renvier

(Mot repris de renvies)

RENVIER

(ran-vi-é) , je renviais, nous renviions, vous renviiez ; que je renvie, que nous renviions, que vous renviiez v. n.
Terme de brelan. Mettre une certaine somme par-dessus la vade ou l'enjeu. Fig. Renchérir, faire davantage.
Vous êtes allée à Marseille pour me fuir ; et moi, je m'en vais à Vitré pour le renvier sur vous [SÉV., 18 mai 1671]
C'est là [dans les grandes fortunes] que la convoitise va tous les jours se subtilisant et renviant sur soi-même [BOSSUET, Sermons, Impénit. I]
Il se conjugue avec l'auxiliaire avoir.

REMARQUE

  • 1. Il est possible que, dans l'exemple de Bossuet cité ci-dessus, se se rapporte à renviant ainsi qu'à subtilisant. Du moins dans un exemple parallèle, il dit se renvier : C'est là [à la cour] que la convoitise va tous les jours se subtilisant, et se renviant pour ainsi dire sur elle-même, Sermons, Ambition, 1.
  • 2. Voltaire a dit : Vous lirez dans nos livres nouveaux de philosophie que Clodius renvia sur Auguste, et mille autres expressions pareilles dignes du laquais des Précieuses ridicules, Dict. phil. Langues. Voltaire se trompe ; renvier se trouve dans Sévigné et Bossuet, sans parler des écrivains du XVIe siècle.

HISTORIQUE

  • XIIIe s.
    ....je te renvi Au gieu où nous meteons chascun Tout contre tout ; tout ert [sera] à un [, Meraugis, p. 194]
  • XIVe s.
    Ces lais fais font orgiex [orgueil] et ire, Que chascuns veult estre plus sire Que ses voisins, et par envie Mains maus au siecle se renvie [J. DE CONDÉ, t. III, p. 224]
    Mains maus au siecle se renvie ; Si fait maint homme devier Envie par son renvier, Et fait fere mainte omecide [ID., ib.]
  • XVIe s.
    La cour passa de là en Avignon, où le cardinal d'Armagnac n'oublia aucune sorte de despense ; mais Marseille le renvia avec ses combats maritimes [D'AUB., Hist. I, 204]
    La roine mere et Monsieur r'envierent ces caresses [de Charles IX, aux protestants] de tout l'art, en paroles et en contenances qu'ils avoient peu estudier [ID., ib. II, 5]
    Anne du Bourg le r'envia sur tous, parla de la cause des reformez comme sienne et sans desguisemens [ID., ib. I, 83]
    Il y renvioit de sa reste [COTGRAVE, ]

ÉTYMOLOGIE

  • Renvi. M. Scheler, dans ses remarques sur le passage de Jean de Condé cité plus haut, dit : " Se renvier, se reproduire, prendre la vogue (littéralement se remettre en voie, lat. re-inviare). Ce terme renvier n'est pas le même que celui qui figure, comme terme de jeu, dans nos dictionnaires, et qui est composé de envier, défier (invitare) ....le mot est absent dans les glossaires de Roquefort et de Burguy ; je le trouve dans le Glossaire montois de M. Sigart, avec le sens de réveiller. " Il n'y a aucune raison pour ne pas voir ici renvier pris figurément ; le sens en est certifié par le simple envier qu'on trouve dans les vers de Baudouin de Condé, père de Jean : Car en vie n'est nus demain ; Et puis k'il n'a demain en vie Ne eure, follement envie Son giu, qui s'afie en jovente, t. I, p. 202. Li cors iert mors de mort mortel ; Mais il a en l'autre mort tel Que ne t'ai dit ; car tant est dure, Que li morirs sans fin en dure ; Cil ki ensi meurt, mar fu vis ; Or i pense, tant com tu vis, Que du pieur ton jeu n'envies, ib. p. 213.

renvier

RENVIER. v. n. Mettre une certaine somme d'argent au jeu du brelan, etc., par-dessus la vade ou l'enjeu. Le fonds du jeu n'était que de six jetons, l'un renvia de quatre fiches, et l'autre de dix. Il a renvié de tant sur moi.