prisonnier, ière

PRISONNIER, IÈRE

(pri-zo-niè, niè-r') s. m. et f.
Celui, celle qui est privée de sa liberté.
Le destin, que dans tes fers je brave, M'a fait ta prisonnière et non pas ton esclave [CORN., Pomp. III, 5]
Lorsque, dans son vaisseau [d'Achille], prisonnière timide, Vous voyiez devant vous ce vainqueur homicide [RAC., Iph. II, 1]
Fig. Être prisonnier en quelque lieu, y être retenu malgré sa volonté.
Je vous assure que je suis fort affligée d'être prisonnière à Lambesc ; mais le moyen de deviner des pluies qu'on n'a point vues dans ce pays depuis un siècle [SÉV., 159]
Celui, celle qui est arrêtée pour être mise en prison, ou qui y est détenue.
Si l'on vient pour me voir, je vais aux prisonniers Des aumônes que j'ai partager les deniers [MOL., Tart. III, 2]
Un prisonnier sans argent est un oiseau à qui on a coupé les ailes [LESAGE, Gil Bl. I, 12]
Pain des prisonniers, le pain que l'État fournit tous les jours aux prisonniers.
Prisonnier d'État, celui qui est arrêté ou enfermé pour un acte qui pouvait mettre en péril la sûreté de l'État.
Duroc et Daru, encore dans sa chambre [de Napoléon], se livraient, à voix basse, aux plus sinistres conjectures, croyant leur chef endormi ; mais lui les écoutait, et le mot de prisonnier d'État venant à frapper son oreille : Comment, s'écria-t-il, vous croyez qu'ils l'oseraient ! [SÉGUR, Hist. de Nap. XI, 2]
Prisonnier de guerre, ou, simplement, prisonnier, celui qui a été pris à la guerre.
Pour l'ordinaire [à Rome], on ne comptait plus les prisonniers parmi les citoyens [BOSSUET, Hist. III, 6]
Ce fut surtout alors qu'on regarda comme un droit de la guerre de faire pendre. de noyer ou d'égorger les prisonniers faits dans les batailles, et de tuer les vieillards, les enfants et les femmes dans les villes conquises [VOLT., Mœurs, 94]
Environ sept mille prisonniers [faits par Cromwell à la bataille de Saverne gagnée sur Charles II] furent menés à Londres, et vendus pour aller travailler aux plantations anglaises en Amérique [ID., ib. 181]
Le sort des prisonniers de guerre a suivi les différents âges de la raison : les nations les plus policées les rançonnent, les échangent ou les restituent ; les peuples à demi barbares se les approprient et les réduisent en esclavage ; les sauvages ordinaires les massacrent sans les tourmenter ; les plus sauvages des hommes les tourmentent, les égorgent, les mangent [RAYNAL, Hist. phil. IX, 5]
Faire prisonnier, prendre à la guerre.
Les conditions furent que le roi rendrait aux Romains sans rançon ce qu'il avait fait sur eux de prisonniers, et qu'il leur payerait cent talents d'argent [ROLLIN, Hist. anc. Œuv. t. x, p. 11, dans POUGENS]
On lui amena un domestique de Jacques de Grassay, que les Anglais avaient fait prisonnier, et qu'ils renvoyaient, suivant l'usage de ces temps-là [XVe siècle], où il paraît qu'on rendait la liberté au premier prisonnier qu'on faisait [DUCLOS, Œuv. t. III, p. 70]
On dit aussi quelquefois prendre prisonnier.
Romain Diogène ayant voulu les arrêter [les Turcs], ils le prirent prisonnier [MONTESQ., Rom. 23]
Prisonnier sur parole, prisonnier qu'on laisse libre, sur l'assurance qu'il donne de ne pas sortir du lieu qui lui est désigné.
Terme de serrurerie. Tourillon qui réunit deux pièces articulées ensemble, et autour duquel s'effectuent leurs mouvements.
S. f. Prisonnière, s'est dit autrefois d'une étoffe très légère.
Feront des toiles de soie, gaze, étamines, crapaudaille, prisonnières, et généralement toutes autres semblables étoffes, qui seront tant en chaîne qu'en trame, de bonne et pure soie, [, Statuts des march. de draps d'or, 9 juill. 1667, art. 57]
Adjectivement.
Cid : Il est prisonnier ? - Fanès : Lui !... son corps est prisonnier ; Son âme est libre [C. DELAV., Fille du Cid, I, 9]
Dans leur marche vers l'intérieur de la Russie, nos soldats prisonniers ne furent pas traités plus humainement [que les Russes qui étaient prisonniers dans l'armée française en retraite] ; et là pourtant l'impérieuse nécessité n'était point une excuse [SÉGUR, Hist. de Nap IX, 8]
Fig.
L'impétueuse ardeur de ces transports nouveaux à son sang prisonnier ouvre tous les canaux [CORN., Att. v, 6]
Terme de serrurerie. Rivure prisonnière, celle dont un des bouts, au lieu d'être rivé sur une barre, l'est dans un trou qu'on tient plus large par le fond qu'à l'entrée.

HISTORIQUE

  • XVe s.
    Nul de quelque condition, ou de son sang ou d'autre, n'ose parler ne converser avecques luy, fors ceux qui le gardent, ainsi qu'il est accoustumé de faire à un prisonnier honneste [MONSTREL., t. I, ch. 106, p. 173, dans LACURNE]
    Sire roy, ce veu est vostre, vous serez prisonnier ens au tournoy ; car celluy est prisonnier qui ne va pas là où il veult [, Perceforest, t. I, f° 133]
  • XVIe s.
    En sa maison il n'y avoit rien plus froid que l'atre, et tous les prisonniers s'en estoient fuis de sa bourse [DESPER., Contes, CXVIII]
    Nous vous faisons prisonnier par le roy [MAROT, II, 87]
    Le Vidasme de Chartres prisonnier si estroittement qu'on ne luy permettoit pas la prison de sa femme [D'AUB., Hist. I, 98]

ÉTYMOLOGIE

  • Prison ; wallon, prihaîr ; provenç. preisonier ; espagn. prisionero ; ital. prigioniere. L'ancienne langue disait prison, s. m.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

    PRISONNIER. Ajoutez :
    Vie prisonnière, vie d'un homme qui est en prison.
    Pour apprécier avec équité ce que la cellule impose de souffrances au détenu, ce n'est point la liberté qu'il faut prendre comme terme de parallèle, c'est ce qu'un auteur appelle la vie prisonnière [, Journ. offic. 28 août 1874, p. 6238, 2e col.]