marqué, ée

MARQUÉ, ÉE

(mar-ké, kée) part. passé de marquer
Distingué par une marque. Du linge marqué d'une L. Papier marqué, parchemin marqué, papier, parchemin qui est marqué avec un timbre pour servir aux actes qui font foi en justice.
Autrefois on nous tuait [nous paysans] pour cinq sous parisis.... maintenant il en coûte à un maire sept sous et demi de papier marqué pour seulement mettre en prison l'homme qui travaille [P. L. COUR., Lett. 1re.]
On dit aujourd'hui de préférence, papier timbré, parchemin timbré. Marqué au coin de, se dit de ce qui a reçu l'empreinte d'un coin. Fig. Ouvrage marqué au bon coin, ouvrage bien fait.
Vous [mes vers] croyez à grands pas chez la postérité Courir, marqués au coin de l'immortalité [BOILEAU, Ép. X]
Terme de blason. Se dit pour indiquer la couleur des points des dés. Trois dés d'argent marqués de sable.
Qui a subi la peine de la marque.
Moi qui.... Et jadis en public fus marqué par derrière, Pour être trop homme de bien [MOL., Amph. I, 2]
Fouetté-marqué, condamné qui avait subi la peine du fouet et celle de la marque. Fig.
Et renvoyer ces rois qu'on aurait pu bénir, Marqués au front d'un vers que lira l'avenir [V. HUGO, Feuilles d'automne, XL.]
Qui a reçu une marque, une impression.
Qu'un front encor marqué des fers qu'il a portés... [CORN., Othon, IV, 1]
Être marqué de petite vérole, avoir sur le corps et, principalement, au visage, des marques de petite vérole.
La petite vérole lui vint, elle en resta extrêmement marquée [MARIVAUX, Marianne, 1re partie.]
Absolument. Être marqué, même sens.
Mme de Saint-Valleri sera marquée ; j'ai si bien fait que son joli nez en sera gâté [SÉV., 7 août 1675]
Qui porte quelque marque, quelque signe sur quelque partie du corps. Être marqué au front, à la joue. Être né marqué, avoir apporté en naissant quelque signe. Son fruit en sera marqué, se dit d'une femme grosse qui désire avec ardeur quelque chose.
Appétit tel qu'Alibech avait crainte Que quelque jour son fruit n'en fût marqué [LA FONT., Diable.]
Fig. et familièrement. Il est marqué au B, se dit d'un boiteux, d'un borgne, d'un bossu. Donnez-vous de garde de ces gens qui sont marqués au B, ils sont ordinairement malins. Il est comme les moutons du Berry, marqué sur le nez. Cheval marqué en tête, cheval qui a l'étoile ou la pelote au front. Faux-marqué, cheval chez lequel, par fraude, on a rétabli sur la dent, par des moyens artificiels, la cavité que l'usure naturelle a fait disparaître. On dit aussi, dans ce sens, contre-marqué. Terme de vénerie. Faux-marqué, se dit aussi du cerf qui a plus d'andouillers d'un côté de la tête que de l'autre. Terme d'histoire naturelle. Marqué, qui porte quelque tache.
La queue est grise et marquée d'une tache fauve dans son milieu [BUFF., Quadrup. t. VII, p. 379]
Au piquet et au trictrac. Être marqué, perdre un des coups partiels dont l'ensemble forme la partie ; le perdant marque sa perte au moyen d'un jeton ; c'est pourquoi il est marqué. Substantivement. Un marqué, deux marqués, trois marqués, se dit d'un point, de deux points, de trois points perdus de cette façon. Celui qui reçoit le plus de marqués perd la partie.
Taille marquée, taille dessinée par quelque vêtement. Avoir les traits marqués, avoir les traits du visage prononcés. En termes de théâtre, rôle marqué, coquette marquée, jeune premier marqué, ceux qui ne sont plus de la première jeunesse. Elle est un peu marquée pour jouer les amoureuses.
Noté, inscrit. Visite marquée sur l'agenda du médecin.
La pensée d'être fâché de paraître guidon dans le livre de notre généalogie est tellement passée à mon fils.... il importera peu, dans les siècles à venir, qu'il soit marqué pour cette charge, qui a fait le commencement de sa vie, ou pour la sous-lieutenance [SÉV., 25 avr. 1687]
Cette province d'Allabad n'est pas seulement marquée dans nos cartes françaises de l'Inde ; il faut être bien établi dans un pays pour le connaître [VOLT., Pol. et lég. Fragm. hist. sur l'Inde, XXXVI.]
Fig.
Il n'y a point d'endroit [à Livry] où je ne me souvienne de ma fille, et qui ne soit marqué tendrement dans mon imagination [SÉV., 27 sept. 1679]
Fig. Être marqué sur le livre rouge, être noté pour quelque faute.
Décrit.
Les hommes n'ont point changé selon le cœur et selon les passions, ils sont encore tels qu'ils étaient alors, et qu'ils sont marqués dans Théophraste, vains, dissimulés, flatteurs, intéressés, effrontés, importuns, défiants, médisants, querelleurs, superstitieux [LA BRUY., Disc. sur Théophr.]
Mandé. Cela est marqué dans la dépêche qui vient d'arriver.
10° Qui est connu par quelque chose comparé à une marque.
Il y aura demain un an que je ne vous ai vue.... mon Dieu ! que ce jour est présent à ma mémoire ! et que je souhaite en retrouver un autre qui soit marqué par vous revoir, par vous embrasser !... [SÉV., 2 oct. 1689]
Quand je considère quatre-vingt-dix ans si soigneusement ménagés, quand je regarde des années si pleines et si bien marquées par les bonnes œuvres [BOSSUET, Yol. de Monterby.]
Songez que ce grand jour doit être un jour propice Marqué par la clémence et non par la justice [VOLT., Alzire, I, 1]
Quoi ! dans ces jours marqués par la mort d'Alexandre.... [ID., Olymp. II, 3]
Il regardait le Rhin, le Danube, les Alpes du Tyrol, marqués alors par d'autres noms, et tous les pays par où il devait passer avant d'arriver à la ville des sept montagnes [ID., Princ. de Babyl. 8]
11° Désigné, fixé d'avance, prédestiné.
Après que le temps marqué de Dieu eut été accompli, moi Nabuchodonosor j'élevai les yeux au ciel [SACI, Bible, Daniel, IV, 31]
Voilà vraiment un malheur bien marqué et une destinée que rien ne pouvait empêcher [SÉV., 26 fév. 1690]
J'irai assurément ; et mon jour est si bien marqué, que ce serait signe de grand malheur si je ne partais pas [ID., 30 juill. 1677]
C'est là ma dévotion [être soumise à la volonté de la Providence].... et, si j'étais digne de croire que j'ai une voie toute marquée, je dirais que c'est là la mienne [ID., 18 mai 1680]
Ah ! ma bonne, fallait-il que ma vie fût rangée et marquée si loin de la vôtre ! [ID., 9 août 1671]
Cette année 89 si prédite, si marquée, si annoncée par de grands événements [ID., 31 déc. 1688]
Réservez-vous, dans les temps marqués par votre prédestination éternelle, de secrets retours à l'État et à la maison d'Angleterre ? [BOSSUET, Duch. d'Orl.]
Voyez, chrétiens comme les temps sont marqués [dans une prophétie], comme les générations sont comptées [ID., Reine d'Anglet.]
Eh ! seigneur, si votre heure est une fois marquée, Le ciel de nos raisons ne sait point s'informer [RAC., Phèdre, I, 1]
Ce temps était marqué pour les événements rapides [VOLT., Louis XIV, 9]
Voici les jours nouveaux marqués pour la victoire [ID., Fanat. II, 5]
Je vois que malgré nous tous nos pas sont marqués [ID., Sémiram. V, 4]
12° Indiqué, témoigné.
On dit le miséréré [auprès de Saint-Aubin mourant] ; ce fut une attention marquée par ses gestes et par ses yeux ; il avait répondu à l'extrême-onction [SÉV., 19 nov. 1688]
La distinction de ce choix si bien marqué par la lettre du roi [M. de Chaulnes nommé ambassadeur à Rome] [ID., 4 sept. 1689]
13° Fig. Apparent, visible, remarquable.
Il faut qu'il y ait eu quelque rudesse marquée à ces fêtes de Versailles [SÉV., 5 nov. 1676]
Je n'ai point été malade, je n'ai point eu d'ennui marqué, j'ai vu de belles maisons, de beaux pays [ID., 3 juill. 1689]
Toutes ces circonstances sont si touchantes et si marquées, qu'encore que ce ne soit point la première mort subite dont on ait entendu parler.... [ID., 1er janv. 1690]
Mme de la Fayette a eu trois accès marqués de fièvre quarte [ID., 21 oct. 1676]
Pouvait-on dépeindre l'usure sous des traits plus forts et plus marqués ? [BOURDAL., Serm. 22e dim. après la Pentec. Domin. t. IV, p. 329]
Quoique son indignation et sa jalousie fussent assez marquées [HAMILT., Gramm. 7]
Ce que vos passions avaient de plus grossier et de plus marqué [MASS., Carême, Inconstance.]
Laissons-là ces abus plus sensibles et plus marqués, et sur lesquels il est malaisé de s'abuser soi-même [ID., Carême, Sur la comm.]
Rien n'est plus dangereux pour un homme public que des vues marquées d'ambition et de fortune [ID., ib. Passion.]
Le roi le crut, et le crut si bien, qu'il en témoigna son mécontentement de la manière la plus marquée [D'ALEMB., Apolog. Clerm. Tonn. Œuv. t. IX, p. 152, dans POUGENS.]
Ce n'est pas que ce prince [le régent] n'eût tiré une ligne de séparation très marquée entre ceux qui avaient part aux affaires et ses compagnons de plaisirs [DUCLOS, Mém. rég. Œuv. t. V, p. 365, dans POUGENS]
14° Qui a été remarqué, qui se distingue, en parlant des personnes.
Nous lûmes une relation en détail du siége de Maestricht, qui est en vérité une très belle chose : les frères de Rippert y sont très bien marqués [SÉV., 16 sept. 1676]
Les pères [de la maison de Sévigné] quelquefois considérables dans les guerres de Bretagne, et bien marqués dans l'histoire [ID., 4 déc. 1668]
Cette mère [Mme de Lavardin] dont la tête est marquée entre les bonnes [ID., 30 juin 1680]
15° Fig. Qui a mis sa marque, son empreinte.
Je comprends votre tristesse de la mort de ce jeune chanoine.... je vois, comme vous, la Providence marquée dans l'opiniâtreté de ne lui pas donner ce qui le pouvait guérir [SÉV., 12 oct. 1677]
Il faut.... regarder la suite [d'une imprudence] comme une volonté de Dieu toute marquée [ID., 1er août 1685]
16° Qui se fait remarquer, en parlant des manières à l'égard des autres.
Je ne suis point du tout mal avec M. et Mme de Pontchartrain.... je n'ai rien du tout de marqué à leur égard ; car ce n'est pas un crime d'être amie de nos gouverneurs [SÉV., 12 oct. 1689]
Il se dit en un sens analogue des personnes.
On ne me parle point sur ce sujet [la retraite du cardinal de Retz, pour la blâmer], je suis trop marquée [SÉV., 19 août 1676]

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

    MARQUÉ. Ajoutez :
    17° Marqué, sur qui la vieillesse a mis sa marque.
    Il m'apprit qu'on avait d'abord pensé à moi pour le rôle, mais qu'on me trouve trop marqué.... trop marqué !... il y a de quoi l'être en effet avec des déceptions pareilles dans sa vie [ALPH. DAUDET, Journ. offic. 10 sept. 1876, p. 5002, 3e col.]
    être jeune, tout est là ; moi, je suis vieux, je suis marqué [ID., ib. 5003, 1re col.]
  • Cet emploi provient des maquignons, qui jugent de l'âge d'un cheval par les marques des dents.