à se deffaire de tels importuns [ID., Mauvaise honte, 9]
    J'ai vu des gens importuns de courtoisie [MONT., I, 52]
    La peur est encore plus importune et insupportable que la mort [ID., I, 64]
    Si quelqu'un donc par une legiereté intemperante ou temerité indiscrete, en temps ou lieu importun fait quelque chose dont les imbeciles et rudes soyent scandalisez.... [CALV., Inst. 665]
    Comment pourra-telle tenir contre un homme importun en demandes, obstiné en poursuites, inventif en moyens ? [DESPER., Contes, XCII]
    Mais l'importun souci qui nous suit pas à pas Et par terre et par mer, nous ne le fuyons pas [DU BELLAY, V, 32, verso.]
    Poignante, aspre, importune et fiere souvenance, Veux-tu donc nuict et jour mon esprit tourmenter ? [DESPORTES, Cléonice, LXXVIII]

ÉTYMOLOGIE

  • Lat. importunus, de in négatif, et portus, port, qui n'a point de port, d'accès, qui est défavorable, et de là les significations dérivées.