joyeux, euse

JOYEUX, EUSE

(jo-ieû, ieû-z' ; plusieurs disent joi-ieû ; au XVIe siècle, d'après Bèze, il fallait prononcer joi-ieux ; il blâme certains qui prononçaient jo-ieux) adj.
Qui a de la joie.
...Le petit enfant qui va, saute et revient, Et joyeux à sa mère offre un caillou qu'il tient [BOILEAU, Art p. III]
Combien vivent joyeux, qui devaient, sœurs ou frères, Faire un pleur éternel de quelques ombres chères ! [V. HUGO, F. d'automme, VI]
Mener une vie joyeuse, mener joyeuse vie, vivre dans les plaisirs, se livrer au plaisir. Familièrement. Bande joyeuse, compagnie de gens qui se réjouissent, s'amusent.
Qui exprime la joie. Des cris, des chants joyeux.
À leurs regards joyeux dérobant mes douleurs [ANCELOT, Fiesque, I, 2]
Qui donne la joie. Une nouvelle joyeuse. Une chanson joyeuse.
Comment accordé-je ici le souvenir de ces joyeuses solennités [fêtes de mariage] à cet appareil de cérémonies funèbres ? [FLÉCH., Dauphine.]
Fertile, abondant (au sens latin de laetae segetes).
Puis aussi les moissons Joyeuses, les troupeaux bêlants et mugissants [A. CHÉN., Idyl. l'Aveugle.]
Le droit de joyeux avénement, se disait d'un impôt qu'on payait autrefois au roi de France lors de son avénement au trône.
S f. Joyeuse, nom de l'épée de Charlemagne ou de quelques autres héros des chansons de geste.

REMARQUE

  • Ce mot a couru des risques dans le courant du XVIIe siècle ; il a été menacé par les puristes.
    Cet homme est joyeux, cette personne est joyeuse, ces anciens termes ne sont plus en usage dans le beau style, il faut dire gai ou de belle humeur [MARG., BUFFET, Observ. p. 58, 1668]
    Je suis tout joyeux de vous voir, commence à n'être plus du bel usage ; il faut dire je suis ravi ou je suis réjoui ou j'ai une joie sensible quand je vous vois [DE CAILLIÈRES, 1690]

HISTORIQUE

  • XIe s.
    En son corage [il] en est joüs et liet [, Ch. de Rol. CXCVI]
  • XIIe s.
    Dont doi-je bien par droit estre joious [, Couci, VII]
    Tuit sont parti de moi joious talent [désirs joyeux]. [, ib. XX]
    Irai joios et liez [, Roncis. p. 12]
  • XIVe s.
    Et quant il li viendra bonne fortune, il n'en sera pas moult joieus ne pour male fortune moult triste [ORESME, Eth. 121]
  • XVe s.
    Et s'agenouillerent devant le roy, en disant ainsi : très cher sire et noble roy, voz bourgeois de la ville de Paris vous presentent au joyeux advenement de vostre regne tous les joyaux qui sont sur ceste littiere [FROISS., liv. IV, p. 6, dans LACURNE]
  • XVIe s.
    Vien, Attropos, et me couppe la teste De Durandal, de Joyeuse ou Clarence [, Départie d'amours, p. 242, dans LACURNE]
    Plus joyeux que rats en paille ou fourmis en grain [COTGRAVE, ]
    Joyeuse et riche vie pere et mere oublie [ID., ]

ÉTYMOLOGIE

  • Voy. JOIE ; provenç. joyos ; ital. gioioso. Remarquez que la Joyeuse se dit en latin jocosa ; il est de fait que joyeux pourrait aussi bien venir de jocosus, que de joie par un latin fictif gaudiosus. L'étymologie de joie par gaudia est certaine ; mais il serait possible que, dans joyeux, jocosus et gaudiosus se fussent confondus.