jugeur

JUGEUR

(ju-jeur) s. m.
Terme qui se dit par dénigrement. Celui qui juge.
De perfides et iniques demandes de troupes, qui peuvent attirer un déluge de malheurs sur cette province, et qui ne seront jamais utiles qu'à l'orgueil ou à la vengeance des jugeurs [MIRABEAU, Collection, t. I, p. 40]
Terme d'ancienne pratique. Conseiller qui ne faisait point de rapports, et dont la mission se bornait à juger.
Fig. Homme qui ne sait que juger et critiquer sans être capable de rien produire. Un jugeur de profession.
Ajoutez-y le pédantesque abus de ces autres grands mots, décence et bonnes mœurs, qui donnent un air si important, si supérieur, que nos jugeurs de comédies seraient désolés de n'avoir pas à les prononcer sur toutes les pièces de théâtre [BEAUMARCHAIS, Mar. de Fig. Préface]

REMARQUE

  • Jugeur n'a pris un sens péjoratif que par opposition à juge ; autrement la finale eur n'a aucun mauvais sens ; mais ici, tandis que le juge remplit un office public, le jugeur fait un métier.

HISTORIQUE

  • XIIIe s.
    Car trop sont près li jugeor [, Partonopex, dans RAYNOUARD, Lexique]
  • XVIe s.
    Lors s'estoit evanouie la difference de jugeurs et rapporteurs d'enquestes [PASQUIER, Recherches, liv. II. p. 47, dans LACURNE]

ÉTYMOLOGIE

  • Provenç. jutjaire, jutgaire, jutjador, jutgador ; espagn. juzgador ; portug. julgador ; de judicare, juger. En français jugere, en provençal jutjaire est le nominatif ; jugeor, jutjador, le régime.