reconnaître

reconnaître

v.t. [ lat. recognoscere ]
1. Juger, déterminer comme déjà connu : Elle n'a pas reconnu son ancien élève remettre, se souvenir de identifier retrouver
2. (à) Identifier en fonction d'un caractère donné : On le reconnaît à sa casquette différencier discerner, distinguer
3. Admettre comme vrai, réel, légitime : Elle a fini par reconnaître que notre projet était le meilleur concéder avouer, confesser
4. Chercher à déterminer la situation, la disposition d'un lieu : Les organisateurs du cross sont allés reconnaître le terrain explorer
Reconnaître un enfant,
se déclarer le père ou la mère d'un enfant naturel.

se reconnaître

v.pr.
1. Retrouver ses traits, ses manières dans une autre personne : Elle se reconnaît dans sa fille.
2. Localiser sa position et être capable de retrouver son chemin : Depuis que des immeubles ont été détruits, j'ai du mal à me reconnaître dans ce quartier se situer
3. S'avouer comme étant tel : Elle s'est reconnue responsable de cette erreur.

RECONNAÎTRE

(re-co-nê-tr') v. a.Il se conjugue comme connaître.
Se remettre dans l'esprit l'idée de quelqu'un ou de quelque chose que l'on connaît. Je reconnais le cachet. Reconnaître des gens à leur voix, à leurs allures.
Quand elle fut dans la tour et qu'elle se présenta à la porte, les épines qui la bouchaient et qui s'étaient d'elles-mêmes détournées pour laisser passer Psyché la première fois, ne la reconnaissant plus [elle était devenue noire], l'arrêtèrent [LA FONT., Psyché, II, p. 200]
Vous voilà tout désolé parce que vous avez vu votre père sans le reconnaître [FÉN., Tél. XXIV]
Un chien, un éléphant reconnaît son maître au bout de dix ans [VOLT., Dial. XX]
Oui, je te le répète, oui, c'est lui que j'ai vu ; Mieux encor que mes yeux mon cœur l'a reconnu [GRESSET, le Méch. III, 1]
Ai-je encor des amis dans mes tristes destins ? Un seul m'était resté, non parmi les humains ; Aux portes du palais il [le vieux chien] m'a su reconnaître, Il est mort de sa joie en revoyant son maître [P. LEBRUN, Ulysse, II, 2]
Fig.
De mes feux mal éteints je reconnus la trace [RAC., Andr. I, 1]
Absolument.
Elle renverse tout ce qui s'offre à ses pas, Et, sur ceux qu'elle voit, frappe sans reconnaître [CORN., Veuve, IV, 1]
On ne le reconnaît plus, nous ne le reconnaissons plus, il est tout à fait changé.
Ces mêmes gens, pour l'ordinaire si flatteurs et si complaisants, peuvent se démentir : quelquefois on ne les reconnaît plus, et l'on voit l'homme jusque dans le courtisan [LA BRUY., XI]
Depuis que vous avez quitté la province et que votre maîtresse est devenue une riche héritière, je ne vous reconnais plus [GENLIS, Théât. d'éduc. le Méchant par air, I, 1]
Connaître à quelque signe, à quelque marque, à quelque indication, une personne ou une chose qu'on n'a jamais vue. à sa démarche on reconnut une déesse. Reconnaître une plante d'après la description donnée par les auteurs.
Il [M. de Turenne] dit au petit d'Elbœuf : Mon neveu, demeurez là ; vous ne faites que tourner autour de moi, vous me feriez reconnaître [SÉV., 211]
Ils [les princes morts] vont tous ensemble se confondre dans un abîme où l'on ne reconnaît plus ni princes, ni rois, ni toutes ces autres qualités superbes qui distinguent les hommes [BOSSUET, Duch. d'Orl.]
Dans ce même Dieu, dans ce même Seigneur, nous reconnaissons un père dont nous sommes tous les enfants [BOURDAL., Myst. Trinité, t. I, p. 500]
Peuples et vous, Abner, reconnaissez Joas [RAC., Ath. V, 5]
Il reconnut dans le visage d'Arcésius une grande ressemblance avec Laërte [FÉN., Tél. XIX.]
Ce serait une surprise assez agréable de voir Pandore [dans l'opéra de ce nom], le démêler [Prométhée] dans l'assemblée des sylvains et des faunes, comme Marie-Thérèse, beaucoup moins spirituelle que Pandore, reconnut Louis XIV au milieu de ses courtisans [VOLT., Lett. Chabanon, 29 janv. 1768]
Il faut être aveugle pour n'être pas ébloui de ce spectacle [le ciel] ; il faut être stupide pour n'en pas reconnaître l'auteur [ID., Dict. phil. Religion, II]
Nous serons bien heureux s'il [Bartholo] ne vous reconnaît pas, vous qu'il n'a jamais vu [BEAUMARCH., Barb. de Sév. I, 4]
Se faire reconnaître, prouver qui l'on est par des indications certaines. Il se dit des marques morales, intellectuelles qui font connaître quelqu'un ou quelque chose.
Pour vous, ma chère enfant, je vous reconnais bien à consentir.... [SÉV., 1er nov. 1671]
Reconnaissez ici le monde, reconnaissez ses maux toujours plus réels que ses biens, et ses douleurs par conséquent plus vives et plus pénétrantes que ses joies [BOSSUET, Anne de Gonz.]
On reconnaît Joad à cette violence [RAC., Athal. III, 5]
À votre langage seul, je vous reconnaîtrais pour un stoïcien [FONT., Dial. 1er, Morts anc.]
Entre plusieurs traits dont brille son discours [de Montesquieu], on reconnaîtrait l'écrivain qui pense, au seul portrait du cardinal de Richelieu [D'ALEMB., Éloges, Montesquieu.]
De son temps [de Molière] le janséniste reconnaissait le jésuite dans Tartufe, et le jésuite y reconnaissait le janséniste [DIDEROT, Claude et Nér. I, 50]
Je reconnais bien là mon homme ; il ne traite rien que de bouche [, Corresp. du général Klinglin, I, 220]
Parvenir à connaître, à apercevoir, à découvrir la vérité de quelque chose. On a reconnu son innocence. On reconnaît à ces indices la salubrité de l'eau. On reconnaît leur mauvaise foi.
On ne les sent aussi [les remords] que quand le coup approche, Et l'on ne reconnaît de semblables forfaits Que quand la main s'apprête à venir aux effets [CORN., Cinna, III, 2]
Et reconnaissez-vous que tout ce qu'il m'a dit, Par quelque impression ébranle mon esprit ? [ID., Nicom. IV, 1]
Je ne reconnais point, pour moi, quand on se moque ; Parlez-vous tout de bon ?... [MOL., Éc. des fem. II, 6]
Image sensible où nous devons reconnaître l'inutilité de toutes nos œuvres pour le salut, si la foi animée de la charité et de la grâce n'en est pas le principe et comme le premier moteur [BOURDAL., Pensées, t. I, p. 216]
L'on ne reconnaît plus en ceux que le jeu et le gain ont illustrés, la moindre trace de leur première condition [LA BRUY., VI]
Napoléon ne reconnut pas immédiatement, on va le voir, la force réelle des Prussiens [CHARRAS, Waterloo, chap. VIII]
Reconnaître avec la négation signifie quelquefois ne plus avoir égard à, ne plus écouter. Il ne reconnaît d'autre loi que sa volonté.
Implacables l'un pour l'autre et irréconciliables ennemis pendant que la séance [de jeu] dure, ils [les joueurs] ne reconnaissent plus ni liaisons, ni alliance, ni naissance, ni distinction [LA BRUY., VI]
Considérer, observer. Reconnaître les lieux, le terrain.
Disposition facile à reconnaître dans cette queue, que l'oiseau [le troglodyte] a coutume, non-seulement de relever, mais d'épanouir en volant, et qui la fait paraître à deux pointes [BUFF., Ois. t. X, p. 48]
Fig. Reconnaître les dispositions de quelqu'un,
Terme de guerre. Reconnaître, se dit pour examiner, s'instruire de ce qui concerne la situation, la nature, la force d'un lieu ou d'une troupe ennemie. Il envoya reconnaître les passages, les ennemis, leur contenance, leur nombre.
Il [le roi] arriva avant midi, reconnut la place fort exactement, suivant sa coutume [PELLISSON, Lett. hist. t. I, p. 292]
J'ai des ordres à donner, des lieux à reconnaître, des dispositions à faire et des dépêches à dicter [, Lett. du roi de Pr. à Voltaire, 21 juin 1760]
Absolument. Il est allé reconnaître. Reconnaître une patrouille, une ronde, etc. s'assurer qu'elle n'est pas ennemie.
Faire l'exploration de contrées, d'eaux inconnues.
Alexandre laissa son armée et sa flotte à Patale, alla lui-même avec quelques vaisseaux reconnaître la mer, marqua les lieux où il voulut que l'on construisît des ports, des havres, des arsenaux [MONTESQ., Esp. XXI, 8]
Ce que Séleucus reconnut fut appelé mer Séleucide ; ce qu'Antiochus découvrit fut appelé mer Antiochide [ID., ib. XXI, 9]
Il y a de très fortes raisons qui me portent à croire que la région de notre pôle qui n'a pas été reconnue ne le sera jamais [BUFF., 6e ép. nat. Œuv. t. XII, p. 310]
Colomb y aborda [au continent], lorsqu'en 1498 il reconnut l'Orénoque [RAYNAL, Hist. phil. XII, 2]
Terme de marine. S'approcher d'une terre, en examiner la forme, en étudier les abords.
Comme on n'eut plus de sujet de craindre le mauvais temps.... on fit route pour reconnaître le cap de la Vele [, Mém. d'Estrées, 24 août 1680, dans JAL]
Le petit vaisseau sur lequel il avait abordé en Bretagne, n'était venu que pour reconnaître la côte [VOLT., Ingénu, 7]
Reconnaître un écueil, un danger, s'en approcher, les relever, les dessiner. Reconnaître un vaisseau, s'approcher de lui pour juger de sa force, connaître sa nationalité, etc.
Admettre, accepter comme vrai, comme incontestable. Ce philosophe reconnaissait l'existence des atomes.
On reconnaît d'un commun accord les avantages de.... Les gourmets reconnaissent un excellent goût aux huîtres de.... Sans doute qu'étant chrétien comme vous prétendez l'être, vous n'hésiterez pas à reconnaître qu'il n'est rien de plus important pour vous que tout ce que je viens de vous marquer [BOURDAL., Pens. t. II, p. 32]
Se soumettre à l'autorité d'une personne.
Paris et tout le royaume, avec un fidèle et admirable empressement, reconnaît son roi gardé par la Providence et réservé à ses grands ouvrages [BOSSUET, le Tellier.]
Les Gaules n'eurent presque rien qui n'obéît aux Français ; et tous reconnaissaient Charles Martel [ID., Hist. I, 11]
Étant chrétien, il ne reconnaît point, à proprement parler, d'autre maître que Dieu ; ou, reconnaissant d'autres puissances, il ne les regarde que comme des puissances subordonnées au Tout-Puissant [BOURDAL., Pensées, t. I, p. 229]
Aussi bien n'attends pas qu'un cœur comme le mien Reconnaisse un vainqueur et te demande rien [RAC., Alex. V, 3]
Ce jour, ce triste jour frappe encor ma mémoire, Où Néron fut lui-même ébloui de sa gloire, Quand les ambassadeurs de tant de rois divers Vinrent le reconnaître au nom de l'univers [ID., Brit. I, 1]
Marguerite Waldemar, fille de Waldemar III, la Sémiramis du Nord, profita de ces troubles, et se fit reconnaître reine de Suède, de Danemark et de Norwége [VOLT., Mœurs 119]
On dit dans un sens analogue : reconnaître un Dieu.
Lui [Descartes] qui avait employé toute la sagacité de son esprit à chercher de nouvelles preuves de l'existence d'un Dieu, fut accusé de n'en point reconnaître [VOLT., Dict. phil. Newton et Descartes.]
Je reconnus son Dieu [ID., Alz. V, 5]
Les Chaldéens reconnaissaient un dieu suprême, une âme du monde, qu'ils adoraient sous le nom de Baal [CONDIL., Histoire anc. III, 4]
Reconnaître un gouvernement, reconnaître qu'il est légitimement établi et qu'il prend place à côté des anciens gouvernements.
10° Dans le langage religieux, reconnaître se dit quelquefois pour déclarer sa foi.
Quiconque me confessera et me reconnaîtra devant les hommes, je le reconnaîtrai aussi moi-même devant mon Père qui est dans les cieux [SACI, Bible, Évang. St Matthieu X, 32]
11° Reconnaître pour, reconnaître en telle qualité.
Énée, que les Romains reconnaissent pour leur fondateur [BOSSUET, Hist. I, 5]
Il [Jésus-Christ] déclara qu'il ne reconnaissait pour mère et pour frère que ceux qui faisaient la volonté de son Père céleste [BOURDAL., Assompt. de la Vierge, Myst. t. II, p. 321]
Le Pont vous reconnaît dès longtemps pour sa reine [RAC., Mithr. I, 3]
Louis XIV reconnut le fils de Jacques II pour roi en 1701 [VOLT., Suppl. au Siècle de Louis XIV, 1re part.]
On dit dans un sens analogue et par ellipse : reconnaître de, c'est-à-dire pour être de.
Les sauvages du Canada font brûler leurs prisonniers ; mais, lorsqu'ils ont des cabanes vides à leur donner, ils les reconnaissent de leur nation [MONTESQ., Esp. XXIII, 17]
12° Terme militaire. Faire reconnaître un officier, le proclamer en présence de la troupe où il doit commander.
13° Reconnaître un enfant, s'avouer authentiquement pour père ou mère d'un enfant naturel.
Elle [la duchesse de Portsmouth] a un fils qui vient d'être reconnu, à qui on a donné deux duchés [SÉV., 216]
Mme de Montespan eut cinq enfants de suite ; je ne sais s'ils furent reconnus tous ensemble, ou séparément [Mme DE CAYLUS, Souvenirs, p. 57, dans POUGENS]
Le roi fit ensuite reconnaître les siens [bâtards], savoir le duc du Maine, M. le comte du Vexin, Mlle de Nantes, Mlle de Tours [ID., ib. p. 58]
14° Reconnaître son seing, sa signature, une lettre, un billet, etc. reconnaître qu'on a signé l'écrit dont il s'agit, qu'on a écrit en effet la lettre, le billet, etc. Reconnaître une rente, une redevance, en passer un aveu.
15° Avouer, confesser.
Vous, Seigneur, dont la bonté infinie n'a rien donné aux hommes de plus efficace pour effacer leurs péchés que la grâce de les reconnaître.... [BOSSUET, Anne de Gonz.]
Chrétiens, que répondrons-nous à ce reproche ? il est juste, reconnaissons-le [ID., Sermons, Rechute, 2]
Qu'ils raisonnent comme il leur plaira ; s'ils n'ouvrent pas les yeux et qu'ils s'obstinent à ne vouloir pas reconnaître la fatale illusion qui les séduit.... [BOURDAL., Pensées, t. I, p. 200]
Il reconnaît sa dernière injustice [RAC., Brit. V, 1]
Dans les commencements il [Idoménée] a fait des fautes, et il met sa gloire à les reconnaître par les offres dont il vous prévient [FÉN., Tél. X]
Reconnaître que les animaux sont doués de sensations et de mémoire, sans savoir comment cela s'opère, ce serait parler en sage qui sait que l'ignorance vaut mieux que l'erreur [VOLT., Louis XIV, Écriv. Pardies.]
L'Ingénu, qui avait beaucoup de bon sens, disputa, mais reconnut son erreur ; ce qui est assez rare en Europe aux gens qui disputent [VOLT., Ingénu, 3]
On dit : reconnaître de, avec un infinitif.
Ce fut une chose fort touchante, quand elle [Mme de Coulanges malade] fit écrire à M. du Gué pour lui recommander M. de Coulanges, et cela par conscience et par justice, reconnaissant de l'avoir ruiné, [SÉV., 7 oct. 1676]
On supprime quelquefois la préposition de.
Je reconnais avoir reçu.... Puisque vous reconnaissez ce défaut être une source de discorde [BOSSUET, Sermons, 2e exhort. pour une visite.]
16° Avoir de la reconnaissance pour.
Mais puisqu'on reconnaît si mal mes bons offices [MOL., l'Ét. I, 10]
Qui reconnaît les grâces, aime à en faire [BOSSUET, Hist. III, 3]
Narcisse, c'est assez : je reconnais ce soin [RAC., Brit. IV, 4]
Je reconnais, Abner, ce service important [ID., Athal. II, 8]
Je sais bien reconnaître les procédés qu'on a pour moi [GENLIS, Théât. d'éduc. les Dangers du monde, I, 6]
Récompenser.
L'ode de M. Chapelain n'a-t-elle pas été reconnue d'une pension de cinq cents écus ? [NAUDÉ, Mascurat, in-4° p. 237, dans GODEFROY, Lex. de Corneille.]
Va, je reconnaîtrai ce service en son lieu [CORN., Rodog. III, 1]
Vous voulez d'un sujet reconnaître le zèle [RAC., Esth. II, 5]
Pour reconnaître ces services, Antiochus leur accorda plusieurs priviléges [ROLLIN, Hist. anc. Œuv. t. VIII, p. 240, dans POUGENS]
Reconnaître quelqu'un, user de reconnaissance envers lui, le récompenser.
....c'est de quoi nous ravir De le voir [Dieu] aussi prompt à te bien reconnaître [Louis XIV], Que ta haute valeur fut prompte à le servir [CORN., Inscript. mises sous des estampes, XVIII, Prise de Hesdin.]
De César, de son maître il paie ainsi l'estime, Et reconnaît si mal qui lui veut tant de bien [ROTR., St Gen. II, 8]
Voilà qui est étrange, et tu es bien mal reconnu de tes soins [MOL., D. Juan, III, 2]
Absolument. Témoigner de la reconnaissance.
Quand peut-on être ingrat, si c'est là reconnaître, Et que puis-je sur vous si le cœur n'y consent ? [CORN., Agés. V, 4]
17° Se reconnaître, v. réfl. Trouver sa ressemblance, son image, dans un portrait, dans un miroir, etc.
Il se regarda dans un miroir, et se reconnaissait à peine, tant il était changé ! Qui est-ce qui ne se reconnaît pas dans Molière ; et, si l'on ressuscitait les héros de nos tragédies, ils auraient bien de la peine à se reconnaître sur notre scène [DIDER., Essai sur la peinture, ch. 5]
Fig. Retrouver ses opinions, ses sentiments dans un autre. Se reconnaître dans son fils.
18° Se remettre dans l'idée un lieu qu'on a connu et où l'on se retrouve. Il y a bien longtemps que je suis venu ici ; mais je me reconnais. Fig. Ce manuscrit est difficile à lire ; mais je commence à m'y reconnaître. C'est une affaire embrouillée ; je ne m'y reconnais plus.
19° Se reconnaître, constater qu'on se connaît les uns les autres.
Dans tous les discours et tous les écrits de certaines gens, on n'entend ni on ne voit presque autre chose que le terme de vérité ; c'est, ce me semble, le signal pour se reconnaître les uns les autres ; c'est leur cri de guerre [BOURDAL., Pensées, t. I, p. 276]
20° Être reconnaissable ou reconnu.
L'opération de la grâce se reconnaît dans ses fruits [BOSSUET, Anne de Gonz.]
Le duc et le marquis se reconnut aux pages [BOILEAU, Sat. V]
21° Avouer quelque chose de soi.
Quoiqu'il se reconnaisse pécheur et qu'il fasse profession de l'être [BOURDAL., 7e dim. après la Pentec. Dominic. t. III, p. 56]
22° Connaître qu'on a péché, qu'on a failli.
Que dirai-je donc pour vous arrêter ?... qu'il [Dieu] vous fera mourir d'une mort soudaine, sans avoir le loisir de vous reconnaître ? [BOSSUET, Sermons, Rechute, 2]
23° Reprendre ses sens, examiner ce qu'on doit faire.
Quand votre jugement se sera reconnu, Vous bénirez le mal qui vous est avenu [MAIRET, Sophon. V, 6]
Il y a apparence qu'il eût été tué.... si elle n'eût donné aux chrétiens le temps de se reconnaître [SCARR., Rom. com. II, 14]
Il [Polybe] voyait les Romains.... ne laisser aux Macédoniens aucun moment pour se reconnaître [BOSSUET, Hist. III, 6]
Vous alléguez le bruit, le tumulte, les soins, les engagements, les agitations du monde ; tout votre temps, dites-vous, s'y consume ; et à peine pouvez-vous vous reconnaître [BOURDAL., Pensées, t. II, p. 35]
Quelques jours ; rien ne presse ; Encore faut-il bien qu'elle se reconnaisse ; à peine est-elle encor mariée.... [DUFRÉNY, Mariage fait et rompu, I, 6]
Je ne suis pas digne d'avoir le temps de me reconnaître et de me repentir de ma rage [MARIV., Pays. parv. 3e part.]

REMARQUE

  • "Ma colère revient, et je me reconnois ; Immolons en partant deux ingrats à la fois, RAC. Mithr. IV, 5". L'usage, dès le temps de Racine, avait décidé qu'il fallait toujours prononcer je reconnais ; et, par conséquent, l'autre prononciation [celle comme fois] ne doit être regardée, dans Racine, que comme on regarde les archaïsmes dans Virgile [D'OLIVET, Rem. Racine, § 12]

HISTORIQUE

  • XIe s.
    Très sei [il] la tint [la lettre], ne la volt demustrer, Nel reconnissent usque il s'en seit alet [, St Alexis, LVIII]
    Dusque li uns son tort en reconnuisse [, Ch. de Rol. CCLXI]
  • XIIe s.
    Si coiement [j'] ai ma dolor menée, Qu'à mon semblant ne la reconnoist-on [, Couci, VI]
    E tuz les reis de cele terre recunnurent lur regnes de lui, e pais out de tutes parz [, Rois, p. 240]
    Puet cel estre qu'il s'est en sei reconeüz, E de la felunie s'est ensi defenduz [, Th. le mart. 151]
    Ben reconnurent Renoart à l'escu [, Bat. d'Aleschans, V. 7125]
  • XIIIe s.
    Aucune foiz avient que cil qui a receu monstre qu'il aime plus son bienfaitor que cil lui ; et ce font il, por ce que l'on ne les blasme dou non reconoistre le benefice [BRUN. LATINI, Trésor, p. 320]
    Tout aussi com [à] Symon [elle] l'avoit reconneü [déclaré] [, Berte, LI]
    Ont requesneu Girart et Mengiers que.... [DU CANGE, accensare.]
  • XIVe s.
    Les bestes mues se recognoissent en leur viandes, et s'esjoissent et delettent es unes et es autres non [ORESME, Eth. 97]
  • XVe s.
    Et jurerent [les bourgeois] et reconnurent à tenir la cité de luy [FROISS., I, I, 58]
    [Philippe de Valois après avoir menacé les Flamands de sa vengeance leur promet toutefois que] s'ils se vouloient reconoistre et retourner à lui et à la couronne de France [ils venaient de s'allier à Édouard III], il leur pardonneroit.... [ID., I, I, 106]
    Fi du latin ! parlons françois ; Je m'y reconois davantage [BASSEL., IX.]
  • XVIe s.
    L'amour mal reconnu vous brusle [MARG., Nouv. LXX. M. A.]
    Muret que la France recognoist pour le meilleur orateur du temps [MONT., I, 194]
    D'aultres ne recognoissant aultre dieu ny aultre divinité qu'elles [les bêtes] [ID., II, 133]
    Ce qu'estant parachevé, on iroit recognoistre la ville de plus près [LANOUE, 448]
    Ilz s'en coururent au camp de Martius, disant qu'ilz ne recognoissoient autre superieur que luy [AMYOT, Cor. 44]
    Sachant bien que Pyrrhus, recognoissant les bienfaits qu'il avoit receuz de Ptolomaeus, ne lui refuseroit jamais rien [ID., Pyrrh. 12]
    Le roi le trouva en fin las de sa besongne mal reconnue [récompensée] [D'AUB., Hist. III, 335]
    C'est une vache de Barbarie qui ne recognoist que son propre veau [COTGRAVE, ]
    Folie faire et folie recognoistre sont deux paires de folies [COTGRAVE, ]

ÉTYMOLOGIE

  • Re..., et connaître ; bourg. requeunoitre ; wallon, riknoh ; provenç. recognoscer, reconoscer, reconnoisser ; espagn. reconocer ; port. reconhocer, ital. riconoscere.

reconnaître

RECONNAÎTRE. v. tr. Retrouver dans sa mémoire l'idée, l'image d'une personne, d'une chose, quand on vient à la revoir ou à l'entendre. Il y avait longtemps que je ne l'avais vu, j'ai eu de la peine à le reconnaître. Je l'ai reconnu à sa démarche, à sa voix. Ne me reconnaissez- vous point? J'ai reconnu un tel malgré son déguisement. Que chacun reconnaisse ses effets, ses livres, etc. Ce chien a reconnu la voix de son maître. Je n'ai été qu'une fois chez lui, mais je reconnaîtrai le chemin, la maison.

Il signifie encore Connaître, distinguer, à quelque signe, à quelque caractère, d'après quelque indication, une personne ou une chose qu'on n'a jamais vue. Je l'ai reconnu au portrait que vous m'en aviez fait. On le reconnut à une balafre qu'il avait au front. Il a reconnu cette plante à divers signes, à divers caractères.

Il s'emploie aussi figurément. Je reconnais cet homme à ses perfidies. On reconnaît un écrivain à son style. Je reconnais bien la bonté de votre coeur. Je vous reconnais bien là. À ce trait de déloyauté, je ne le reconnais pas.

Se faire reconnaître, Se nommer, donner des indications pour prouver qui on est.

RECONNAÎTRE signifie encore Parvenir à connaître, à apercevoir, à découvrir la vérité de quelque chose. On a reconnu son innocence. On a reconnu sa trahison, sa perfidie.

Il signifie aussi Admettre une chose comme vraie, comme incontestable. Ce fait est reconnu de tout le monde. C'est une vérité reconnue. On a reconnu que cela était nécessaire.

Avec la négation il signifie Ne plus avoir égard, ne plus écouter. Il ne reconnaît ni parents ni amis. Il ne reconnaît d'autre loi que sa volonté, d'autre maître que lui-même.

RECONNAÎTRE signifie aussi Avouer, confesser, déclarer. Il a reconnu sa faute, son tort. Il a reconnu la dette. Je reconnais avoir reçu... Je reconnais qu'un tel m'a prêté telle somme. Il ne veut pas reconnaître qu'il a eu tort. Je reconnais avec vous que telle chose est ainsi. Je reconnais mon erreur.

Reconnaître pour, Avouer pour, reconnaître en telle qualité. Il a reconnu un tel pour son fils. Ces peuples l'ont reconnu pour leur roi. C'est un honnête homme, et reconnu pour tel.

Il s'emploie absolument dans ce sens et signifie Reconnaître pour chef, pour roi. Après plusieurs années de guerre civile, toute la France reconnut Henri IV.

Reconnaître un gouvernement, L'admettre parmi les puissances constituées, entrer en rapport avec lui. Son gouvernement avait été reconnu par les puissances étrangères. On dit de même : Reconnaître un prince, un souverain.

En termes de Guerre, Faire reconnaître un officier, Le proclamer en présence de la troupe où il doit commander.

Reconnaître sa signature, Avouer qu'on a signé l'écrit dont il s'agit. On dit de même : Reconnaître une lettre, une écriture, une promesse, un billet.

Reconnaître un enfant, Déclarer, dans les formes authentiques, qu'on est le père ou la mère d'un enfant naturel.

Reconnaître une redevance, une rente, En passer une reconnaissance.

RECONNAÎTRE signifie encore Considérer, observer, remarquer. Reconnaître les lieux. Reconnaître les dispositions de quelqu'un.

Il se dit spécialement en termes de Guerre. Reconnaître l'ennemi, un pays, une place qu'on veut attaquer. On envoya de la cavalerie reconnaître les passages, les chemins, les défilés. Reconnaître une patrouille, une ronde, etc., S'assurer qu'une patrouille, qu'une ronde, etc., n'est point ennemie, ni suspecte. Le caporal sortit du poste pour reconnaître la patrouille.

En termes de Marine, Reconnaître un bâtiment, Le découvrir, l'apercevoir. Reconnaître une terre, En observer la situation.

RECONNAÎTRE signifie aussi Explorer des contrées, des eaux inconnues. Il reconnut ce fleuve jusqu'à une grande distance de son embouchure.

RECONNAÎTRE signifie encore Avoir de la gratitude. Reconnaître les bienfaits qu'on a reçus, les bons procédés dont on a été l'objet. Je reconnaîtrai tout ce que vous avez fait pour moi.

Reconnaître un service, Le récompenser. Il a fort mal reconnu les bons offices qu'on lui a rendus.

SE RECONNAÎTRE signifie Trouver son image, sa ressemblance dans un miroir, dans un portrait. On se reconnaît difficilement soi-même dans un portrait. À la fin de sa maladie, il se regarda dans un miroir et il eut de la peine à se reconnaître.

Il signifie aussi figurément Retrouver ses sentiments, sa manière d'être dans un autre. Il se reconnaît dans son fils. Je me reconnais dans tout ce qu'il dit, dans tout ce qu'il fait.

Il signifie encore Se remettre dans l'esprit l'idée d'un lieu, d'un pays qu'on a quitté et où l'on se retrouve. Je me reconnais dans cet endroit. Il y avait longtemps que je n'avais passé par cette ville; mais je commence à me reconnaître.

Il s'emploie aussi figurément dans ce sens, Ce manuscrit est si plein de ratures que je ne puis plus m'y reconnaître.

Il signifie encore Reprendre ses sens; Penser à ce qu'on doit faire, y faire réflexion. Il est mort sans avoir eu un instant pour se reconnaître. Donnez-moi le loisir de me reconnaître. Il fut surpris et n'eut pas le temps de se reconnaître.

Synonymes et Contraires

reconnaître

verbe reconnaître
1.  Juger comme déjà connu.
2.  Nommer d'après un caractère donné.
3.  Visiter un lieu.
5.  Avouer un méfait.
6.  Compter à l'actif de quelqu'un.

reconnaître (se)

verbe pronominal reconnaître (se)
Localiser sa position.
Traductions

reconnaître

ausforschen, auszeichnen, erforschen, forschen, hervorheben, unterforschen, unterscheiden, untersuchen, anerkennen, zugeben, erkennenrecognize, acknowledge, admit, distinguish, examine, explore, investigate, research, concede, grant, know, recognise, reconnoiter, surveyerkennen, verkennen, herkennen, agnosceren, alswaarheidaannemen, exploreren, honoreren, nagaan, onderkennen, onderscheiden, onderscheidmakentussen, onderzoeken, opverkenninguitgaan, uitvissen, uitzoeken, vorsen, toegevenהודה (הפעיל), הכיר (הפעיל), זיהה (פיעל), ניכר (נפעל), סייר (פיעל), תר (פ'), הוֹדָה, הִכִּיר, זִהָהαναγνωρίζω, παραδέχομαιreconocerriconoscere, paraficare, parificare, ravvisareيَتَعَرَّفُ علىpoznatgenkendetunnistaaprepoznati分かる알아보다kjenne igjenrozpoznaćreconhecerузнаватьkänna igenจำได้tanımaknhận ra认可 (ʀəkɔnɛtʀ)
verbe transitif
1. identifier qqn ou qqch que l'on connaît reconnaître un morceau de musique
2. avouer reconnaître ses torts
3. admettre comme légitime reconnaître l'autorité d'un souverain
4. examiner, explorer un lieu reconnaître le terrain
5. dire officiellement qu'on est le père ou la mère d'un enfant

reconnaître

[ʀ(ə)kɔnɛtʀ] vt
(= identifier) → to recognize
Je ne l'ai pas reconnu → I didn't recognize him.
reconnaître le corps → to identify the body
reconnaître qn/qch à → to recognize sb/sth by
(= concéder) → to admit, to acknowledge
reconnaître la défaite → to admit defeat, to acknowledge defeat
reconnaître que → to admit that
Je reconnais que j'ai eu tort → I admit that I was wrong.
reconnaître à qn
Je lui reconnais certaines qualités → I admit that he has certain qualities.
(DROIT) [+ enfant, dette, droit] → to acknowledge
(MILITAIRE) [+ lieu] → to reconnoitre [ʀ(ə)kɔnɛtʀ] vpr/vi
(= se situer) se reconnaître quelque part → to know where one is
Ça y est, je me reconnais maintenant → That's it, I know where I am now.
(= s'y retrouver) ne plus s'y reconnaître → to not know where one is any more