ni

ni

conj. [ lat. nec ]
1. Sout. Indique une coordination dans les phrases où la négation concerne le verbe : Elle ne veut ni ne peut lui téléphoner. Je ne l'aime ni ne l'estime.
2. Répété, unit les constituants de même nature d'une proposition négative, ou deux ou plusieurs propositions négatives : Il n'a retrouvé ni ses clés ni son portefeuille. Ni sa pièce ni son roman n'ont plu au public. Je ne pourrai venir ni aujourd'hui ni demain. N'essayez ni de m'écrire ni de me téléphoner. Ni l'une ni l'autre n'a été élue.
3. Coordonné avec sans : Elle est partie sans manteau ni parapluie.
4. Avec l'article partitif de, n'est pas répété : Il n'a plus de courage ni d'espoir.

NI

(ni) conj. négative qui ne se dit jamais sans la particule négative ne précédant ou suivant, et qui est équivalente à et avec une négation.
Ni répété devant chacun des termes qu'il s'agit de nier.
La religion commande des choses difficiles, mais elle n'est ni affreuse, ni farouche, ni cruelle [BENSERADE, dans GIRAULT-DUVIVIER]
Elle n'a ni parents, ni support, ni richesse [MOL., Éc. des f. III, 5]
Il goûta le repos d'un homme heureusement dégagé à qui ni l'Église, ni le monde, ni son prince, ni sa patrie, ni les particuliers, ni le public n'avaient plus rien à demander [BOSSUET, le Tellier.]
Les enfants n'ont ni passé, ni avenir, et, ce qui ne nous arrive guère, ils jouissent du présent [LA BRUY., XI]
La boussole n'a point été trouvée par un marin, ni le télescope par un astronome, ni le microscope par un physicien, ni l'imprimerie par un homme de lettres, ni la poudre à canon par un militaire [L. RACINE, la Religion, ch. V, note 173]
Je n'ai l'avantage d'être, pour ma consolation, ni le plus grand capitaine, ni le plus grand roi ni le plus grand et le plus vrai philosophe de ce siècle, ni le protecteur de l'Allemagne, ni le réformateur de la justice, ni enfin l'exemple des souverains et des gens de lettres [D'ALEMB., Lett. au roi de Pr. 15 sept. 1780]
Ni le jour, ni les ténèbres, ni le bruit, ni le silence, rien ne peut mettre obstacle à l'esprit d'un homme qui sait penser [CONDILLAC, Art de penser, 2e part. ch. 3]
L'usage est de répéter ni à chaque terme, et les grammairiens en font une règle. Cependant cette règle n'est fondée sur aucune raison péremptoire ; et voici des exemples où elle n'a pas été observée.
Que ferais-je à la cour, moi qui ne suis, seigneur, Hypocrite, jaloux, médisant, ni flatteur ? [BOURSAULT, Ésope à la cour, V, 3]
Je ne veux l'un ni l'autre, il n'est pas temps de feindre [VOLT., Rome sauv. II, 3]
(Ces exemples sont des vers ; mais on pourrait les imiter en prose.)
Ni l'un ni l'autre, voy. UN.
Ni mis une seule fois ; en cet emploi on ne s'en sert guère qu'avec des substantifs sans article ou avec des noms propres. Honneurs ni richesses ne font le bonheur.
Ils n'avaient tapis ni housse, Mais tous fort bon appétit [LA FONT., Fabl. V, 7]
Dans ses meubles, dût-elle en avoir de l'ennui, Il ne faut écritoire, encre, papier, ni plumes [MOL., Éc. des f. III, 2]
Quand je plaisais à tes yeux, J'étais content de ma vie, Et ne voyais rois ni dieux Dont le sort me fit envie [ID., Am. magn. intermède III, sc. 7]
Je ne connais Priam, Hélène ni Pâris : Je voulais votre fille, et ne pars qu'à ce prix [RAC., Iphig. IV, 6]
Qui n'est bourgeois, abbé, robin ni militaire [PIR., Métr. I, 1]
Ni est quelquefois suivi immédiatement de ne, lorsqu'il joint deux propositions négatives ; dans ce cas la proposition liée rejette la particule pas ou point.
Jamais pécheur ne demanda un pardon plus humble, ni ne s'en crut plus indigne [BOSSUET, le Tellier.]
Le prince n'a point d'autre but, ni n'en veut connaître [MONTESQ., Lett. pers. 127]
Ni joint quelquefois deux propositions négatives, comme fait et.
Si on n'aimait pas les justes, ni on ne les protégeait pas pour eux-mêmes, il les faudrait protéger pour le bien public [BOSSUET, Méd. sur l'Évang. dern. serm. du Sauveur, 83e jour.]
Quand ni n'est pas répété, il peut se construire avec pas ou point.
Est-il possible que ce même Sostrate qui n'a pas craint Brennus ni tous les Gaulois.... [MOL., Am. magn. I, 1]
Que la fortune ne tente donc pas de nous tirer du néant, ni de forcer la bassesse de notre nature [BOSSUET, Duch. d'Orl.]
Ma maison ni mon lit ne sont point faits pour vous [BOILEAU, Sat. X]
Mon esprit n'admet point un pompeux barbarisme, Ni d'un vers ampoulé l'orgueilleux solécisme [ID., Art p. I]
Personne ne souhaitera jamais plus que moi que vous goûtiez des plaisirs, mais des plaisirs qui ne vous passionnent ni ne vous amollissent point [FÉN., Tél. VIII]
Quand ni est répété, on ne met pas la particule point ou pas. On ne dit pas : Il ne faut pas être ni prodigue ni avare ; mais : Il ne faut être ni prodigue, ni avare. On ne dit pas : Ni la prudence ni l'humanité ne permettent pas une telle conduite ; mais : Ni la prudence ni l'humanité ne permettent une telle conduite. Toutefois les meilleurs écrivains se sont affranchis de cette règle ou plutôt de cet usage.
Madame, mon amour n'emploiera pas pour moi Ni la loi du combat ni le vouloir du roi [CORN., Cid, V, 7]
Ce n'est pas tout encore, et tu ne conçois pas Ni tout ce qu'est l'amour ni ce qu'il a d'appas [ID., Imit. III, 5]
Je ne décrirai point ni leur douleur amère, Ni les pleurs de Psyché, ni les cris de sa mère Qui du fond des rochers renvoyés dans les airs.... [LA FONT., Psyché, I, p. 34]
Cela n'est pas capable ni de convaincre mon esprit, ni d'ébranler mon âme [MOL., D. Juan, V, 2]
Ni la prudence, ni la piété, ni la bonne théologie ne permettraient pas de décrier un concile qui a été universellement reçu, aussitôt que la doctrine en a été bien entendue [BOSSUET, Mém. sur la bibl. ecclés. de Dupin.]
Ce n'est point ni un ennemi ni un étranger, c'est Judas, ce cher disciple, cet intime ami qui le trahit [ID., 3e serm. pour le vendr. saint, II]
La réponse ne pouvait pas être ni plus courte, ni plus certaine, ni plus décisive [ID., 2e instruct. past. sur les prom. de J. C. à l'Église]
Une parole, une raillerie nous trouble, et nous ne considérons pas ni de quoi ni par qui nous nous laissons troubler [BOURD., 2e serm. pour le 2e dim. de l'avent.]
Je n'ai point exigé ni serments, ni promesses [BOILEAU, Lutr. II]
Des pièces que je ne voudrais point pour rien au monde ni avouer ni avoir faites [VOLT., Lett. Damilaville, 18 avril 1764]
Celui qui n'a jamais réfléchi ne peut pas être ni clément, ni juste, ni pitoyable [J. J. ROUSS., De l'origine des langues, IX]
Avec jamais on omet un des ni, mais aussi on le répète très bien. Je ne l'ai jamais vu, lui ni son frère.
La justice ne fut jamais ni si éclairée, ni si secourable [BOSSUET, le Tellier.]
Il en est du substantif personne comme de l'adverbe jamais.
La nature n'avait donné à personne ni une âme plus élevée, ni un génie plus heureux, qu'à la fille de Théon [DIDER., Opin. des anc. phil. (éclectisme).]
Lorsqu'il y a plusieurs verbes qui se suivent, le premier n'est point précédé de ni. Je ne veux, ni ne dois, ni ne puis obéir. Cependant cet usage n'est pas absolu.
Un sot ni n'entre, ni ne sort, ni ne s'assied, ni ne se lève, ni ne se tait, ni n'est sur ses jambes, comme un homme d'esprit [LA BRUY., II]
10° Ni liant non des mots, mais des propositions, peut se mettre en tête des propositions, surtout dans le style élevé.
Ni sa main n'est point raccourcie, ni ses trésors ne sont point épuisés [BOSSUET, Panég. de St Franç. d'Assise, I]
Ni l'édifice n'est plus solide que le fondement, ni l'accident attaché à l'être, plus réel que l'être même [ID., Duch. d'Orl.]
11° Ni s'est construit avec sans.
Elle [la Brinvilliers] écouta son arrêt, dès le matin, sans frayeur ni sans faiblesse [SÉV., 22 juill. 1676]
Mon équipage est venu jusqu'ici sans aucun malheur, ni sans aucune incommodité [ID., 27 juillet 1672]
Aujourd'hui on mettrait et au lieu de ni.
12° Après un que conjonctif que précède un verbe accompagné d'une négation, le membre de phrase qui suit doit toujours commencer par ni.
Ne pense pas qu'au moment que je t'aime, Innocente à mes yeux, je m'approuve moi-même, Ni que du fol amour qui trouble ma raison Ma lâche complaisance ait nourri le poison [RAC., Phèdre, II, 5]
Cet usage est souvent violé, sans aucune faute.
13° Ni suivi de la préposition de et d'un nom pris partitivement.
Elle ne peut causer ni d'enflure ni d'enfoncement [PASC., Équil. des liqueurs, VII]
Qu'il lui coûtait moins d'exposer sa vie que de dissimuler ses sentiments, et qu'il n'achèterait jamais ni de faveur ni de fortune aux dépens de sa probité [FLÉCH., Duc de Mont.]
14° Ni se met quelquefois sans ne et sans verbe, et par la seule vertu d'une proposition sous-entendue. Comment la trouvez-vous ? Ni belle ni laide.
Ayant pour maxime inviolable avec mes amis de me montrer à leurs yeux exactement tel que je suis, ni meilleur, ni pire [J. J. ROUSS., Confess. X]
15° Ni se dit quelquefois pour et en des phrases qui ont un sens négatif implicite.
J'ai grande peine à croire ce que vous me dites de madame ***, ni qu'elle ait pris votre parti contre moi [VOIT., Lett. 58]
Désespérant de réduire Babylone ni par force ni par famine [BOSSUET, Hist. III, 4]
J'ai peine à croire que MM. de Genève traduisent ni impriment mon livre [ID., Lett. 80]
Défendit qu'un vers faible y pût jamais entrer, Ni qu'un mot déjà mis osât s'y remontrer [BOILEAU, Art p. II]
Bientôt ils défendront de peindre la prudence, De donner à Thémis ni bandeau ni balance [ID., ib. III]
Gardez donc de donner, ainsi que dans Clélie, L'air ni l'esprit français à l'antique Italie [ID., ib. III]
Pelletier écrit mieux qu'Ablancourt ni Patru [ID., Sat. IX]
C'est cet emploi de ni qui rend correcte cette phrase : Il n'est pas possible ou il est impossible que ni le temps ni l'art apportent quelque amélioration à l'état de sa vue.
16° Ni sans ne, archaïsme tombé en désuétude et qui est aujourd'hui considéré comme une faute.
Elle n'ôte à pas un ni donne d'espérance [CORN., Cid, I, 1 (scène changée).]
Une douceur que rien n'émeut ni aigrit [BOURDAL., Pensées, t. I, p. 90]
Lorsque le père n'instituait ni exhérédait son fils [MONTESQ., Esp. XXVII]
17° Ni pris substantivement.
Ces deux ni avec point ne sont pas permis [VOLT., Comm. Corn.]
[il s'agit de ces vers de Nicomède : Je vous avais prié de l'attaquer lui-même, Et de ne mêler point, surtout dans vos desseins, Ni le secours du roi, ni celui des Romains, III, 6].

REMARQUE

  • 1. Ni la douceur ni la force n'y peut rien ou n'y peuvent rien : les deux se disent également, suivant qu'on a dans l'esprit la conjonction ou la disjonction des sujets.
    Ni mon grenier ni mon armoire Ne se remplit à babiller [LA FONT., Fabl. IV, 3]
    Ni l'or ni la grandeur ne nous rendent heureux [ID., Phil. et Baucis.]
  • 2. Ni fait hiatus dans les vers, et on ne le met pas devant une voyelle. Cependant Malherbe a dit :
    Ci-dessous gît monsieur l'abbé, Qui ne savait ni A ni B [MALH., édit.de MÉNAGE, p. 275]

HISTORIQUE

  • XIe s.
    Mur ne citet n'i est remes [resté] à fraindre [briser] [, Ch. de Rol. I]
    Ne n'ai tel gent qui la sue derompe [, ib. II]
  • XIIe s.
    Il s'en ala avant, ne dist ne ço ne quei [, Th. le mart. 46]
  • XIIIe s.
    Ne soiez vers les pauvres ne sure [aigre] ne amere [, Berte, IV]
    Par un jour si très bel qu'il ne pleut ne ne vente [, ib. x]
    Que ceens entre fame n'en hiver n'en esté [, ib. XLV]
  • XVe s.
    Adonc fut la dame moult esbahie, et requit tout en pleurant conseil à monseigneur Robert d'Artois quelle chose elle en pourroit faire, ni où se traire à garant ni à conseil [FROISS., I, I, 12]
    Ne suis roy ni prince aussy, Je suis le sire de Coucy [, Devise des Coucy]
    Dictes-moy où n'en quel pays Est Flora... [VILLON, Ballade des dames du temps jadis.]
    Prince, n'enquerez de sepmaine, Où elles sont, ne de cest an [ID., ib. Envoi.]
  • XVIe s.
    Il ne resteroit innocence aucune n'en dits n'en faits, s'il suffisoit d'accuser [CALV., Instit. Dédic.]
    Il ne recognoist ni advoue pour son œuvre les hommes vicieus et abastardis [ID., ib. 49]
    Tu ne te feras point image taillée, ne semblance aucune des choses qui sont en haut au ciel, ne çà bas en la terre, ni es caux dessous la terre ; tu ne les adoreras ni honoreras [ID., ib. 284]
    Il n'y a ni industrie ni labeur qui.... [ID., ib. 723]
    Où sont vos forces, ni apprets, pour leur faire teste ? [CARL., IV, 9]
    Il n'y gaigna rien ny pour soy ny pour les aultres [MONT., I, 4]
    Ny n'entendent les stoïciens que.... [ID., I, 50]
    Il n'y a ny statues ny trophées de marbre, ny arcs de triomphe, ny coulonnes, ny sepultures magnifiques, qui puissent combattre la durée d'une histoire eloquente [AMYOT, Préf. III, 28]
    Celuy devant qui rien n'est ne futur ne passé [ID., ib. XII, 40]
    Les Atheniens les receurent à grande joye, ny plus ny moins que si c'eust esté Theseus luy mesme vivant [ID., Thésée, 45]
    Venus n'a point ny myrte ny laurier Digne de toy ny digne de ma teste [RONS., 48]
    Je ne sçay ny moyen, remede ny maniere De sortir de vos rets, où je vis en langueur [ID., 240]
    Je ne puis ny toucher, gouster, n'ouyr, ny voir [ID., 291]
    Mon appuy, mon Odet, que j'aime Mille fois plus ny que moy-mesme, Ny que mon cœur, ny que mes yeux [ID., 472]

ÉTYMOLOGIE

  • Provenç. ne, ni ; anc. esp. ne ; esp. mod. ni ; port. nem ; ital. ne ; du lat. nec. L'ancien français est toujours ne ; on voit apparaître ni dans les écrits de Froissart ; puis dans le XVIe siècle ni s'introduit et entre en lutte avec ne, et souvent dans la même phrase on trouve les deux. Enfin dans le XVIIe siècle ne n'est plus qu'un archaïsme, aujourd'hui complétement tombé en désuétude, excepté quand on répète en plaisantant le ne plus ne moins du Malade imaginaire.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

    NI. - REM. Ajoutez :
  • 3. Saint-Simon a dit :
    Le prince de Conti me conta qu'il n'avait jamais été si embarrassé, ni tant souffert de sa vie [SAINT-SIMON, 78, 16]
    On rendrait cette phrase plus usuelle en mettant : et n'avait tant souffert de sa vie. L'ellipse préférée par Saint-Simon est dure, mais non incorrecte.
  • 4. Remarquez cette tournure de Bossuet, très bonne d'ailleurs :
    Il [Jurieu] ne connaît guère ce que c'est ni que l'esprit ni que le cœur [BOSSUET, 2e avert. 16]
  • 5. Ni suivi immédiatement de pas ou point.
    Qu'il soit le premier de sa race, et n'ait pas le liard en sa bourse, ni pas un valet après lui [MALH., Lexique, éd. L. Lalanne.]
    Il faut qu'il n'y ait point de bien que la vertu, ni point de mal que le vice [ID., ib.]

ni

NI. Conjonction négative qui correspond à Et affirmatif. Il n'est ni bon ni mauvais. Il ne boit ni ne mange. Il n'y en a ni plus ni moins. Ni l'un ni l'autre n'a fait son devoir. Ni vous ni moi ne le pouvons. Elle n'est ni laide ni belle. Elle n'est ni belle ni riche. Vous ne devez ni le dire ni l'écrire. Je ne crois pas qu'il vienne, ni même qu'il pense à venir.

ni

Un Ni, Inficiatio. B.

Cela n'est point en ni, Non abnuitur.

Le defendeur debouté de ses defenses, et n'aura qu'un ni, Reo eremodicii iudicato praecisa est intentionis recusatio, duntaxat salua inficiatione. B.

ni


NI: particule négative. On écrivait aûtrefois ny. = 1°. Cette particule doit toujours être accompagnée de la négative ne. L'Acad. critiqua autrefois ce vers du Cid.
   Elle n'ôte à pas un, ni donne d'espérance.
Il falloit, dit-elle, ni ne donne, et l'omission de ce ne, avec la transposition de pas un, qui devrait être à la fin, font que la phrâse n'est pas française. — Corneille a fait cette faûte dans plusieurs de ses Tragédies.
   Qu'avant que je l'ordone, aucun n'entre ni sorte.
       Pertharite.
Il faut, ni ne sorte.
  Il me fait à présent la grâce
  De ne m'en dire bien ni mal.
En prôse il faudrait dire, ni bien ni mal. En vers on peut pâsser le retranchement du premier ni. = Les prosateurs sont encôre plus répréhensibles que les Poètes, quand ils emploient ni sans l'acompagner de la négative ne. "Description géographique de la Grèce assez ample, mais ni assez méthodique, ni assez lumineûse. L'Ab. de F... Il falait, mais qui n'est ni assez, etc. = 2°. Ce serait une autre faûte d'y ajouter la deuxième négative pas, et de dire: je ne veux pas ni l'un, ni l'aûtre. = 3°. Ni demande au 2d membre le même ordre, le même tour, les mêmes conjonctions que dans le premier. "De ne point se fier, ni s'enorgueillir. D'Abl. Il falait répéter le de, et dire, ni de s'ennorgueuillir. = 4°. Ni ne doit être employé que quand le sens est négatif. J'avais remarqué que Voiture et Bossuet l'avaient employé, sans raison, dans des phrâses afirmatives, ou interrogatives. "Vous ne vous serviez de l'un ni de l'aûtre que pour, etc. Voit. Malgré la particule ne la phrâse est afirmative: vous ne vous serviez que pour, etc. signifie; vous vous serviez seulement pour, etc. Il falait donc dire: vous ne vous serviez de l'un et de l'autre que pour, etc. "Qu'y a-t'il de plus beau, ni de plus saint que, etc. Il falait et de plus saint. On disait avec la négation: il n'y a rien de plus beau, ni de plus saint. Bossuet, dans la chaleur de la composition, a vu ce sens négatif, dans le que interrogatif. = Depuis, j'ai vu que M. D'Acarq. avait repris la même faûte dans Boileau, qui dit, en parlant du sonnet, qu'Apollon
   Défendit qu'un vers foible y pût jamais entrer,
   Ni qu'un mot déjà mis osât s'y remontrer.
Il fallait, et qu'un mot, etc. = 5°. On a agité la question, si l'on doit toujours mettre ni, quand la phrâse est négative. Doit-on dire, par exemple; "Il n'est point de mémoire d'un plus rude et d'un plus furieux combat, ou bien, ni d'un plus furieux combat. Vaugelas est pour la première manière, sous prétexte que le second adjectif est synonyme du premier. Mais les Observations de l'Acad. sur cet article préfèrent la seconde; et la raison qu'en done M. de Wailly, c'est que nous n'avons point dans notre langue de synonymes parfaits. Pour moi je serais de l'opinion de Vaugelas; non pas pour la raison qu'il done, qui ne me parait point de recette; mais parce que je pense que ni n'afecte que les substantifs et les verbes, et non pas les adjectifs servant d'épithètes, soit que ceux-ci soient synonymes~ ou non. "Je n'ai point entendu de plus solide et de plus brillant discours; et en mettant les adjectifs après: je n'ai point entendu de discours plus solide et plus brillant tout-à-la fois. Quand les adjectifs précèdent, ni peut être employé; mais aprês il ne ferait pas bien, à mon avis. = 6°. Ni redoublé, modifiant deux substantifs, exige que le verbe soit au pluriel. "Ce n'est ni le mérite, ni la fidélité de Mde de Valentinois, qui a fait naître la passion du Roi, ni qui l'a conservée. Il fallait, qui ont fait naître; qui l'ont conservé. Let. sur la Princesse de Clèves. = 7°. Quand ni modifie les verbes, on ne le met qu'une fois; il ne mange ni ne dort: mais, quand il afecte les noms, on doit le redoubler, il n'est ni beau, ni laid. Les Poètes retranchent le premier ni, quand il les incomode.
   Il ne faudra cesser de régner ni de vivre.
   Tu ne garde pour moi respect ni complaisance.
Dans le 1er exemple, ni afecte un infinitif, mais les infinitifs ainsi employés doivent être regardés comme des noms. On dirait donc en prôse; ni de régner, ni de vivre; ni respect, ni complaisance. = Voltaire a aussi dit, dans Ciceron: je ne veux l'un ni l'aûtre; il faut ni l'un, ni l'aûtre; et Rousseau:
   N'épargnons contre lui mensonge ni parjure.
   Aussi notre Uranie
   N'est, grâce au ciel, triste, ni rembrunie.
Il faudrait dire, du moins en prôse, ni mensonge, ni parjûre; ni triste, ni rembrunie. = 8°. Avec ni, il est bon de retrancher la prép. de, régie ordinairement par la particule négative. "Quels seront nos transports à la vûe de cet immense océan, qui ne conait ni de fonds, ni de termes, ni de rivages. P. Du Rivet. Il serait mieux de dire; qui ne conait ni fond, ni terme, ni rivage, sans de et au singulier. = 9°. Ni liant deux régimes diférens, l'un des verbes, l'aûtre des noms, offre une construction sauvage et choquante. "L'âme, émûe de quelque passion, ne pense seulement pas qu'il y ait dans son corps des esprits animaux, des muscles et des nerfs, ni à leur usage. Mallebr. Il fallait, ou ne pense pas qu'il y ait, ni quel est leur usage; ou bien, ni aux esprits animaux, ni à leur usage, etc. — 10°. Ni se met quelque-fois à la tête de la phrâse. "Ni ils ne l' ont flaté, ni ils ne l'ont enrichi. — Plus comunément, il se place après le verbe (je ne veux ni l'un, ni l'aûtre) quand il afecte un nom ou un infinitif: (voy. n°. 7°.) et quand il afecte les verbes mêmes, il marche devant le 2d: il ne l'aime, ni ne l'estime. — On le met enfin entre l'auxiliaire et le participe: "Ils ne l'ont ni reçu, ni aprouvé. *Vertot le place fort mal dans la phrâse suivante: "Il ne faut jamais se trop fier, ni à ses amis, ni mépriser le moindre de ses énemis. Il fallait, ni se trop fier à, etc. ni mépriser, etc.

Traductions

ni

nor, neitherوَلَاaniellernochούτεtampocoeikäniti・・・もまた・・・ない...도 아니고 또한 ...도 아니다nochheller ikkeaninemтоже неoch inteไม่ มักใช้คู่กับ neitherne decũng không也不 (ni)
conjonction
exprime la négation Ni lui ni moi ne savons. Il n'aime ni le miel ni la confiture. sans sel ni sucre

ni

[ni] conj
ni ... ni ... → neither ... nor ...
Je n'aime ni les lentilles ni les épinards → I like neither lentils nor spinach.
ni l'un ni l'autre ne sont, ni l'un ni l'autre n'est → neither one nor the other is
Elles ne sont venues ni l'une ni l'autre → Neither of them came.
Il n'a rien dit ni fait → He hasn't said or done anything.