perte

perte

n.f. [ du lat. perdere, perdre ]
1. Fait d'avoir perdu qqch : Il a omis de signaler la perte de sa carte de crédit.
2. Fait d'être privé de ce que l'on possédait : La perte de ses droits civiques.
3. Disparition, destruction d'un bien matériel : La perte de cet avion coûte cher à la compagnie.
4. Fait de perdre une somme d'argent ; somme perdue : La perte de sa fortune. Une perte de dix mille euros à la Bourse gain
5. Fait d'être privé, d'une faculté physique ou morale : La perte d'un doigt dans un accident. Elle a de fréquentes pertes de mémoire.
6. Fait d'être privé de la présence d'un proche par la mort : Ils ne se sont jamais remis de la perte de leur enfant.
7. Issue malheureuse ; échec, insuccès : La perte d'un procès, d'un combat.
8. Mauvais emploi de qqch ; gaspillage : Quelle perte de temps !
9. Ruine matérielle ou morale : En vous engageant dans cette affaire, vous courez à votre perte anéantissement
À perte,
en perdant de l'argent : Ils ont vendu leur maison à perte.
À perte de vue,
aussi loin que s'étend la vue ; très loin.
Avec pertes et fracas ou avec perte et fracas,
sans ménagement et avec éclat : Elle a été renvoyée avec pertes et fracas.
Être en perte de vitesse,
perdre de sa popularité, de son prestige, de son dynamisme, etc.

pertes

n.f. pl.
Militaires tués au cours d'une guerre.
Pertes blanches,
leucorrhée.

PERTE

(pèr-t') s. f.
Privation de quelque chose d'avantageux, d'agréable.
La perte de nos biens et de nos libertés [CORN., Cinna, I, 3]
Nous sommes très sensibles à la perte que vous allez faire de votre aimable Comtat [SÉV., 584]
Ô homme, ne te trompe pas.... les pertes et les ruines entrent par trop d'endroits dans la fortune des hommes pour pouvoir être arrêtées de toutes parts [BOSSUET, Sermons, Ambition, 2]
À la vue de la perte prochaine d'un grand bien, il se forme naturellement sur le visage des caractères de rage et de désespoir [MALEBR., Rech. vér. v, 3]
Il n'y a qu'une affliction qui dure, qui est celle de la perte des biens [LA BRUY., VI]
Privation parce qu'on a égaré, perdu.
Celui qui a perdu ou auquel il a été volé une chose, peut la revendiquer pendant trois ans, à compter du jour de la perte ou du vol.... [, Code Nap. art. 2279]
Il se dit aussi de la privation de l'esprit, du sommeil, etc. La perte des forces.
La perte totale du sommeil me livre aux plus tristes idées [J. J. ROUSS., Lett. à M de Malesherbes, Corresp. t. VI, p. 286, dans POUGENS.]
Particulièrement, se dit des personnes dont on est privé par la mort.
La perte d'un époux ne va point sans soupirs [LA FONT., Fabl. VI, 21]
Je ne pouvais faire dans l'amitié une plus grande perte [que celle de Mme de Lavardin] ; je la sens très vivement [SÉV., 10 avr. 1691]
Vous parlerai-je de ses pertes et de la mort de ses chers enfants ? [BOSSUET, Mar.-Thér.]
Qui peut, avec les plus rares talents et le plus excellent mérite, n'être pas convaincu de son inutilité, quand il considère qu'il laisse, en mourant, un monde qui ne se sent pas de sa perte, et où tant de gens se trouvent pour le remplacer ? [LA BRUY., II]
Nos pères ont été heureux de passer leur vie sous un si bon roi ; pour nous, nous ne l'avons vu que pour sentir sa perte [FÉN., Tél. II]
Mme Geoffrin est réellement une perte ; je ne crois pas qu'elle soit de mon âge ; mais la mort consulte rarement les extraits baptistaires [VOLT., Lett. d'Alembert, 22 oct. 1776]
Ma perte, la perte que j'ai faite.
C'est tout ce que je puis, seigneur, après ma perte, Elle est irréparable [CORN., Sertor. v, 7]
Je prends part à la perte que vous avez faite, voy. PART 2.
Terme de marine. Destruction. Il y a perte d'un navire, lorsque ce navire fait naufrage, se perd ou périt.
Portion perdue en choses, en argent, en espace, etc. Il y aura de la perte dans la coupe de cet habit, dans la taille de ce bois, de cette pierre, de ce marbre. Quand on range, on dit aussi qu'il y a de la perte, quand on perd de la place. Il est, dans ce commerce, tous les ans en perte de tant.
Ce qu'on a le plus désiré diminue de prix dès qu'on l'obtient, et les choses ne passent pas de notre imagination à la réalité sans qu'il n'y ait de la perte [FONTEN., Dial. des morts mod. 9]
Être en perte d'une somme, l'avoir perdue. Absolument. Depuis longtemps il était toujours en perte.
Se dit, au jeu, de ce qui passe entre les mains de l'adversaire. Une perte de dix mille francs.
Ces petites pertes fréquentes sont comme les petites pluies qui gâtent bien les chemins [SÉV., 32]
Un jeu effroyable, continuel.... où l'on est transporté du désir du gain, désespéré sur la perte.... [LA BRUY., VI]
Se retirer sur sa perte, quitter le jeu quand on perd ; et fig. Se retirer du monde ou des affaires après un mauvais succès.
On le dit des hommes tués et blessés dans les batailles.
Le Maure voit sa perte, et perd soudain courage [CORN., le Cid, IV, 3]
La vue des pertes de l'ennemi ne consolait pas ; elle n'était pas double de la nôtre, et leurs blessés seraient sauvés ; on se rappelait d'ailleurs que, dans une pareille position, Pierre Ier, en sacrifiant dix Russes contre un Suédois, avait cru non-seulement ne faire qu'une perte égale, mais même gagner à ce terrible marché [SÉGUR, Hist. de Nap. IX, 2]
Être repoussé avec perte, en parlant d'une troupe, reculer en laissant des morts, des blessés ; et fig. avoir le désavantage dans une discussion.
Il se dit de ce qui s'échappe et se perd par des pertuis.
[Dans un canal] les pertes d'eau dues aux filtrations [GIRARD, Instit. Mém. scienc. 1821 et 1822, t. v, p. 27]
La perte du Rhône, le lieu où il s'enfonce dans un trajet souterrain, pour reparaître plus loin ; on dit aussi perdition.
Il [le Rhône] a pénétré dans ces rochers beaucoup plus avant que dans les terres ; il les a même creusés au point de se cacher et de disparaître entièrement ; c'est là ce qu'on appelle la perte du Rhône [SAUSSURE, Voy. aux Alpes, t. II, p. 60, dans POUGENS]
Perte de sang, ou, absolument, perte, écoulement de sang, chez les femmes, irrégulier et abondant (en termes techniques, métrorrhagie, hémorrhagie utérine).
Vous savez tout ce que la fortune a soufflé sur la duchesse de Fontanges ; voici ce qu'elle lui garde : une perte de sang si considérable qu'elle est encore à Maubuisson, dans son lit, avec la fièvre qui s'y est mêlée ; elle commence même à enfler [SÉV., 422]
Perte blanche, la leucorrhée. Pertes séminales, émission involontaire du sperme.
Ruine en ce qui regarde le gouvernement, la fortune, la réputation, les mœurs, etc. Ce serait la perte des affaires, de l'État. La perte de son crédit, de sa fortune.
J'attends la liberté qu'ici tu m'as offerte, Afin de l'employer tout entière à ta perte [CORN., Pomp. IV, 4]
Misérable, tu cours à ta perte infaillible [RAC., Phèdre, IV, 3]
Les jeunes gens quelquefois se passionnent pour l'étude ; c'est la perte assurée de quiconque aspire aux emplois de la littérature, c'est la mort à tout avancement [P. L. COUR., Lett. à MM. de l'Académie]
Jurer, résoudre la perte de quelqu'un, jurer, résoudre sa mort, sa ruine.
Les dieux ont résolu sa perte [FÉN., Tél. I]
10° Terme de théologie. La perte de l'âme, la damnation éternelle.
Que devons-nous éviter avec plus de soin que la perte entière de nous-mêmes et une perte irréparable ? [BOURDAL., Serm. 19e dim. après la Pentecôte, Dominic. t. IV, p. 185]
Il y a des hommes qui sont mal logés.... plus mal nourris.... et qui ont ainsi trouvé le secret d'aller à leur perte par le chemin le plus pénible : ce sont les avares [LA BRUY., XI]
11° Mauvais succès, issue fâcheuse d'une affaire, etc. La perte d'une gageure, d'une partie de jeu, d'un procès, d'une bataille.
Et nos deux frères morts.... Sont trop payés de sang pour exiger des larmes : Quand la perte est vengée, on n'a plus rien perdu [CORN., Hor. IV, 5]
Perte sur perte est importune [ID., Agésil. II, 8]
Toutes les fois qu'une hérésie l'a diminuée [l'Église], elle a réparé ses pertes, et en s'étendant au dehors, et en augmentant au dedans la lumière et la piété [BOSSUET, Hist. II, 12]
12° Mauvais ou inutile emploi d'une chose. Voilà une grande perte de temps. La perte des occasions.
13° À perte, loc. adv. Avec perte, en perdant. Vendre à perte. Travailler à perte, se dit d'une usine dont les produits ne suffisent pas à payer un intérêt pour les actions, et à créer un fonds d'amortissement.
14° À perte de vue, loc. adv. voy. VUE.
15° À perte d'haleine, jusqu'à ne pouvoir plus respirer. Courir à perte d'haleine.
16° En pure perte, loc. adv. Sans utilité, sans résultat.
Il y a de certaines philosophies qui sont en pure perte, et dont personne ne nous sait gré [SÉV., 28 juill. 1677]
Ils n'aiment pas à donner en pure perte des louanges [MASS., Pet. carême, Grandeur de J. C.]
Qui l'aurait dit en ces jours pleins de charmes, Qu'en pure perte on cultivait ses mœurs ? [GRESSET, Ver-vert, ch. I]
On dit aussi à pure perte.
Ce que je dirais dans une adhésion aux censures.... je le dirais à pure perte [FÉN., Lett. au card. de Noailles, 8 juin 1697]
La prévoyance a toujours gâté chez moi la jouissance, j'ai vu l'avenir à pure perte : je n'ai jamais pu l'éviter [J. J. ROUSS., Conf. III]

HISTORIQUE

  • XIe s.
    De cest message nous avendra grant perte [, Ch. de Rol. XX]
  • XIIe s.
    Dont jà la perte ne sera restorée [, Ronc. p. 91]
  • XIIIe s.
    Por ce est cil fouz qui done à perte Bone aventure quant il l'ot [, Ren. 19772]
    Le [la] seconde maniere de meffès doit estre vengie par longue prison et perts d'avoir [BEAUMANOIR, XXX, 1]
  • XVe s.
    Qu'il ne convient humilier sa face en perte [en pure perte], puisque ainsi va [G. CHASTEL., Expos. s. verité mal prise.]
  • XVIe s.
    Aussi y a il des pertes [défaites] triumphantes à l'envy des victoires [MONT., I, 243]

ÉTYMOLOGIE

  • Wallon, piett ; Berry, parde, parte ; provenç. perda, perdea, perdoa ; cat. perdua ; esp. perdida ; port. perda ; ital. anc. perda ; ital. mod. perdita ; du part. passif perditus, perdita, de perdere, perdre.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

    PERTE.
    16° Ajoutez :
  • En pure perte, s'est dit d'une troupe auxiliaire qui vit à discrétion et aux dépens de l'habitant.
    Je viens d'établir dans les Cévennes le quartier d'hiver en pure perte, c'est-à-dire y causer une grande désolation [BOISLISLE, Correspond. contrôl. gén. 1686, p. 88]
  • 17° Terme de jeu de billard. Action de se perdre, de mettre sa propre bille dans une blouse.

perte

PERTE. n. f. Privation de quelque chose de précieux, d'agréable, de commode, qu'on avait. Grande perte. Perte légère. La perte totale de ses biens. La perte de la vie. La perte de l'honneur. La perte de la parole. La perte de la vue. Perte de mémoire. La perte du sommeil. Perte d'appétit. La perte des bonnes grâces de quelqu'un. Perte irréparable. Faire une perte. Essuyer une perte. Réparer une perte. Il a fait de grandes pertes au jeu.

En termes de Jeu, Être en perte de telle somme, L'avoir perdue. Quand je suis sorti, il était en perte de mille francs; et absolument, il était en perte. Depuis six semaines, je suis toujours en perte.

Se retirer sur sa perte, Quitter le jeu quand on perd; et, figurément, Se retirer du commerce du monde ou des affaires, après un mauvais succès.

PERTE se dit, dans un sens particulier, en parlant des Personnes dont on est privé par la mort. La perte de son père, de sa mère, de ses proches, d'un ami. Ce jeune homme est mort hier; c'est une grande perte, une perte cruelle.

Je prends part à la perte que vous avez faite, se dit À une personne qui vient de perdre un parent ou un ami, pour lui témoigner que l'on compatit à sa peine, qu'on partage son affliction.

PERTE désigne aussi les Hommes tués ou blessés dans une bataille; alors il se met presque toujours au pluriel. Les pertes de l'ennemi furent plus fortes que les nôtres.

Être repoussé avec perte, avec pertes, se dit au propre d'une Troupe qu'on fait reculer en lui tuant du monde; et, figurément et familièrement, d'un Homme qui a un désavantage marqué dans une dispute, dans une contestation.

PERTE se dit encore de Ce qui s'échappe, se perd. Une perte de gaz. Dans ce canal il y a des pertes d'eau.

La perte du Rhône, Le lieu où le Rhône disparaît sous les rochers, aux environs de Belle- garde.

Perte de sang, Maladie qui survient quelquefois aux femmes et qui consiste en un écoulement de sang irrégulier et abondant. Elle est sujette à des pertes de sang, à de grandes pertes de sang et, absolument, à des pertes, à de grandes pertes.

PERTE signifie aussi Dommage, diminution de bien, de profit. Ce négociant a trouvé plus de perte que de profit dans cette spéculation. C'est à peine si dans cette affaire la perte est compensée par le gain, si les pertes sont couvertes par les profits. Quand il mourrait, il n'y aurait pas grand-perte.

En termes de Comptabilité, Profits et pertes, Compte général où l'on inscrit les pertes et les gains de l'exercice et où l'on porte les entrées et les sorties extraordinaires. Passer une créance au compte de profits et pertes, la passer par profits et pertes, La considérer comme définitivement perdue. Figurément, Il faut passer cela par profits et pertes, Il ne faut plus en tenir compte.

PERTE signifie encore Ruine, en ce qui regarde le gouvernement, la fortune, la réputation, les moeurs, etc. Ce serait la perte des affaires, de l'État. Il ne doit qu'à son imprudence la perte de son crédit, de sa fortune, de sa réputation. Ce qu'il a entrepris causera sa perte, sera sa perte. Il y trouvera sa perte. Courir à sa perte. La perte d'un navire.

Jurer, résoudre la perte de quelqu'un, Résoudre, jurer sa mort, sa ruine.

En termes de Théologie, La perte de l'âme, La damnation éternelle.

PERTE se dit quelquefois d'un Mauvais succès, d'un événement désavantageux dans une affaire, dans une entreprise, etc. La perte d'un procès. La perte d'un pari.

Il désigne aussi le Mauvais usage ou l'emploi inutile que l'on fait d'une chose. Voilà une grande perte de temps. C'est une perte irréparable que celle d'une jeunesse mal employée. La perte d'une occasion si belle ne saurait causer trop de regrets.

À PERTE, loc. adv. Avec perte. Vendre à perte, donner à perte, Perdre sur la marchandise que l'on vend. Travailler à perte se dit d'une Entreprise dont les profits ne couvrent pas les dépenses.

À PERTE DE VUE, locution adverbiale dont on se sert en parlant d'une Vue si étendue qu'il est impossible de distinguer les objets qui la terminent. Une allée à perte de vue.

Fig. et fam., Raisonner, discourir à perte de vue, Faire des raisonnements vains et vagues, qui n'aboutissent à rien.

À PERTE D'HALEINE, Jusqu'à perdre la respiration. Courir à perte d'haleine.

EN PURE PERTE, loc. adv. Sans utilité, sans effet, sans motif. Ce que vous faites, ce que vous dites est en pure perte. Vous prenez bien de la peine en pure perte. Vous vous tourmentez en pure perte.

perte

Perte, f. penac. Est par syncope de Perdita, antepenac. Italien, que l'Espagnol dit Perdida, C'est amission de quelque chose, comme, J'ay fait perte de cent escus, Aureos centum perdidi, Et est plus que esgarement, Amissio, Damnum, Iactura, Detrimentum, Perditio.

Perte de biens sur la mer, quand la tempeste est si grande qu'on est contrainct de jetter la marchandise dedans la mer de peur d'enfondrer, Iactura.

Perte de la main dextre, Clades dexterae manus.

Perte d'un costé et d'autre que reçoyvent aucuns en quelque affaire qu'ils ont ensemble, Intertrimentum.

La perte de la cognoissance de sçavoir besongner en fonte d'airain, Obliteratio aeris.

Faire une grande perte, Calamitatem subire.

De ceste perte il ne s'en doit prendre qu'a soymesme, Suae negligentiae expensum ferre debet, Bud. ex Scaeuola.

Quand un homme fait perte au labeur, et ne retire pas ce qu'il y a despensé, Decoquit domino res.

Où on fait de grandes pertes, Vbi damnis desudascitur.

Recevoir perte et dommage, Facere iacturam, Allidi in re aliqua, Detrimentum accipere, Ferre damnum.

Recompenser et la perte passée et le profit advenir, Quaestum resarcire.

Tenir à grande perte, Ducere damno.

Ce qu'on peut sauver d'une grande perte, Ex naufragio tabula.

La perte que l'on fait en proces, Offensio, Versura forensis, Bud.

La perte d'un beau proces, Naufragium causae grandis, Bud.

Grandes pertes d'une part et d'autre, Clades vltro citroque editae, vel vtroqueuersus editae, B.

Pertes de proces dont souvent on ne se doute point, appovrissent beaucoup, maintes bonnes maisons, Turbines iudiciorum nec opinanti exorientes, longe lateque pauperiem in vberibus patrimoniis faciunt. Bud.

A perte de veuë, Quum loci finem oculis assequi non valemus, comme, Il y a une plaine à perte de veuë, Planicies cuius extremam oram visu assequi nequeas, Le contraire est veuë arrestée, Quando acies oculorum loco eminentiore, aut sylua, aut muro intercluditur, Car on dit Perdre de veuë aucun, Quando se oculis nostris aliquis procul subduxit.

perte

Perte, voyez Perdre.

perte


PERTE, s. f. [1re ê ouv. 2e e muet.] 1°. Privation de quelque avantage, agrément ou comodité, dont on jouïssait auparavant. "La perte des biens, de la vie, de l'honeur. "Perte de la parole, de la vûe, de la grâce (de Dieu), des bones grâces du Prince, etc. = Faire une perte, une grande perte, etc. = 2°. Domage. "Il a soufert de grandes pertes. "Quand il mourrait, il n'y aurait pas grande perte. = 3°. Ruine dans les afaires publiques, dans la fortune des particuliers, etc. "Il fut la cause de la perte de l'État. "C'est delà que vint la perte de sa fortune. "Ce qu'il a entrepris sera sa perte, la perte de sa famille. = La perte de l'âme, la damnation éternelle. = 4°. Mauvais succês. "La perte d'une batâille, d'un procês, d'une gageure, etc. = 5°. Perte entre dans quelques expressions adverbiales. = Être en perte, se dit au jeu, ou tout seul: "En jouant, on ne gâgne pas toujours, on perd quelquefois; et quand on est une fois en perte, tout y va. Marivaux. Ou avec la prép. de: "Il est en perte de dix louis. = En pure perte, sans en tirer le moindre avantage. "Il y a de certaines philosophies qui sont en pure perte, et dont persone ne nous sait gré. Sév. "Les hommes n'aiment pas à doner en pure perte, des louanges qui humilient. Massillon. * Un Auteur moderne dit, à pure perte, contre l'usage. "Si je vous disois que non, je blesserois la vérité à pure perte; vous ne me croiriez pas. Anon. = À~ perte se dit dans ces phrâses, à perte de vûe. (Voy. VûE:) à perte d'haleine, jusqu' à perdre la respiration: courir à perte d'haleine. = On dit aussi, absolument et sans régime: vendre à perte, doner la marchandise à perte. = Avec perte, quand il est seul et sans régime, doit se raporter au sujet de la phrâse. * Sylla repoussa les assiégés avec perte. ROLLIN. Suivant la construction, il semble que la perte fut du côté de Sylla. Suivant le sens que l'Auteur avoit en vûe, elle fut du côté des assiégés. Il y a donc ou un contre-sens, ou du moins un louche dans cette phrâse.
   REM. Perte se dit pour mort, mais dans un sens actif, de celui qui a perdu, et non pas du mort qu'on a perdu. "Je prends beaucoup de part à la perte que vous avez faite, ou simplement, à votre perte.
   Il n'est plus de beaux jours, Berger, depuis ta perte.
       Gresset.
Je ne sais si cela est bon en vers, mais en prôse, je crois que cela ne vaut rien, et que l'on ne dit point, votre perte ou sa perte, pour dire, votre mort ou sa mort. = M. Linguet a dit: "Ceux qui le haïssoient le plus (Vitellius) ne lui firent pas seulement l'honeur de se réjouir de sa perte. Révol. de l'Empire Romain. J'ôse ne pas aprouver cette expression, quoique employée par un si grand Écrivain.

Synonymes et Contraires

perte

nom féminin perte
1.  Fait d'être privé de.
2.  Fait d'être détruit.
3.  Somme perdue.
4.  Fait de gaspiller.
5.  Issue malheureuse.
aubaine, chance -littéraire: rédemption.
6.  Fait d'être séparé par la mort.
Traductions

perte

Verlust, Untergang, Verderbnis, Einbußeloss, wastage, doom, undoing, destruction, downfall, fall, perdition, ruin, toll, wreck, write-offverlies, ondergang, deficit, nadeel, schade, schadepost, strop, verderf, vermissing, daling, terugval, verspillingאבדה (נ), איבוד (ז), הפסד (ז), השרה (נ), קיפוח (ז), הַשָּׁרָה, אֲבֵדָה, אִבּוּד, הֶפְסֵדverliesztrátatabmalprofito, perdo, pereoperdida, pérdidaperdita, scapito, smarrimentozamiatapperdaförlusthasaraαπώλειαخَسَارَةٌmenetysgubitak喪失손실strataпотеряความสูญเสียkayıpsự mất mát损失загуба損失 (pɛʀt)
nom féminin
1. fait de ne plus avoir, d'avoir perdu qqch subir de grosses pertes d'argent faire une déclaration de perte au commissariat perte de mémoire
2. fait d'être séparé de qqn par la mort la perte d'un enfant
3. temps mal utilisé

perte

[pɛʀt]
nf
[emploi, parent] → loss
des pertes d'emploi → job losses
la perte d'un être cher → the loss of a dear one
être en perte de vitesse (fig) → to be losing momentum
(COMMERCE)loss
à perte [vendu] → at a loss
[temps, argent] → waste
Cette réunion a été une perte de temps → The meeting was a waste of time.
(morale)ruin
courir à sa perte → to be on the road to ruin
(autres locution) à perte de vue
Les champs de betterave s'étendent à perte de vue → The beet fields stretch as far as the eye can see.
en pure perte → to no avail
avec pertes et fracas → forcibly pertes
nfpl
(financières)loss sg, losses
(militaires)losses
perte de chaleur nfheat loss
pertes blanches nfpl → (vaginal) discharge sg
perte sèche nfdead loss