madré, ée

MADRÉ, ÉE

(ma-dré, drée) adj.
Bois madré, bois dans lequel on voit des taches, comme dans le hêtre.
Par extension, tacheté de diverses couleurs. Porcelaine madrée.
Il y a grande apparence que cette femelle [du coucou] si joliment madrée dont parle M. Salerne était un jeune de l'année [BUFF., Ois. t. XI, p. 484]
Terme de fauconnerie. Se dit d'un oiseau de proie qui a mué plusieurs fois.
Fig. Qui sait plus d'un tour.
Un renard, jeune encor, quoique des plus madrés, Vit le premier cheval qu'il eût vu de sa vie [LA FONT., Fabl. XII, 17]
Si on avait laissé jouer la pièce de Palissot sans se plaindre, elle n'aurait pas eu trois représentations ; Jérôme Carré a été plus madré, il ne s'est point plaint, et il a fait rire [VOLT., Lett. Thiriot, 29 août 1760]
En débarquant auprès de la béguine, L'oiseau madré la connut à la mine [GRESSET, Ver-Vert, III]
Substantivement.
Ce vieux madré de cardinal Qui vous escroqua la Lorraine [VOLT., Lett. Prusse, 26 janv. 1740]
L'une et l'autre avaient reçu de Mme Dupin des multitudes de présents faits à mon intention, mais que la vieille madrée, pour ne pas me fâcher, s'était appropriés pour elle et pour ses propres enfants [J. J. ROUSS., Confess. IX]

REMARQUE

  • Marg. Buffet dit, Observ. p. 30, en 1648, que madré est vieux et ridicule. Il est revenu de cet arrêt.

HISTORIQUE

  • XIVe s.
    Hanaps d'or et d'argent et de madre madré [, Guesclin. 19518]
  • XVIe s.
    Le bois d'erable est plus madré, figuré et damasquiné que nul autre bois [PALISSY, 28]
    ....Je te donne une coupe De fresne bien madré, faite dessus le tour, Si tu me peux guarir des charmes de l'amour [R. BELLEAU, Berger. p. 110, dans LACURNE]
    Je suis plus madré en ces affaires [COTGRAVE, ]

ÉTYMOLOGIE

  • Madre. De l'idée de varié en couleur, on a passé à l'idée de varié en esprit, d'où rusé, adroit. Grandgagnage en rapproche le languedocien mandra, renard, rusée, mandrat, renardeau, rusé.