mensonge

mensonge

n.m. [ lat. pop. mentionica, de mentiri, mentir ]
1. Action de mentir, d'altérer la vérité : Vous ne pouvez pas vivre dans le mensonge duplicité, fausseté imposture [sout.]
2. Affirmation contraire à la vérité : Ne dites pas de mensonges, vous n'êtes jamais allé dans ce pays contrevérité, sornette

MENSONGE

(man-son-j') s. m.
Discours contraire à la vérité, tenu avec dessein de tromper.
Le meilleur que j'y voie, c'est que ses mensonges ne feront pas geler les vignes [MALH., Lettres, II, 29]
Voilà jusqu'à quel point vous charment leurs mensonges [des chrétiens] ! [CORN., Poly. IV, 3]
L'homme est de glace aux vérités ; Il est de feu pour le mensonge [LA FONT., Fabl. IX, 6]
Voyons, voyons un peu par quel biais, de quel air Vous voulez soutenir un mensonge si clair [MOL., Mis. IV, 3]
Ce qu'ils [les Perses] trouvaient le plus lâche après le mensonge, était de vivre d'emprunt [BOSSUET, Hist. III, 5]
Celui-ci s'échauffe dans un barreau ; les autres dans leurs boutiques débitent plus de mensonges que de marchandises [ID., Sermons, Quinquag. préambule.]
Ce commerce continuel de mensonges ingénieux pour se tromper, injurieux pour se nuire, officieux pour se corrompre [FLÉCH., Duc de Mont.]
De nouveau tu semas tes captieux mensonges [BOILEAU, Sat. XI]
D'un mensonge si noir justement irrité, Je devrais faire ici parler la vérité [RAC., Phèdre, IV, 2]
Le mensonge jamais n'entra dans tes discours [ID., Esth. II, 5]
Les dieux voient ma sincérité ; c'est à eux à conserver ma vie par leur puissance, s'ils le veulent ; mais je ne veux point la sauver par un mensonge [FÉN., Tél. III]
Il savait taire un secret sans dire aucun mensonge [ID., ib. XVI]
Mahomet.... Assemblage inouï de mensonge et d'audace [VOLT., Fanat. II, 5]
Nous avons attaché d'autant plus d'infamie au mensonge, que, de toutes les mauvaises actions, c'est la plus facile à cacher et celle qui coûte le moins à commettre [ID., Traité métaph. 9]
Un système de mensonges ressemble plus à la vérité qu'un seul mensonge isolé ; plus on voit de choses à contredire à la fois, moins on en contredit [DIDER., Claude et Nér. II, 98]
Tout ce qui, contraire à la vérité, blesse la justice en quelque façon que ce soit, c'est mensonge [J. J. ROUSS., 4e prom.]
Et, meublant de Maret la boutique infernale, Ils dînent du mensonge et soupent du scandale [M. J. CHÉNIER, Disc. sur la calomnie.]
Mensonge innocent, mensonge sans conséquence, qui ne peut nuire à personne. Mensonge officieux, mensonge fait dans l'intention d'être utile ou agréable à quelqu'un.
Ne fût-ce que pour réparer le mensonge officieux de votre ami [MAINTENON, Lett. à la mar. d'Albret, 1664, t. I, p. 34, dans POUGENS.]
Ce qu'on appelle mensonges officieux sont de vrais mensonges, parce qu'en imposer à l'avantage soit d'autrui, soit de soi-même, n'est pas moins injuste, que d'en imposer à son détriment [J. J. ROUSS., 4e prom.]
Fig. et familièrement. Un mensonge puant, un puant mensonge, un mensonge évident et grossier. Le champ du mensonge, lieu en Alsace où Louis le Débonnaire fut trahi par ses fils, en 833.
Particulièrement. Une fausse doctrine religieuse.
Ô Dieu de vérité, vous n'avez pas créé cet esprit pour le mensonge ; laissez couler sur lui, du sein de votre gloire, un de ces rayons pénétrants de votre grâce.... [FLÉCH., Duc de Mont.]
Vous malheureux, assis dans la chaire empestée, Où le mensonge règne et répand son poison [RAC., Ath. III, 4]
Dans le langage de l'Écriture, l'esprit du mensonge, le père du mensonge, le diable.
Poétiquement. Fable, fiction. La poésie vit de mensonges.
Le mensonge et les vers de tout temps sont amis [LA FONT., Fabl. II, 1]
Amusez les rois par des songes, Flattez-les, payez-les d'agréables mensonges [ID., Fabl. VIII, 14]
Quand la Grèce parlait, l'univers en silence Respectait le mensonge ennobli par sa voix [VOLT., Odes, 5]
Que ces agréables mensonges Sont au-dessus des vérités ! Et que votre reine des songes Est la reine des voluptés ! [ID., Lett. Cideville, 26 juin 1735]
Erreur, illusion, vanité.
Mes yeux, puis-je vous croire et n'est-ce point un songe Qui sur mes tristes vœux a formé ce mensonge ? [CORN., Pomp. V, 1]
C'est une maladie naturelle à l'homme de croire qu'il possède la vérité directement.... en effet il ne connaît naturellement que le mensonge [PASC., Espr. géom. I]
L'homme n'est que déguisement, que mensonge et hypocrisie, et en soi-même et à l'égard des autres [ID., Pens. II, 8, éd. HAVET.]

PROVERBE

    Tous songes sont mensonges, c'est-à-dire il ne faut pas s'arrêter aux songes ni leur accorder aucune foi.

REMARQUE

  • Mensonge, féminin dans le début, a commencé à devenir indifféremment masculin et féminin dans le XVIe siècle et même plus tard ; aujourd'hui il n'est plus que masculin.
    D'abord les grammairiens m'appelleront en justice parce que je ne dis point une mensonge, et ne crois pas que la juridiction qu'ils ont sur les mots, puisse faire changer de sexe à celui-ci [BALZ., liv. IV, lett. 30]

SYNONYME

  • 1. MENSONGE, MENTERIE., Ces deux mots, qui ne diffèrent que par le suffixe, sont très sensiblement synonymes ; mais l'emploi n'en est pas le même. Menterie appartient au style familier, et mensonge est de tous les styles : c'est pourquoi mensonge seul se dit figurément dans le style élevé.
  • 2. FAIRE UN MENSONGE, DIRE UN MENSONGE., Ces deux expressions sont synonymes, et, ici, faire n'a que le sens de dire, bien que Roubaud ait voulu les distinguer, en prétendant que dire un mensonge, c'est le proférer, et faire un mensonge, le composer.

HISTORIQUE

  • XIe s.
    S'altre le dist, jà semblast grant mençonge [, Ch. de Rol. CXXXI]
  • XIIe s.
    Tu perderas tuz celz [ceux] chi parolent menceunge [, Liber psalm. p. 4]
    S'autre le dist, menzoigne fust prouvée [, Roncisv. 84]
    Que Thomas l'arcevesque.... Ne seit de ses mençoignes creüz ne escultez [, Th. le mart. 54]
  • XIIIe s.
    Là me sovint des gens de male guise Qui m'ont mis sus mensoigne à escient, Que j'ai chanté des dames laidement [QUESNES, Romanc. p. 89]
    Se je vous trouve à mençonge, vous le comperrez [payerez] durement [, Chr. de Rains, 140]
    Nule raison qui soit proposée de l'une partie ne de l'autre, en le [la] quele on voit aperte menchonge, de li meïsme ne doit estre receue en jugement [BEAUMANOIR, VIII, 16]
    Et nos orrons bien se tu li diras nule mençonge [, Merlin, f° 33, verso]
  • XIVe s.
    Or est-il ainsi que mensonge ou mentir est une chose malvese de soy et de sa nature [ORESME, Eth. 134]
  • XVe s.
    Et au partir advisa une plus belle mensonge.... ce fut qu'il me dit.... [COMM., VIII, 12]
  • XVIe s.
    Une effrontée et solenne mensonge [MONT., I, 37]
    Si comme la verité le mensonge n'avoit qu'un visage [ID., ib.]
    Vin tant divin, loing de toy est forclose toute mensonge et toute tromperie [RAB., Pant. V, 44]
    M. Bayard m'a envoié une accoustumée mensonge que l'empereur a escripte au pape, dont je suis très aise, car les enfans peuvent estre juges de la verité [MARG., Lettre CXIV]
    Encore qu'il soit assez coustumier de fourvoyer de la verité pour escrire des mensonges et comptes faits à plaisir [AMYOT, Artax. 7]

ÉTYMOLOGIE

  • Provenç. mensonga, mensonja, messonga, messonja, messorga ; anc. cat. mensongia ; ital. menzogna. Dérivation irrégulière du verbe mentir. Il y a deux formes : dans mençoigne, menzogna, vu la finale semblable à vergoigne, vergogna, du latin verecundia, la finale représente undia ; dans mensonge, féminin, vu la finale semblable à chalonge, qui est le latin calumnia, la finale onge représente umnia ; telle est la valeur de ces suffixes ; maintenant, comment se sont-ils agencés à mentir ? On ne le sait.

mensonge

MENSONGE. n. m. Propos contraire à la vérité, tenu avec dessein de tromper. Un mensonge impudent. Dire, faire, inventer, forger un mensonge. Débiter des mensonges. Soutenir, réfuter, combattre un mensonge. Être dupe d'un mensonge. Discerner le mensonge d'avec la vérité.

Mensonge innocent, Mensonge sans conséquence, qui ne peut nuire à personne. Le mensonge que je vous ai fait est bien innocent et ne mérite pas tant de reproches.

Mensonge pieux, Mensonge fait dans l'intention d'être utile ou agréable à quelqu'un. Plutôt que de l'alarmer sur son état, j'ai cru devoir lui faire un mensonge pieux.

Dans le langage de l'Écriture, L'esprit du mensonge, le père du mensonge, Le diable.

Dans le langage poétique, il signifie Fable, fiction, invention. La poésie vit de mensonges. Les aimables mensonges de la Fable.

MENSONGE signifie aussi, figurément, Erreur, vanité, illusion. Le monde n'est que mensonge.

mensonge

Mensonge, Fabulositas, Mendacium, Inuentum, Commentum, Mentitio.

Dire quelque mensonge d'aucun, Affingere aliquid alicui.

Histoire remplie de mensonge, Historia mendosa.

Par mensonge, Fabulose.

Mensonges beaucoup plus grans, Nugae maiores.

mensonge


MENSONGE, s. m. MENSONGER, ÈRE, adj. [Mansonge, , gère: 1re et 2e lon. 3ee muet au 1er, é fer. au 2d, è moy. et long au 3e.] Mensonge, est 1°. Un discours contraire à la vérité, avec dessein de tromper. Quand on n'a pas ce dessein ce n'est qu'erreur ou fausseté. "Dire, faire un mensonge. "Ce livre est plein de mensonges. On a fait un livre, intitulé: les Erreurs de Voltaire. Quelqu'un voulait qu'on l'intitulât: les Mensonges de, etc. Voy. MENTERIE. — 2°. Erreur, illusion. "Le monde n'est qu'illusion, vanité et mensonge. = Dans le style de l'Ecritûre, l'esprit de mensonge, le Père du mensonge, le démon. = Le proverbe dit: tous songes sont mensonges; on doit mépriser les augûres, qu'on tire des songes.
   Rem. 1°. Mensonge est toujours masculin, dit Vaugelas quoique quelqu'uns de nos meilleurs Auteurs l'aient fait fém. — Ces Auteurs ne sont pas des plus modernes. — Le peuple lui done encôre ce genre dans plusieurs de nos Provinces. Il dit une mensonge, au lieu de, un mensonge, qu'il faut dire. = 2°. L'Éditeur des OEuvres de Bossuet emploie ce mot d'une manière, qui me parait bisârre, et c'est d' après Bossuet qu'il s'en sert. "* Le Siège de Pierre n'a pas besoin de notre mensonge, c. à. d. n'a pas besoin que nous lui atribuions de fausses prérogatives. L'expression n' est pas exacte ni pour la propriété du mot, ni pour le nombre: le pluriel aurait mieux convenu.
   MENSONGER, ÈRE, faux, faûsse, trompeur, trompeûse. C'est un mot poétique. Il ne se dit guère que des chôses. On dit bien beautés mensongères. Langue mensongère, la Grèce mensongère, et dans cette phrâse, beautés et langue sont personifiés: mais on ne dit point, un homme mensonger, une femme mensongère. — Son usage ordinaire est avec les chôses, qui ont raport aux persones. "Les plaisirs mensongers. "Grandeurs mensongères. = La Bruyère met mensonger au nombre des mots, qu'il regrette: c'est une preûve que de son tems il était déjà vieux. Il a repris faveur depuis quelque tems et l'on s'en sert sans dificulté non-seulement dans la haute poésie, mais dans le Discours soutenu.

Synonymes et Contraires

mensonge

nom masculin mensonge
2.  Assertion contraire à la vérité.
3.  Littéraire. Ce qui est illusoire.
Traductions

mensonge

lie, falsehood, fib, fairy-story, untruthleugen, onwaarheid, bedrog, fictie, illusieבידוי (ז), בלוף (ז) [שקר], דבר שקר (ז), כזב (ז), כזבנות (נ), כחש (ז), סרה (נ), שווא (ז), שפת אוון (נ), שקר (ז), שקריות (נ), שקרנות (נ), בִּדּוּי, דְּבַר שֶׁקֶר, שָׁוְא, כָּזָב, כַּחַשׁ, שֶׁקֶר, שַׁקְרָנוּתmentidaløgnψέμα, ψευτιάmensogomentira, patrañalygibugia, fandonia, finzione, impostura, menzognaløgnmentiralögnuongoLügeكِذْبَةٌležvalhelaž거짓말kłamstwoложьการโกหกyalanlời nói dối谎话 (mɑ̃sɔ̃ʒ)
nom masculin
fait de ne pas dire la vérité

mensonge

[mɑ̃sɔ̃ʒ] nm
(= acte, fait de mentir) le mensonge → lying no pl
(= parole, invention) un mensonge → a lie