larron, onnesse

LARRON, ONNESSE

(la-ron, ro-nè-s') s. m. et f.
Celui, celle qui commet un larcin, qui dérobe furtivement.
Quand avons-nous manqué d'aboyer au larron ? Témoin trois procureurs, dont icelui Citron A déchiré la robe.... [RAC., Plaid. III, 3]
Quand on veut être le maître, pour la fin le moyen ; maître et bon, maître et juste [il s'agit de cruautés commises en Italie par Napoléon Ier], ces mots s'accordent-ils ? oui, grammaticalement, comme honnête larron, équitable brigand [P. L. COUR., Lettres, I, 202]
Fig.
Larronnesse des cœurs, tu n'échapperas pas [SCARR., Jodelet, IV, 3]
....Ses soins ne purent faire Qu'elle échappât au temps, cet insigne larron [LA FONT., Fabl. VII, 5]
Sans courroux, ma comtesse ; Vous savez que nature est un peu larronnesse [TH. CORN., Comtesse d'Orgueil, IV, 6]
Fig. Un larron d'honneur, celui qui ôte l'honneur à un mari.
Guerre, guerre mortelle à ce larron d'honneur ! [MOL., Sgan. 21]
C'est un larron d'honneur Qui subornait ma mère et ma sœur et ma fille [LEGRAND, Famille extravag. sc. 27]
Or il faut que je sorte une heure, et moi qu'on nomme Ruy Gomez de Sylva, je ne puis l'essayer, Sans qu'un larron d'honneur se glisse à mon foyer [V. HUGO, Hernani, I, 3]
Donner au plus larron la bourse, confier la garde de l'argent, le soin de la dépense à celui dont on devrait le plus se défier ; par allusion à Judas, à qui la bourse avait été confiée. On dit dans le même sens : au plus larron la bourse.
Voilà les finances en bonne main ! mais ce n'est plus que la coutume : au plus larron la bourse [GUI PATIN, Lett. t. II, p. 21]
Fig. Ils s'entendent comme larrons en foire, se dit de gens qui sont d'intelligence ; le plus souvent il se prend en mauvaise part.
Ils s'entendent tous deux comme larrons en foire [MOL., le Dép. III, 8]
Vous vous entendez tous deux comme larrons en foire pour le bien du genre humain [VOLT., Lett. à Cath. I]
On dit d'un habit très usé, qu'il fait peur aux larrons, parce qu'il montre la corde.
Larron se dit particulièrement des deux voleurs qui furent mis en croix avec Jésus-Christ. Le bon larron, le mauvais larron.
Lejay vient de mettre Voltaire Entre la Beaumelle et Fréron ; Ce serait vraiment un calvaire, S'il s'y trouvait un bon larron [VOLT., Sur un portrait de lui où il était représenté entre la Beaumelle et Fréron]
Terme d'imprimerie. Pli qui se trouve dans une feuille de papier mise sous la presse, et qui cause une défectuosité dans l'impression. Morceau de papier qui, se trouvant sur la feuille à imprimer, reçoit l'impression, et laisse un blanc.
Terme de relieur. Feuillet d'un livre, qui, demeurant plié par un des bouts, ne se trouve pas rogné par cet endroit, et qui, de la sorte, a plus de papier qu'il n'en devrait avoir.
Nom donné aux pellicules sèches qui sont dans les plumes et qui boivent ou dérobent l'encre quand on écrit. Nom donné aux bouts de mèche qui tombent sur la chandelle ou la bougie, brûlent encore et la font couler.
Terme de ponts et chaussées. Larron d'eau, canal pratiqué pour l'écoulement des eaux. Se dit aussi de petits trous que les anguilles pratiquent aux chaussées, en s'enfonçant dans la terre mal corroyée, et par lesquels l'eau des étangs s'échappe.

PROVERBES

  • L'occasion fait le larron, c'est-à-dire souvent l'occasion fait faire des choses répréhensibles auxquelles on n'aurait pas songé.
  • Demandez à mon compère si je suis larron.
  • Tant prend larron qu'on le pend.
  • Il ne faut pas crier au larron, se dit quand on n'a payé que le juste prix d'une marchandise.

SYNONYME

  • LARRON, VOLEUR. Le larron dérobe furtivement. Le voleur s'empare du bien d'autrui soit furtivement soit par violence.

HISTORIQUE

  • XIe s.
    E s'il pot dedenz un an et un jur trover le larun [, Lois de Guill. 4]
  • XIIe s.
    Li pastre deit.... El'oeille [brebis] malade sur l'espaule porter, Ne la deit pas laissier al larrun estrangler [, Th. le mart. 29]
    Onc n'i ot si hardi ne tremblast com larron [, Sax. XXII]
  • XIIIe s.
    S'on prent, par droit, d'un larron la justise, Doit-on desplaire as loiaus, de neant ? [QUESNES, Romanc. p. 89]
    Mout ot Tybers li lerres le cuer très courroucé [, Berte, XX]
    Elle, en sa personne, tout soit ce qu'elle en use mauvaisement, ne doit pas estre justicie comme larrenese [BEAUMANOIR, XXX, 97]
    Et si vair oel [yeux] fremiant, Larron d'embler cuer [cœur] d'amant [, cité dans COUSSEMAKER, l'Art harm. p. 233]
    La nuit fist l'eschargaite Godefrois de Buillon ; Et Solimans monta et tout si compaignon ; Cele nuit sont entré en l'os Dieu [l'armée de Dieu] à larron [furtivement] [, Ch. d'Ant. III, 795]
    Bien est lerres qui larron emble [, Fabliaux mss. p. 162, dans LACURNE]
    Nul malfaiteur, ne liarre ne murtrier n'osa demourer à Paris, qui tantost ne feust pendu ou destruit [JOINV., 297]
  • XIVe s.
    Si dient qu'il seroit à fourques [fourches] boins pendus [bon pendu, bien pendu] Pour le grant larrecin qui de lui est isus ; Mais encor n'a on mie tous les larons pendus [, Baud. de Seb. X, 679]
  • XVIe s.
    La chose bien gardee est difficilement perdue, et l'abondance fait le larron [MARG., Nouv. X]
    Le trou [déversoir] est appellé larron comme derobant l'eau., -U, n trou ou larron, pour vuider l'eau importune, afin de garder de crever les tuiaux [O. DE SERRES, 768]
    De tout temps les gros larrons ont esté plus epargnez que les petits, voire que les gros ont ordinairement pendu les petits, selon le proverbe ancien [H. EST., Apol. pour Hérod. p. 135, dans LACURNE]
    D'un larron privé on ne se peut garder [COTGRAVE, ]
    À gros larrons grosse corde [LEROUX DE LINCY, Prov t. II, p. 171]
    À qui tousjours de dons tu uses, Larron le fais si le refuses [ID., ib. p. 230]

ÉTYMOLOGIE

  • Wallon, lâron, liére ; provenç. laire, lairo ; catal. lladre ; espagn. ladron ; ital. ladro ; du lat. latronem, contraction de latero, de latus, côté (voy. LATÉRAL). Le latro fut primitivement un soldat qui gardait le côté, la personne du prince ; puis il signifia soldat mercenaire (voy. les dictionnaires latins), et finalement prit un sens péjoratif, à peu près comme brigand qui, signifiant d'abord une espèce de soldat, passa au sens de voleur de grand chemin. Curtius préfère rapprocher latro du terme grec signifiant mercenaire. En provençal laire, en français lere est le nominatif, venant de látro ; lairo, larron est le régime, venant de latrónem. L'italien ladro est formé soit du nominatif latro (ce qui est peu probable, vu que la formation se fait presque toujours par l'accusatif), soit d'une forme barbare latrus.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

    LARRON. Ajoutez : - REM.
  • 1. Au lieu de : L'occasion fait le larron, on disait dans l'ancienne langue : Aise fait le larron : XIIe s.
    Li vilains dist, e sil veit l'om, Que aise fait sovent laron [BENOIT, Chronique, t. II, p. 347, V. 25472]
  • 2. Chateaubriand a dit, au féminin, larronneuse au lieu de larronnesse.
    D'abord parurent des canons, sur lesquels des harpies, des larronneuses, des filles de joie montées à califourchon tenaient les propos les plus obscènes et faisaient les gestes les plus immondes [CHATEAUB., Mém. d'outre-tombe (édition de Bruxelles), t. I, Rappel de M. Necker, etc.]