las, lasse

LAS, LASSE1

(lâ, lâ-s') adj.
Qui éprouve le sentiment de la lassitude.
Ma foi, me trouvant las.... Je me suis doucement assis sur ce nuage [MOLIÈRE, Amph. prologue.]
Sied-il bien à des dieux de dire qu'ils sont las ? [ID., ib.]
On va bien loin, dit-on, quand on est las : mais, quand on a les jambes rompues, on ne va plus du tout [SÉV., 5 oct. 1671]
Par extension.
Ce déplorable chef du parti le meilleur, Que la fortune lasse abandonne au malheur [CORN., Pomp. I, 1]
Il [Napoléon] fatigua la victoire à le suivre ; Elle était lasse, il ne l'attendit pas [BÉRANG., Cinq mai.]
Las de, à qui telle ou telle chose fait éprouver le sentiment de lassitude. Être las de marcher. Populairement. Un las d'aller, un fainéant.
Ce rogneux las d'aller [un chien galeux] se frottait à mes bas [RÉGNIER, Sat. X]
Las d'aller est un personnage de Rabelais. Las d'aller, nom vulgaire du héron butor.
Dégoûté, ennuyé de quelque chose que ce soit.
Obéissons, madame, à ce peuple sans foi, Qui, las de m'obéir, en [de Nicomède] veut faire son roi [CORN., Nicom. V, 5]
Il y court [à Surate] ; les mers étaient lasses De le porter [LA FONT., Fabl. VII, 12]
À dire vrai, nous nous incommodons étrangement l'un et l'autre, et, si vous êtes las de me voir, je suis bien las aussi de vos déportements [MOL., D. Juan, IV, 6]
Il [M. de Barrillon] est souvent chez Mme de la Fayette et chez Mme de Coulanges ; il disait à cette dernière l'autre jour : Ah ! madame, que votre maison me plaît ! j'y viendrai bien les soirs, quand je serai las de ma famille. - Monsieur, lui dit-elle, je vous attends demain [SÉV., 24 janv. 1689]
Pylade, je suis las d'écouter la raison [RAC., Andr. III, 1]
C'est trop gémir tout seul ; je suis las qu'on me plaigne [ID., Andr. III, 1]
Las de se faire aimer, il veut se faire craindre [ID., Brit. I, 1]
Lasse enfin d'elle-même et du jour qui l'éclaire [ID., Phèdre, I, 1]
Lasse de vains honneurs et me cherchant moi-même [ID., Esth. I, 1]
Je suis las du pouvoir [VOLT., Alz. I, 1]
Il [Cromwell] vint heureusement dans le temps où l'on était dégoûté des rois ; et son fils dans le temps où l'on était las d'un protecteur [ID., Dict. phil. Charlatan.]
Fig. Faire quelque chose de guerre lasse, voy. GUERRE.

PROVERBE

    On va bien loin depuis qu'on est las, c'est-à-dire malgré la fatigue, il faut continuer courageusement ses efforts.

SYNONYME

  • LAS, FATIGUÉ. Au sens physique, las est plus général que fatigué. On est las soit que la lassitude soit produite par un exercice excessif, soit qu'elle se fasse sentir spontanément et sans exercice préalable ; au lieu qu'on n'est fatigué que par un excès de quelque exercice.

HISTORIQUE

  • Xe s.
    E eret [et il était] mult las [, Fragm. de Valenc. p. 468]
  • XIe s.
    Qui mult est las, il se dort contre terre [, Ch. de Rol. CLXXVIII]
  • XIIe s.
    Lasse, chetive [elle] se claime à genouillons [, Ronc. 116]
    Dedenz quart jur après vint à Senz saint Thomas : à l'ostel s'en ala : car de l'errer ert las [, Th. le mart. 57]
  • XIIIe s.
    Tant a fuï la lasse par un estroit sentier.... [, Berte, XXXVIII]
    Las buef suef [doucement] marche, Ce dit li vilains [, Prov. du vilain, ms. f° 74, dans LACURNE]
  • XIVe s.
    Je veoie le terme de ma lasse vie approucher [, Chron de St-Denis, t. I, f° 23, dans LACURNE]
  • XVe s.
    Il n'est delit, joie, feste, soulas, Joustes, tournois, deduit, esbatement, De quoy chascuns ne soit à la foiz las, Combien que tout plaise au commencement [E. DESCH., Plaisirs de l'estude.]
  • XVIe s.
    Le peuple le receut et recueillit à grande joye, estant desjà las et ennuyé de Themistocles [AMYOT, Cim. 10]
    Protogenes.... ayant parfaict l'image d'un chien las et recreu [MONT., I, 254]

ÉTYMOLOGIE

  • Provenç. las ; esp. laso ; ital. lasso ; du lat. lassus, qui n'est qu'une forme plus assimilée de laxus (voy. LÂCHE).