présent, ente

PRÉSENT, ENTE1

(pré-zan, zan-t') adj.
Qui est dans le lieu où l'on est ou dont on parle.
Il [le roi] parla encore une autre fois fort bien de M. Colbert sur cette matière des finances, M. Seignelay présent [PELLISSON, Lett. hist. t. I, p. 196, dans POUGENS]
Depuis qu'on a voulu dire que Jésus-Christ n'y était présent [dans la cène] qu'en figure, ou par son esprit, ou par sa vertu, ou par la foi [BOSSUET, Var. III, 16]
Rome se vantait d'être une ville sainte par sa fondation.... peu s'en faut qu'elle ne crût Jupiter plus présent dans le Capitole que dans le ciel [ID., Hist. II, 12]
Lorsque, derrière un voile, invisible et présente, J'étais de ce grand corps [le sénat] l'âme toute-puissante [RAC., Brit. I, 1]
Et hâtant son voyage, Lui-même ordonne tout, présent sur le rivage [ID., Mithr. IV, 1]
Dieu est présent partout, il existe dans tous les lieux en même temps.
Il ordonnait qu'on se tût devant la majesté présente [de Dieu, dans une église] [FLÉCH., Duc de Mont.]
Fig. Il n'est jamais présent, il est toujours distrait, inattentif.
Il n'est ni présent ni attentif dans une compagnie à ce qui fait le sujet de la conversation [LA BRUY., XI]
Être tenu présent à une assemblée, à une séance, ne pas y assister, et pourtant participer aux droits de présence. Quand on fait des appels nominaux, chaque personne appelée répond : présent. Dans le style des notaires, présents tels et tels, formule qui constate la présence de tels et tels. à ce présents et acceptants tels et tels.
Il se dit de ce qui est actuellement sous les yeux, personne ou chose. Les objets présents. Le présent acte, l'acte que l'on rédige actuellement. La présente lettre, ou, substantivement, la présente, la lettre qu'on écrit.
Un bourgmestre de Middelbourg m'écrivit il y a quelque temps pour me demander en ami.... si la matière est éternelle, si elle peut penser, si l'âme est immortelle, et me pria de lui faire réponse sitôt la présente reçue [VOLT., Lett. Mme du Deffant, 22 juill. 1761]
Mon général, M. Pigalle, mon parent, qui vous remettra la présente, vous expliquera l'embarras où je me trouve [P. L. COUR., Lett. I, 235]
On dit de même : le présent billet. À tous ceux qui ces présentes lettres qui les présentes verront, formule du style de chancellerie. Le présent porteur, l'homme qui porte la lettre ou le billet qu'on écrit.
Présent à, se dit des personnes qui regardent, qui ressentent.
Voilà Dieu présent au pécheur pour l'observer et pour l'éclairer [BOURDAL., 5e dim. après l'Épiphan. Dominic. t. I, p. 222]
Présent à tout ce qui m'importune, absent de tout ce qui m'intéresse [MONTESQUIEU, Lett. pers. 155]
Par exagération. Cet homme est présent à tout, il voit, il surveille tout. On dit de même : Cet homme est présent partout.
Fig. Il se dit des choses que l'on se rappelle, que l'on croit voir encore.
Je sens au fond du cœur mille remords cuisants Qui rendent à mes yeux tous ses bienfaits présents [CORN., Cinna, III, 2]
Vous souvenez-vous de cet adieu triste et cruel que nous fîmes dans ces champs ? il est encore bien présent à mon imagination [SÉV., 334]
Et cet aveu honteux où vous m'avez forcée Demeurera toujours présent à ma pensée [RAC., Mithr. IV, 4]
Il se dit des personnes dans le même sens.
Au moins, quoi que je fasse, je vous aurai toujours présent à l'esprit [BALZ., liv. I, lett. 4]
Je te prie de croire qu'encore que je ne t'aie point écrit, il n'y a point eu d'heures que tu ne m'aies été présente [PASC., Lett. à Jaqueline, 26 janv. 1648]
Et son peuple [de Dieu] est toujours présent à sa mémoire [RAC., Athal. I, 1]
Tout mort qu'il est, Thésée est présent à vos yeux [ID., Phèdre, II, 5]
Avoir la mémoire présente, se rappeler parfaitement les choses.
Une mémoire heureuse et très présente [LA BRUY., X.]
Avoir l'esprit présent, l'avoir très prompt.
La Rancune avait l'esprit fort présent [SCARR., Rom. com. II, 2]
Pour délasser l'esprit, pour le rendre plus présent et plus attentif à ce qui va suivre [LA BRUY., les Caractères.]
Dans le temps que la crainte de la mort semblait avoir égaré l'esprit de Louis XI, il l'eut toujours sain et présent dans les affaires [DUCLOS, Œuv. t. III, p. 332]
Qui est dans le temps où nous sommes, par opposition à passé et à futur.
L'auditeur aime à s'abandonner à l'action présente, et à n'être point obligé, pour l'intelligence de ce qu'il voit, de réfléchir sur ce qu'il a déjà vu [CORN., Cinna, Exam.]
L'inclination naturelle que tous les hommes ont à chercher plutôt le soulagement présent, que ce qui leur en doit faire un jour [RETZ, Mém. t. III, liv. IV, p. 73, dans POUGENS]
Notre condition jamais ne nous contente ; La pire est toujours la présente [LA FONT., Fabl. VI, 11]
Notre imagination nous grossit si fort le temps présent.... et amoindrit tellement l'éternité.... que nous faisons de l'éternité un néant, et du néant une éternité [PASC., Pens. III, 6, édit. HAVET.]
Si, rappelant la mémoire des siècles passés, j'en fais un juste rapport à l'état présent [BOSSUET, Reine d'Anglet.]
Ô paroles qu'on voyait sortir de l'abondance d'un cœur qui se sent au-dessus de tout ; paroles que la mort présente et Dieu plus présent encore ont consacrées [ID., Duch. d'Orl.]
Qu'on peut mépriser les charmes de la grandeur, même présente [ID., le Tellier.]
L'état présent d'une substance simple procède naturellement de son état précédent [DIDEROT, Opin. des anc. philos. (leibnitzianisme).]
Quoi que l'heure présente ait de trouble et d'ennui, Je ne veux point mourir encore [A. CHÉNIER, la Jeune captive.]
Qui opère sur-le-champ. Remède présent.
Il faut m'arracher le cœur qui vous aime, ou souffrir que je prenne un grand et présent intérêt à vous [SÉV., 6 avr. 1672]
Quand j'y pourrais donner atteinte [à ce que Mme de Sévigné avait fait pour Mme de Grignan], ce qui me fait horreur à penser, et que j'en aurais des moyens aussi présents qu'ils seraient difficiles à trouver [CH. DE SÉV., (dans SÉV. t. X, p. 410, édit. RÉGNIER)]
Il n'est point de poison plus présent ni de peste plus pénétrante [BOSSUET, 1er sermon, Conception, 1]
Vieilli en ce sens. On dit remède actif, poison actif.
S. m. pl. Les présents, les personnes présentes. Les présents et les absents. Terme de jurisprudence. La prescription immobilière est de dix ans entre présents, et de vingt ans entre absents ; elle s'acquiert par dix ans quand le véritable propriétaire habite le ressort de la cour royale dans lequel l'immeuble est situé, et par vingt ans quand il n'y réside pas. Il se dit quelquefois au singulier.
Et sur l'absent qui le mérite, Le présent qui les sollicite Est toujours sûr de l'emporter [J. B. ROUSS., Odes, IV, 7]
À tous présents et à venir salut, formule du style de chancellerie.
S. m. Ce qui est actuel.
Le présent n'étant jamais qu'un point.... [VOIT., Œuv. t. II, p. 313]
Nous sentons l'écoulement de l'avenir dans le passé, et c'est ce qui fait le présent, comme le présent fait toute notre vie [NICOLE, Ess. de mor. 2e traité, chap. 3]
Le présent n'est jamais notre fin ; le passé et le présent sont nos moyens ; l'avenir est notre fin [PASC., Pens. III, 5, édit. HAVET.]
Le présent est le seul temps qui est véritablement à nous [ID., Lett. à Mlle de Roannez, 7]
Je ne vous dis point.... combien je regrette ma vie ; je me plains douloureusement de la passer sans vous ; il semble qu'on en ait une autre, où l'on réserve de se voir et de jouir de sa tendresse ; et cependant, c'est notre tout que notre présent, et nous le dissipons ; et l'on trouve la mort : je suis touchée de cette pensée [SÉV., 264]
Si quelque chose les empêche de régner sur nous, ces saintes et salutaires vérités, c'est que le monde nous occupe, c'est que les sens nous enchantent, c'est que le présent nous entraîne [BOSSUET, Duch. d'Orl.]
La vieillesse.... Toujours plaint le présent et vante le passé [BOILEAU, Art p. III]
Le présent qui s'enfuit est déjà bien loin, puisqu'il s'anéantit dans le moment que nous parlons, et ne peut plus se rapprocher [FÉN., Tél. XIX.]
Ce qui passe a été et sera et passe du prétérit au futur par un présent imperceptible [ID., Exist. II, 2, Éternité.]
Il faut l'avouer, le présent est pour les riches, et l'avenir pour les vertueux et les habiles [LA BRUY., VI]
Nous tenons le présent dans nos mains ; mais l'avenir est une espèce de charlatan, qui, en nous éblouissant les yeux, nous l'escamote [FONTEN., Bonheur.]
L'indiscrète avidité du présent nous ôtait toute ressource pour l'avenir [J. J. ROUSS., Hél. I, 44]
Le présent est un point indivisible qui coupe en deux la longueur de la ligne infinie [DIDER., Mém. t. III, p. 244, dans POUGENS]
Jouir du présent, et s'inquiéter peu de l'avenir, telle est la logique commune, logique moitié bonne, moitié mauvaise, dont il ne faut pas espérer que les hommes se corrigent [D'ALEMB., Réfl. sur l'inocul. Œuv. t. IV, p. 346, dans POUGENS.]
Le présent est le fils du passé, il lui ressemble [BAILLY, Atlantide, p. 330]
Ceux dont le présent est l'idole, Ne laissent point de souvenir [E. LEBRUN, Odes, I, à Buffon.]
Terme de jurisprudence. Épouser par paroles de présent, voy. PAROLE, n° 18, par opposition à épouser par paroles de futur, voy. FUTUR, n° 2.
Terme de grammaire. Le premier temps de chaque mode d'un verbe, celui qui exprime une époque présente. Le présent de l'indicatif, du subjonctif. Présent antérieur, s'est dit quelquefois de l'imparfait. Adjectivement. Le participe présent.
10° À présent, loc. adv. Maintenant, dans le temps présent.
On dit : à cette heure, maintenant, aujourd'hui, en ce temps, présentement, et non pas à présent, qui n'est point une façon de parler de la cour [VAUGEL., Rem. t. I, p. 376, dans POUGENS]
On a peine à s'imaginer que la cour ait mille fois condamné à présent, qui est un très bon mot et souvent meilleur que ceux qu'on lui substitue [, Acad Observ. sur Vaugel. p. 246, dans POUGENS]
Je vous blâmais tantôt, je vous plains à présent [CORN., Cid, I, 3]
Un seul baiser, un seul amant Chez les bergères d'à présent Est la vertu la plus parfaite [VOLT., Lett. en vers et en prose, 172]
À présent que, loc. conj.
Ne la nomme point lâche à présent que chez moi, Pompeuse et triomphante, elle me fait la loi [CORN., Cid, II, 6]
11° Dès à présent, dès le moment présent.
Veuve dès à présent par ma mort prononcée [ROTR., St Gen. III, 6]
12° Pour le présent, loc. adv. Dans le temps présent.
Il accorda aux soldats qui avaient accompagné le tribun double ration de blé pour tout le temps qu'ils serviraient ; et, pour le présent, il leur donna à chacun deux bœufs et deux habits [ROLLIN, Hist. anc. Œuv. t. XI, 2e part. p. 483, dans POUGENS.]
13° En style de pratique. De présent, maintenant. De présent résidant à Paris.

SYNONYME

  • À PRÉSENT, PRÉSENTEMENT.
    à présent indique un temps présent plus ou moins étendu, par opposition à un autre temps plus ou moins éloigné. Ainsi l'on dira : La force du corps gagnait jadis des batailles, à présent c'est le canon. Présentement désigne un présent plus borné, plus limité, plus circonscrit ; il signifie à présent même, dans le moment. tout à l'heure, sous peu, sans délai, sans retard. Une maison est à louer présentement, dans le temps même où l'écriteau est apposé [GUIZOT, ]

HISTORIQUE

  • XIe s.
    Dous [deux] sunt perceners [ayant part] de un erité, et est l'un enplaidé sans l'aitre, et per sa folie si pert, ne deit pur ço l'altre estre perdant qui present ne fut [, Lois de Guill. 39]
    Dreiz empereres, veiz-me-ci [me voici] en present [, Ch. de Rol. XXII]
    La fin du siècle qui [laquelle] nous est en present [, ib. CIX]
  • XIIe s.
    Or veit bien sainz Thomas sun martire en present ; Ses mains juint à ses oilz [yeux], à damne Deu se rent [, Th. le mart. 149]
    Lur paroles n'ai pas tutes ci en present [, ib. 55]
    Ci ploront [pleureront] qui si s'envolopent es cures de la present vie, ke il oblient celi qui est à venir [BORMANS, Homélie de St Grégoire, p. 15]
  • XIIIe s.
    [Le temps].... ne fine de trespasser, Que nus [nul] ne puet [peut] neïs [même] penser, Quex [quel] tens ce est qui est presens [, la Rose, 367]
  • XIVe s.
    Li appariteurs reporterent que le senat estoit parmi les champs, et ceste chose fut plus agreable aux dix homes [décemvirs] que se il eussent reporté que il, presens, eussent refusé le commandement [BERCHEURE, f° 63, verso.]
    Se les justiciers le conte prenoient ou avoient pris pour cas de crime qui emporte peine de sanc, aucun des hommes dessusdiz pris à present forfeit [en flagrant délit] ou non present [DU CANGE, praesens.]
    L'en ne peust adonques dire veritablement et de present : cest homme est beneuré [ORESME, Eth. 23]
    Et ce peut assez apparoir par les comedies des anciens et par celles que l'en fait à present [ID., ib. 136]
  • XVe s.
    Pour le present, plus n'en parlons [CH. D'ORL., Compl. de l'am.]
    La quelle dame ledit messire Regnier espousa, par parolles de present, pour et au nom dudit Anthoine et comme procureur à ce especialement deputé et commis [, Hist. de la toison d'or, t. I, f° 128, dans LACURNE]
    J'en suis joyeux ; mais, au vray dire, Je ne vous congnois pas present [présentement] [, Rec. de farces, p. 137]
  • XVIe s.
    Est-ce vous qui avez prins le capitaine Toucquedillon icy present ? [RAB., I, 46]
    Le roy qui est à present [MONT., I, 16]

ÉTYMOLOGIE

  • Lat. praesentem, de praesum, qui vient de prae, avant, et sum, je suis.