rendu, ue

RENDU, UE

(ran-du, due) part. passé de rendre
Donné en retour. Le bien rendu pour le mal S. m.Fig. et familièrement. C'est un rendu, un prêté rendu, se dit d'un tour que l'on joue à quelqu'un pour lui rendre la pareille.
Alexandre s'en va, toujours tuant tout ce qu'il rencontre. - Ce n'était qu'un rendu [VOLT., Dial. XXIX, 1]
Je ne sais ce que j'ai, dit-il à Coutu, je n'ai jamais tant bâillé. - Mon révérend père, répondit frère Coutu, ce n'est qu'un rendu. - Comment, que voulez-vous dire avec votre rendu ? dit frère Bertin. - C'est, dit frère Coutu, que je bâille aussi [ID., Facéties, Relation du jésuite Bertier]
Arrivé où l'on voulait aller.
Enfin, après les tempêtes, Nous voici rendus au port [MALH., II, 2]
Transporté au lieu de destination. Du vin rendu à Paris.
Terme de marine. Se dit d'une manœuvre, quand elle est arrivée au point de tension qui lui convient. Une moufle est rendue, quand les poulies se touchent. Se dit de même de la gargousse d'une bouche à feu que l'on charge.
Remis en possession, ramené à, en parlant de personnes. Rendu à la liberté.
J'ai cru que, tôt ou tard à ton devoir rendu, Tu me rapporterais un cœur qui m'était dû [RAC., Andr. IV, 5]
Rendu à soi-même, délivré d'illusion, de préventions, d'égarements.
C'est malgré moi qu'à moi-même rendue J'écoute une chaleur qui m'était défendue [CORN., Rodog. III, 4]
Rendue à vous-même et dépouillée de toute fausse délicatesse, vous ne me ferez nulle objection [GENLIS, Théât. d'éduc. Ennemis génér. II, 8]
Accompli. Les derniers devoirs rendus à un mort.
Un service rendu mal à propos est souvent puni comme une trahison [VOLT., Charles XII, 3]
Devenu.
Le soldat, dans la paix, sage et laborieux, Nos artisans grossiers rendus industrieux [BOILEAU, Ép. I]
Exprimé, représenté.
Comme les contes les plus ridicules sont souvent fondés sur une vérité mal vue ou mal rendue [BUFF., Ois. t. III, p. 344]
Si les portraits sont bien rendus d'après nature [J. J. ROUSS., Ém. IV]
Il y a dans ce morceau des pensées fausses, ou du moins rendues avec peu d'exactitude [CONDIL., Art d'écr. III, 2]
Terme de beaux-arts. Se dit absolument des objets ou des détails bien étudiés et rigoureusement exprimés.
Il n'y a rien ici de rendu, mais rien du tout [DIDER., Salon de 1765, Œuv. t. XIII, p. 65, dans POUGENS]
[Sur des statues asiatiques] Les yeux dans une tête de face sont fréquemment présentés sous l'aspect qu'ils auraient dans des têtes de profil, et les mains sont toujours pitoyablement rendues [RAYNAL, Hist. phil. V, 29]
Terme de peinture. Exécution rendue, exécution travaillée, qui exprime tout ce qui est à exprimer.
Les peintres de la Norvége sont plus châtiés, et leur exécution est plus rendue [AD. VIOLLET-LE-DUC, J. des Débats, 3 juin 1862]
S. m. Un beau rendu. La précision du rendu des objets, dans la photographie.
Compte rendu, exposé ou récit de certains faits particuliers. Le compte rendu des séances de l'Académie des sciences.
Traduit.
On travaillait à la version italienne [de l'Exposition de la doctrine catholique] avec toute l'exactitude que méritait une matière si importante, où un seul mot mal rendu pouvait gâter tout l'ouvrage [BOSSUET, Expos. doctr. cathol. Avertissement.]
10° Qui a cédé, qui s'est soumis.
Nous comptions ce matin, avant le lever du roi, jusqu'à trente ou trente-trois places prises ou rendues, depuis le deuxième de ce mois, à lui ou à ses alliés [PELLISSON, Lett. hist. t. I, p. 182]
M. de Rochefort assiége Huy ; la ville est rendue, le château résiste un peu [SÉV., 188]
Tous les habitants d'une ville forcée ou rendue à discrétion, et du plat pays qui en dépendait, étaient esclaves du vainqueur [FLEURY, Mœurs des Israél. tit. XXVIII, part. 3]

PROVERBE

    Fille qui chante et ville qui parlemente sont à demi rendues.
S. m. Soldat qui déserte pour se venir rendre dans le parti contraire (terme vieilli).
Les nouvelles qu'on a eues depuis par les rendus qui sont venus en grand nombre [PELLISSON, Lett. hist. t. III, p. 53]
Il vint hier de Bruxelles un rendu, qui dit que M. le prince d'Orange assemblait quelques troupes à Anderleck, qui en est à trois quarts de lieue ; on demanda au rendu ce qu'on disait à Bruxelles ; il répondit.... [RAC., Lett. à Boileau, 21 mai 1692]
11° Qui s'est laissé persuader, convaincre, toucher.
Je vis hier la duchesse de Sully et la comtesse de Guiche ; leurs têtes sont charmantes ; je suis rendue ; cette coiffure est faite justement pour votre visage [SÉV., 4 avr. 1671]
Je suis charmée que vous aimiez Abbadie [la Vérité de la religion chrétienne] ; notre ami [Corbinelli] a été le premier à lui rendre témoignage.... après lui, je vous souhaitais rendu, et voilà qui est fait [ID., à Bussy, 26 août 1688]
Les voilà rendus ; ils en sont émus et touchés au point de résoudre dans leur cœur sur ce sermon de Théodore, qu'il est encore plus beau que le dernier qu'il a prêché [LA BRUY., XV]
Hé bien, Madame ! enfin me voilà rendue et sur le point d'être désabusée [BARON, Homme à bonnes fort. IV, 3]
Dursan le fils, qui se jeta sur-le-champ à ses genoux, et à qui cette grand' mère, déjà toute rendue, tendit languissamment une main [MARIV., Marianne, 10e part.]
12° Las, outré.
Il y a un nombre de chevaux et de mulets crevés et rendus en chemin [PELLISSON, Lett. hist. t. I, p. 373]
L'équipage suait, soufflait, était rendu [LA FONT., Fabl. VII, 8]
Charles, à la tête de sa cavalerie, fit trente lieues en vingt-quatre heures, chaque cavalier menant un cheval en main pour le monter quand le sien serait rendu [VOLT., Charles XII, 3]
Il [l'âne] ne peut fournir qu'une petite carrière, pendant un petit espace de temps, et, quelque allure qu'il prenne, si on le presse, il est bientôt rendu [BUFF., Quadrup. t. I, p. 156]
Souvent, rendu de chaleur et de fatigue, je m'étendais par terre, n'en pouvant plus [J. J. ROUSS., Conf. VIII]
13° S. m. Rendu, un moine (locution vieillie qui se disait, par abréviation, pour homme rendu moine).
Le poëte avait l'air d'un rendu ; Comment d'un rendu ? d'un ermite [LA FONT., Poésies mêlées, LXXI]