martyr, yre

MARTYR, YRE

(mar-tir, ti-r') s. m. et f.
Celui, celle qui a souffert des tourments ou la mort pour soutenir la vérité de la religion chrétienne.
Allons à nos martyrs donner la sépulture [CORN., Poly. V, 6]
Falconille idolâtre, qu'on veut avoir été rachetée des peines éternelles par l'intercession de sainte Thècle, première martyre du christianisme [LAMOTHE LE VAYER, Vertu des païens, I, État de la grâce.]
La mort des martyrs était pour plusieurs une semence de la vie, selon la parole d'un ancien [NICOLE, Ess. mor. 3e traité, ch. 5]
S'il n'y avait qu'une religion, Dieu y serait bien manifeste ; s'il n'y avait des martyrs qu'en notre religion, de même [PASC., Pens. XI, 5, éd. HAVET.]
L'exemple de la mort des martyrs nous touche ; car ce sont nos membres ; nous avons un lien commun avec eux : leur résolution peut former la nôtre [ID., ib. XXIV, 22]
Après que les bienheureux martyrs avaient rendu l'âme, les fidèles avaient soin de ramasser, au péril de leur vie, ce qui restait de leurs corps [BOSSUET, Panég. St Gorgon.]
D'abord il [Dioclétien] commande au saint martyr de sacrifier aux idoles ; mais Gorgon le refuse généreusement, disant qu'il n'a garde de rendre cet honneur à un métal insensible [ID., ib.]
Les saints martyrs de Lyon et de Vienne endurèrent des supplices inouïs, à l'exemple de saint Pothin leur évêque âgé de 90 ans [ID., Hist. I, 10]
Le sang qu'a répandu ce généreux martyr [saint Livier], l'honneur de la ville de Metz, pour la gloire de Jésus-Christ [ID., Gornay.]
Non, si vous voulez rendre la religion chrétienne aimable, ne parlez jamais de martyrs ; nous en avons fait cent fois plus que les païens [VOLT., Philos. Conseils à M. Bergier.]
Songe au moins, songe au sang qui coule dans tes veines !... C'est le sang des martyrs.... [ID., Zaïre, II, 3]
Tes frères, ces martyrs égorgés à mes yeux, T'ouvrent leurs bras sanglants, tendus du haut des cieux [ID., ib. II, 3]
Et tu vivras fidèle ou périras martyre [ID., ib. III, 4]
Je veux raconter les combats des chrétiens et la victoire que les fidèles remportèrent sur les esprits de l'abîme par les efforts glorieux de deux époux martyrs [CHATEAUB., Martyrs, I]
Ère des martyrs, ère qui commence à l'avénement de Dioclétien. Martyr désigné, celui qui devait souffrir le martyre. Martyr consommé, celui qui a souffert la mort pour la cause de la religion. Martyr avéré, celui qui a été reconnu pour martyr par un jugement canonique, en conséquence duquel l'Église lui a décerné un culte public. Le commun des martyrs, au propre et au fig. (voy. COMMUN, n° 12).
Par extension, celui ou celle qui souffre pour une religion quelconque, pour ses opinions. Le mahométisme a eu ses martyrs.
Le vrai martyr attend la mort, l'enthousiaste y court [DIDEROT, Pens. philos. n° 39]
Il se dit aussi de tous ceux qui souffrent ou qui meurent pour quelque chose qu'ils prisent plus que la vie.
La chasteté eut ses martyrs aussi bien que la foi [BOSSUET, Hist. I, 11]
Et martyr glorieux d'un point d'honneur nouveau [BOILEAU, Lutr. III]
Tu fis dans une guerre et si triste et si longue Périr tant de chrétiens, martyrs d'une diphthongue [ID., Sat. XII (variante).]
Dans ce temps où la chasteté avait encor ses martyrs [MASS., Carême, Prod.]
Le crime a ses héros, l'erreur a ses martyrs [VOLT., Henr. V]
Que dis-je ! il m'a laissé son projet à remplir, Ce généreux projet dont il fut le martyr [M. J. CHÉN., Gracques, I, 5]
Le roi martyr, se dit quelquefois de Louis XVI. Le martyr de la science, celui qui succombe en poursuivant des recherches, des labeurs scientifiques.
D'autres documents sur ce noble martyr de la science restaient épars dans sa correspondance, dans les papiers, dans les souvenirs rassemblés par sa famille.... [CAP, Philibert Commerson.]
Dans le même sens, et par exagération, on le dit de ceux qui travaillent beaucoup et avec un grand zèle dans les arts.
Rien qu'à voir cette figure pâle et méditative, ardente et fatiguée à la fois, on devinait un de ces martyrs de l'art ou de la science [CH. DE BERNARD, la Chasse aux amants, § 1]
Celui, celle qui souffre beaucoup. Il est le martyr de la gravelle, de la goutte. Cette opération le fera mourir martyr. Fig. Être le martyr de quelqu'un, souffrir beaucoup de ses mauvais traitements, etc. On dit, dans un sens analogue, faire de quelqu'un son martyr. Être le martyr de ses passions, en souffrir beaucoup d'inconvénients.
Tyran de la société et martyr de son ambition, il [l'homme livré à la cour] a une triste circonspection dans sa conduite et dans ses discours.... [LA BRUY., VIII]
Nous devenons les martyrs de nos propres chimères [MASS., Panég. St Étienne.]

HISTORIQUE

  • XIe s.
    Sainz Boneface, que l'um martir apelet, Aveit an Rome une glise moult bele [, St Alexis, CXIV]
    Se vous morez, esterez sainz martirs [, Ch. de Rol. LXXXVII]
  • XIIe s.
    Soit donkes sainz Estevenes martres.... [ST BERNARD, p. 453]
    Hylaire de Cicestre veïmes amuïr [devenir muet], Et repentir del mal qu'il out fait al martir [, Th. le mart. 101]
    Qu'il chant de saint Estiefne le primerain martyr [, ib. 35]
    Miex vosisse [je voudrais] estre mors que vis, Car en la fin, ce m'est avis, Fera amors de moi martir [, la Rose, 1847]
  • XVIe s.
    M'allegant qu'il faloit deux marques aux martirs, l'une la pure querelle de la religion, l'autre qu'il soit absolument à son choix de vivre ou de mourir [D'AUB., Conf. II, VI]
    Ainsi fut enterrée cette martyre de chasteté [MARGUER., Nouv. 11]

ÉTYMOLOGIE

  • Provenç. martyr ; espagn. martir ; ital. martire ; du lat. martyr ; en grec, le terme signifie témoin. Martre, dans St Bernard, est la forme française régulière de martyr, qui a l'accent sur mar, forme conservée dans Montmartre, mons martyrum. Le terme grec appartient à la grande racine mar, smar, dont il sera question à MÉMOIRE.