intérieur, eure

INTÉRIEUR, EURE

(in-té-ri-eur, eu-r') adj.
Qui est au dedans, ou qui a rapport au dedans. Les parties intérieures du corps. Il sent un feu intérieur qui le consume. Les provinces intérieures. Mer intérieure, celle qui se trouve au milieu d'une grande contrée ou entre des continents, comme la mer Noire, la Méditerranée. La mer Caspienne est un lac si grand qu'on la regarde comme une mer intérieure. Terme d'artillerie. Balistique intérieure, conditions du mouvement du projectile dans l'âme du canon. Substantivement. Celui qui vit dans l'intimité d'une personne (sens aujourd'hui peu usité).
Le roi rejeta cette ouverture avec cette sorte de mépris pour d'Antin qui, aux intérieurs et aux connaisseurs, ne faisait qu'augmenter l'opinion du crédit de ce même homme [SAINT-SIMON, 271, 164]
Fig. Qui appartient au dedans de l'individu, à son cœur, à son esprit. Sentiments intérieurs. Le for intérieur.
Expliquons-nous nettement ; je parle de ces pauvres intérieurs qui ne cessent de murmurer, quelque soin qu'on prenne de les satisfaire.... je veux dire de vos passions et de vos convoitises [BOSSUET, Sermons, Impénit. finale, 3]
Les peines et les afflictions intérieures de l'esprit [MASS., Carême, Prière 1]
Voix intérieures, voix entendues au-dedans d'eux-mêmes par ceux qui croient recevoir les communications de la Divinité, des anges, des saints. Les voix intérieures de Jeanne Darc.
Terme de dévotion. Qui se livre à la spiritualité.
Ils [les béguards] s'appelaient les contemplatifs, les gens spirituels et intérieurs [BOSSUET, Ét. d'orais. X, 2]
Saint Augustin était intérieur [ID., Lett. quiét. 12]
La mère des Anges et la mère Angélique n'étaient point assez intérieures au gré de ces Pères, ils leur reprochaient souvent de ne connaître d'autre perfection que celle qui s'acquiert par la mortification des sens et par la pratique des bonnes œuvres [RAC., Port-Royal, I]
Être fort intérieur, être fort recueilli, rentrer souvent en soi-même. L'homme intérieur, l'homme spirituel, par opposition à l'homme charnel.
Afin qu'il vous fortifie dans l'homme intérieur par son saint esprit [SACI, Bible, St Paul, Ép. aux Éph. III, 16]
On dit de même la vie intérieure. Voies intérieures, certaines dispositions pour arriver à la perfection religieuse.
S. m. La partie de dedans, le dedans. L'intérieur d'un temple. L'intérieur du corps. L'intérieur des terres.
L'intérieur de l'Afrique nous est inconnu, presque autant qu'il l'était aux anciens [BUFF., Hist. nat. Preuv. théor. terre, Œuv. t. I, p. 321]
La prise de Tournai, de Lille et de quantité d'autres places mettait les ennemis en état de pénétrer dans l'intérieur du royaume [DUCLOS, Règne de Louis XIV, Œuvres, t. V, p. 26, dans POUGENS.]
Toutes les maisons ouvertes laissent voir un intérieur d'une propreté charmante [GENLIS, Ad. et Théod. t. II, p. 15, dans POUGENS]
Fig. Vous m'avez conduit dans l'intérieur du travail du traducteur, Apol. de la trad. de Den. d'Hal. dans DESFONTAINES.
La partie d'une diligence qui suit le coupé. Prendre une place dans l'intérieur. Une place d'intérieur.
Terme de commerce et d'administration. Le dedans du pays, par opposition à l'extérieur. Tous ces produits se consomment à l'intérieur, dans l'intérieur. Le ministre de l'intérieur. L'intérieur, le ministère qui dirige les affaires administratives du pays, et les bureaux mêmes de ce ministère. Employé à l'intérieur. Il est à l'intérieur.
Terme de peinture. Tableau d'intérieur, ou, simplement, intérieur, tableau de genre qui a pour objet principal la représentation de l'architecture et des effets de lumière à l'intérieur des maisons, des édifices. Tableau représentant quelque scène de la vie domestique dans l'intérieur d'une maison.
L'intérieur d'une personne, l'intérieur de sa maison, de sa vie domestique. Se plaire dans son intérieur.
Vous ne pouvez imaginer à quel point je suis malheureuse dans mon intérieur [GENLIS, Théât. d'éduc. Dangers du monde, III, 6]
Sa tristesse la plongeait elle-même dans une rêverie continuelle, et leur intérieur était très silencieux [STAËL, Corinne, XIX, 2]
On dit dans le même sens, l'intérieur d'un ménage, d'une famille.
Il fut bientôt admis dans l'intérieur de la famille, et regardé comme l'un des amis de la maison [GENLIS, Veillées du château t. III, p. 59, dans POUGENS]
Fig. L'intérieur, ce qu'il y a de secret dans la vie. Il connaît l'intérieur de ce ménage, de cette famille.
La partie intime de l'âme. Découvrir son intérieur à son confesseur. Rentrer dans son intérieur.
Et de l'intérieur prends d'autant plus de soin, Que Dieu, sans se tromper, connaît ce que nous sommes, Et que du fond du cœur il se fait le témoin [CORN., Imit. I, 19]
Vous voyez, ma bonne, que je vous rends compte de mon intérieur, après vous avoir parlé de mon corps et de ma santé [SÉV., 25 juin 1690]
Et que lui sert de posséder ce qui, demeurant hors de lui, ne peut remplir son intérieur ? quel bien lui revient-il de tant de richesses ? [BOSSUET, Concupisc. 9]
Aux avis que je vous ai donnés sur votre intérieur [ID., Lett. Corn. 96]
J'espère que ce siècle si éclairé permettra d'abord que j'entre un moment dans l'intérieur de l'homme ; car c'est sur cette connaissance que toute la vie civile est fondée [VOLT., Mél. litt. Mém. sur la satire, Crit. permise.]
Absolument. En termes de dévotion, l'intérieur, le soin de rentrer en soi-même.
Souviens-toi que le cloître, où tu t'es enfermé, Veut de l'intérieur et de la vigilance [CORN., Imit. I, 25]
M. l'évêque de Chartres prend les mêmes précautions [pour empêcher qu'on n'abuse de l'oraison ou qu'on ne la méprise], et tout respire l'intérieur et la piété dans l'ordonnance de ce prélat [BOSSUET, 2e écrit sur les Max. des saints, 4]
10° Intérieur de Notre-Seigneur, Intérieur de Notre-Dame, nom de deux fêtes qui ont pour but de glorifier les grâces intérieures de Jésus-Christ et de sa mère.
11° Terme de jeux. Désignation propre au jeu de la belle, sous laquelle on renferme tous les numéros non compris dans la bordure.

REMARQUE

  • Intérieur n'admet ni plus ni moins, étant lui-même un comparatif, au moins par la forme ; il a pour superlatif intime. Cependant, abusivement, on dit quelquefois plus intérieur pour indiquer ce qui est plus avant dans l'intérieur. Voici des exemples :
    Les petits filets que je vous ai dit venir du plus intérieur du cerveau [DESC., l'Homme, 4]
    Bontemps, dont le fils, gouverneur de Versailles et le plus intérieur des quatre valets de chambre du roi, n'a jamais oublié mon père [SAINT-SIMON, 7, 94]
    Le ministre voulut flatter celle par qui il régnait et s'acquérir des créatures importantes dans son plus intérieur [ID., 9, 107]

SYNONYME

  • INTÉRIEUR, INTERNE, INTRINSÉQUE. Ces trois mots ont un radical commun qui est la préposition latine intra, signifiant en dedans. Ce qui les distingue, c'est que intérieur, étant étymologiquement un comparatif, implique une idée de comparaison qui n'est pas dans interne ; il signifie ce qui est plus en dedans, tandis que interne signifie seulement ce qui est en dedans. Intrinsèque se dit de ce qui est inhérent, essentiel, par opposition à ce qui est accidentel et adventif : qualités intrinsèques. De plus, intérieur est le mot vulgaire et de tous les styles ; interne est un mot de science, de physique, de médecine ; et intrinsèque un mot de philosophie, de scolastique.

HISTORIQUE

  • XVe s.
    Apprends à mespriser ces choses du monde, et te donne à tes interiores, c'est à dire à penser à Dieu et à toi, et tu verras le royaume de Dieu venir en toi [, Internelle consolation, dans le Dict. de DOCHEZ]

ÉTYMOLOGIE

  • Provenç. et espagn. interior ; ital. interiore ; du lat. interiorem, comparatif de interus, du même radical que la préposition in, en, dans.