mutuel, elle

MUTUEL, ELLE

(mu-tu-èl, è-l') adj.
Qui s'échange entre deux ou plusieurs personnes, entre deux ou plusieurs choses.
Tu le sais, tu l'as vu, quand ces fils de la terre Par leurs coups mutuels terminèrent leur guerre [CORN., Médée, III, 3]
Leur flamme est mutuelle ; Il adore Émilie, il est adoré d'elle [ID., Cinna, III, 1]
Que la probité pouvait souffrir ces complaisances mutuelles qui, étant devenues volontaires, ne blessent presque plus la bonne foi et maintiennent la paix et la politesse du monde [FLÉCH., Duc de Mont.]
Le bonheur des amants est d'être mutuel [QUIN., Agrippa, IV, 4]
Nous ne sommes pas faits, je le vois, l'un pour l'autre ; Mon bien se monte à tant ; tenez, voilà le vôtre ; Partez ; délivrons-nous d'un mutuel souci [BOILEAU, Sat. X]
Allons donc assurer cette foi mutuelle [RAC., Mithr. II, 4]
Je plains mille vertus, une amour mutuelle [ID., Iphig. I, 1]
Enseignement mutuel, voy. ENSEIGNEMENT, n° 3.
Assurance mutuelle, contrat de société par lequel les assurés s'engagent mutuellement à payer les dommages éprouvés par un d'eux dans une circonstance prévue, telle qu'incendie, etc. Les assurés y sont assureurs les uns des autres ; elle diffère de l'assurance à prime fixe dans laquelle les assurés payent à l'assureur une prime fixe à forfait, et l'assureur les indemnise, sans qu'ils contribuent plus ou moins selon les sinistres arrivés dans l'année. L'aléatoire des sinistres annuels incombe aux assurés dans l'assurance mutuelle, à l'assureur dans l'assurance à prime. Populairement. La mutuelle, l'assurance mutuelle. Je suis assuré à la mutuelle.

SYNONYME

  • MUTUEL, RÉCIPROQUE. Mutuel désigne l'échange ; réciproque, le retour. Le premier exprime l'action de donner et de recevoir de part et d'autre ; le second, l'action de rendre selon qu'on reçoit. On dit que l'affection est mutuelle, pour signifier qu'on s'aime l'un l'autre ; on dit qu'elle est réciproque, pour marquer qu'on se rend sentiment pour sentiment. Le don est surtout mutuel quand il est le même ou du même genre de part et d'autre ; il n'est que réciproque s'il s'agit d'objets différents cédés en compensation. Un mari et une femme s'engagent mutuellement leur foi, et ils s'engagent réciproquement à des devoirs différents, LAVEAUX., L'enseignement mutuel est mutuel et non pas réciproque : car si A instruit B, B n'instruit pas A réciproquement ; mais il rendra à C ce qu'il a reçu de A, et C à son tour rendra à D et ainsi de suite ; la mutualité a donc un sens plus étendu que la réciprocité.

HISTORIQUE

  • XIVe s.
    Action mutuelle, si comme quand aucun a faict autre convenir devant le juge, et le convenu faict devant le mesme juge convenir celuy qui l'a premierement faict convenir pour respondre à luy [BOUTEILLER, Somme rural, titre 27, p. 157, dans LACURNE]
  • XVIe s.
    Confession mutuelle [CALV., Instit. 490]

ÉTYMOLOGIE

  • Dérivé du lat. mutuus ; on le rattache au radical sanscrit me (e long) , changer.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

    MUTUEL. Ajoutez :
    Il s'est dit pour alternatif.
    Les aventures du monde Vont d'un ordre mutuel, Comme on voit au flux de l'onde Un reflux perpétuel [MALH., Lexique, éd. L. Lalanne.]