marquis

marquis

n.m. [ anc. fr. marchis ]
1. En France, titre de noblesse situé entre celui de duc et celui de comte.
2. À l'époque carolingienne, seigneur qui était préposé à la garde d'une marche territoriale.

MARQUIS

(mar-kî ; l's se lie : un mar-kî-z élégant) s. m.
Le seigneur préposé jadis à la garde des marches, des frontières d'un État.
Il [Charlemagne] établit des marquis, c'est-à-dire des commandants des milices sur les frontières de ses royaumes [VOLT., Ann. Emp. Charlemagne, 785]
Le marquis de Brandebourg est devenu roi et grand roi ; mais aujourd'hui nos marquis italiens et français sont d'une espèce un peu différente [ID., Dict. phil. Cérémonies.]
Plus tard, titre de dignité qu'on donnait à celui qui possédait une terre érigée en marquisat par lettres patentes.
Apprenez que les marquisats ne sont bons que pour les vieux seigneurs de province qu'on ne voit pas dans les cabinets ; pour nous autres marquis de cour, nous faisons nous-mêmes notre qualité, sans avoir besoin du roi pour cela [ST-ÉVREM., Sir Politick, III, 2]
Tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs ; Tout petit prince a des ambassadeurs ; Tout marquis veut avoir des pages [LA FONT., Fabl. I, 3]
De là les monts chacun veut être comte, Ici marquis, baron peut-être ailleurs [ID., Fauc.]
Il est d'une très ancienne noblesse, véritable marquis, et non pas de ces marquis de robe, ou marquis de hasard, qui prennent leurs titres dans une auberge et se font appeler monseigneur par les postillons qu'ils ne payent point ; il s'appelle le marquis de Saint-Aulaire [VOLT., Lett. roi de Prusse, 31 juill. 1772]
Fig. et familièrement. C'est un marquis de Carabas, c'est un homme qui possède ou se vante de posséder un grand nombre de terres, par allusion au conte du Chat botté, où le marquis de Carabas passe pour un très grand propriétaire.
Vers son vieux castel Ce noble mortel Marche en brandissant Son sabre innocent ; Chapeau bas ! chapeau bas ! Gloire au marquis de Carabas [BÉRANG., Carabas.]
Donner dans le marquis, fréquenter des personnes d'un rang plus élevé que le sien ; et aussi prendre des airs d'une condition au-dessus de la sienne.
Vous donnez furieusement dans le marquis [MOL., l'Av. I, 5]
Aujourd'hui, simple titre de noblesse confirmé ou conféré par le souverain.
Nom donné dans les comédies du XVIIe siècle à un personnage appartenant à la noblesse, mais ridicule.
Molière : Vous, prenez garde à bien représenter avec moi votre rôle de marquis. - Mlle Molière : Toujours des marquis ! - Molière : Oui, toujours des marquis ; que diable voulez-vous qu'on prenne pour un caractère agréable de théâtre ? [MOL., Impromptu, 1]
Comme, dans toutes les comédies anciennes, on voit toujours un valet bouffon qui fait rire les auditeurs, de même, dans toutes nos pièces de maintenant, il faut toujours un marquis ridicule qui fasse rire les autres [ID., ib. 1]
Eh bien ! marquis, tu vois, tout rit à ton mérite ; Le rang, le cœur, le bien, tout pour toi sollicite ; Tu dois être content de toi par tout pays ; On le serait à moins ; allons, saute, marquis [RÉGNARD, Joueur, IV, 10]
Nom donné par dérision aux jeunes gens qui prennent des airs avantageux, quelquefois avec un titre de marquisat ridicule.
Les chevaliers de C sol ut [les chanteurs] doivent l'emporter sur les marquis de la capriole [les danseurs] [DANCOURT, l'Été des coquettes, sc. 7]

SYNONYME

  • MARQUIS, COMTE. Ce sont deux titres de noblesse sur le rang desquels on ne s'accorde pas toujours. Celui de comte est plus ancien ; il remonte à l'empire romain, et alors il venait immédiatement après le titre de duc. Plus tard le titre de marquis fut regardé comme supérieur à celui de comte ; on le voit par les couronnes : la couronne ducale étant garnie de huit feuilles ou fleurons, et la couronne de comte de pointes ornées de perles ; celle de marquis avait quatre feuilles et, entre les feuilles, des pointes ornées de perles ; elle était donc intermédiaire. On ne saurait, dit Decourchamp, dans les Souvenirs de la marquise de Créquy (t. IV, ch. 1), créer un marquis héréditaire, à moins qu'il ne soit en possession d'un domaine substitué qui réunisse deux baronnies et six châtellenies mouvantes de la tour du Louvre, et tenues du roi à un seul hommage. Un comté doit être formé d'une baronnie et de trois châtellenies, ou bien de six châtellenies d'une seule tenue. Dans les anciennes comédies, par exemple dans l'Homme singulier de Destouches, le fils d'un marquis est comte, et aussi le frère cadet d'un marquis.
    Et moi de tous les trois [frères] j'ai tiré de l'argent ; Le premier est, je crois, marquis, le second comte, Et l'autre chevalier [LA FONT., les Trois frères rivaux, sc. 1]
    Chevalier, dites-vous ; oh ! ne vous en déplaise, Vous serez bien comtesse. - Elle comtesse, bon ! Elle sera marquise [ID., ib. sc. 9]
    Cet ordre est le même aujourd'hui. Fontanes était comte sous le premier empire ; la Restauration l'a fait marquis. Le comte de Cavour étant mort en 1861, son frère aîné le marquis de Cavour portait le cierge à côté du baldaquin (Union du 9 juin 1861). En 1863 il y eut à Londres un grand bazar de bienfaisance : les journaux anglais ont donné les noms des dames patronnesses dans cet ordre : cinq Excellences (les ambassadrices), cinq Grâces (les duchesses), six très nobles marquises, quatorze très honorables comtesses. Toutefois les rois et princes, quand ils voyagent, prennent plutôt le titre de comte que celui de marquis.

HISTORIQUE

  • XIe s.
    Grant [il] a le cors, bien ressemble [à] marchis [, Ch. de Rol. CCLV]
  • XIIe s.
    Maint haut baron [il] i ot, dux, contes et marchis [, Sax. XXVI]
    Quant quinze ans ot Raoul de Cambrizis, à grant mervelle fu cortois et gentis ; Forment [fortement] l'amerent si home et si marchis [, Raoul de C. 16]
  • XIIIe s.
    Femme au duc de Sassoigne, qui ert [était] quens et marchis [, Berte, XX]
    Li marchis Boniface de Monferrat est moult prisiés et uns des plus doutés homs qui orendroit vive [VILLEH., XXVI, ]

ÉTYMOLOGIE

  • Provenç. marques, marquis ; espagn. marques ; portug. marquez ; ital. marchese ; du bas-lat. marchensis, de marcha, marche (voy. MARCHE 1).

marquis

MARQUIS. n. m. Anciennement, Seigneur préposé à la garde des marches, des frontières d'un État.

Il désignait, sous l'ancien régime, un Titre de dignité qu'on donnait à celui qui possédait une terre érigée en marquisat par lettres patentes. C'est aujourd'hui un Simple titre de noblesse.

Fig. et fam., C'est un marquis de Carabas, se dit, par allusion au conte du Chat botté, d'un Homme qui possède ou qui se vante de posséder un grand nombre de terres.

marquis

Marquis, m. acut. Estoit anciennement nom de commission et de charge, qui n'estoit à la vie du Marquis, ains tant qu'il plaisoit au Prince qui le commettoit à la garde et tuition de sa frontiere. Et ceux qui rendoyent ce mot en Latin, l'appeloyent aussi tost Comes que Marchio. Or a il prins sa source des Capitaines establis sur les garnisons des frontieres, comme dit Boniface Amerbachius, qui estoient appelées Limitanea praesidia, et les gents de guerre y establis, Limitanei milites. Car Marcken en Allemand signifie frontiere. Et Marck-grave, celuy qui est sur-intendant sur la frontiere, Comes tuendis limitibus praepositus. Mais depuis le Marquis a prins rang de dignité feodale apres les Princes et les Ducs, precedant les Comtes. Et telle que le Marquisat est dit fief Royal, ainsi que la Duché et Comté. Et le Marquis, Capitaine du Royaume, ou du Roy, tout ainsi que les deux autres. Antoine de la Sale au livre qu'il a dedié au Duc de Calabre et Lorraine, escrit qu'un Comte ou puissant Baron, pour estre fait Marquis, doibt avoir du moins cinq ou six Baronnies (quoy qu'Alciat n'acquiesce à cette opinion) en la moindre desquelles il ait dix nobles hommes ses subjects. Lors ayant supplié l'Empereur ou son Roy, ledit Seigneur, ou son deputé, qui sera Prince ou Duc, et de plus grande dignité que Marquis, estant en la maistresse Eglise, apres la grande Messe celebrée par un Prelat de marque, au futur Marquis, qui sera à genoux devant luy, et luy offrira nouvel hommage de toutes ses Baronnies reduictes au seul nom de Marquisat du tiltre de la plus noble desdictes Baronnies, fera reciter à haulte voix les lettres de l'erection dudit Marquisat, et recevra l'hommage et foy d'iceluy, et luy en fera l'investiture par un tres-riche ruby, qui porte signe de Seigneurie, le luy mettant au moyen doigt, ce voyant et oyant toute l'assemblée des Princes et grands Seigneurs, Dames et Damoiselles, qui doibt estre faite grande, et tout ce jour là honoré de festins et tournois les plus beaux que faire se pourra. Par cela on void que la consideration de la garde et tuition des frontieres de l'Empire ou du Royaume n'a plus de lieu en la creation d'un Marquis, ainsi que le nom de cette dignité le requiert. Car je ne trouve nullement bon le reject qu'Alciat fait de cette deduction du nom de Marquis, au 1. livre de ses Parergues, chap. 27. ne l'opinion qu'il a celle part, que Marquis vient de Marca, signifiant cheval, toutes deux dictions Celtiques, ou comme il dit tant au livre de singulari certamine, chap. 32. que sur la loy Censire. ff. de verb. et rer. signific. Germaniques. Et partant que Marquis est proprement ce qu'on dit en Latin Magister stabuli seu Equitum. Mais que finablement il a sorty tiltre de propre et peculiere jurisdiction, tout ainsi que les noms de Duc et Comte. Il allegue que le mot Marcomann, composé dudit Marca, et Marcoboduus signifient l'un, peuple excellent en fait de chevalerie, et l'autre un Roy qui avoit le corsage comme d'un cheval: Et que les Celtes Gaulois qui estoient en l'armée de Brennon, appeloient en leur langue, comme recite Pausanias, Trimarcisiam, les trois rengs de gens de cheval. Mais rien de tout cela ne presse, ores que Rhenanus, Althamerus, et Glareanus se soient meslez de cet advis. Car quant à ce que tous disent que les François disent encores de present Marcare pour aller à cheval, et que du regne des Lombards ou Langbards en Italie, et des François yssus des Germains apres eux, Magistri stabuli seu Equitum, estoient appelez Marquis, J'en vouldrois avoir authorité en faveur de cela.

marquis


MARQUIS, ISE, subst. MARQUISAT, s. m. [Marki, kî-ze, kiza: 2e lon. au 2d.] Marquis, aûtrefois oficier préposé à la garde des marches, des frontières. = Aujourd'hui titre de dignité, de distinction. "Bien des nobles prènent sans droit, le titre, la qualité de Marquis. = Marquise; 1°. Femme d'un Marquis, ou Dame, qui possède en fief un marquisat. = 2°. Tente de toile qu'un officier fait tendre par dessus une aûtre tente, pour y être d'autant plus à l'abri des injûres de l'air. = Marquisat, titre de dignité, ataché à une terre, composée d'un certain nombre de fiefs.

Traductions

marquis

(maʀki) masculin

marquise

Marquis, Markgrafmarkiesmarkýzμαρκήσιοςmarquess, marquismarkizomarqués侯爵markizмаркизmarcheseMarquisMarquisהמרקיז후작Marquis (maʀkiz) féminin
nom
titre de noblesse

marquis

[maʀki, iz] nm/f → marquis*(marchioness), marquess*(marchioness)