provincial, ale

PROVINCIAL, ALE

(pro-vin-si-al, a-l') adj.
Qui appartient à une province. Assemblée provinciale. États provinciaux. Par moquerie. Qui est de la province et qui ignore les choses de la capitale ou de la cour.
Madame de Coulanges dit : .... c'est donc Mlle de Retz qui se marie [à Lauzun] ; point du tout, vous êtes bien provinciale [SÉV., 9]
Il se dit de l'air, des manières, du langage, etc. par opposition à l'air, aux manières, au langage de la capitale.
En tout elle a des manières provinciales [GENLIS, Théât. d'éduc. Dangers du monde, I, 9]
On verra clairement que vous avez pleuré à la tragédie, ce qui est un peu provincial [ID., Vœux témér. t. III, p. 112, dans POUGENS]
Lettres provinciales, titre d'un livre de Pascal, dirigé contre les jésuites, ainsi dites parce que le vrai titre était : Lettres écrites à un provincial par un de ses amis. On dit souvent absolument : les Provinciales.
Substantivement. Personne de province.
Le peintre reste avec madame Alis, Provinciale assez belle et bien faite [LA FONT., Rémois.]
Nul ne dit courtisan que ceux qui ne le sont pas ; pédant, qu'un pédant ; provincial, qu'un provincial [PASC., Pens. XXV, 131, éd. HAVET.]
On dit qu'il faudrait que je vinsse à Paris.... vous savez comme on se moque, à la cour et à la ville, des vieux provinciaux qui viennent demander justice ou miséricorde [VOLT., Lett. Mme de Saint-Julien, 30 oct. 1776]
Je suis un franc provincial qui croit qu'on peut s'occuper à Paris de ce qui se passe dans son village [ID., Lett. d'Argental, 27, janv. 1766]
Il se dit souvent par dénigrement et en vue de l'ignorance où les gens de province sont des manières de la capitale ou de la cour.
Obsédée de provinciaux, la plus incommode nation du monde, tous grands parleurs, quelques-uns très impertinents [SCARR., Rom. com. I, 8]
Me prenez-vous pour une provinciale, madame ? - Julie : Dieu m'en garde, madame [MOL., Comtesse, 7]
C'est une chose bien dangereuse qu'une provinciale de qualité, et qui a pris, à ce qu'elle croit, l'air de la cour [SÉV., 27 nov. 1675]
S. m. Provincial, supérieur qui a le gouvernement de toutes les maisons de son ordre dans une province.
Le provincial jésuite [au Paraguay], assisté de son conseil, rédigeait les lois ; et chaque recteur, aidé d'un autre conseil, les faisait observer [VOLT., Mœurs, 154]
Ex-provincial, celui qui a rempli les fonctions de provincial dans une communauté religieuse.

HISTORIQUE

  • XVIe s.
    La sagesse.... desdaignant.... ces petites regles feinctes, usuelles, provinciales [MONT., III, 374]

ÉTYMOLOGIE

  • Provenç. provincial ; du lat. provincialis, de provincia, province.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

    PROVINCIAL.
    Ajoutez :
  • Rime provinciale, rime insuffisante. Maligne rime très mal avec machine ; c'est ce qu'on appelle une rime provinciale, CHAMFORT, Notes sur les fables de La Fontaine, VI, 15. Oui, mais La Fontaine écrivait maline, ce qui est encore aujourd'hui la prononciation populaire. Ce que Chamfort nomme rime provinciale est ce qui se dit plus ordinairement assonance.
Émile Littré's Dictionnaire de la langue française © 1872-1877