roidir ou raidir

ROIDIR ou RAIDIR

(roi-dir ou rè-dir. La prononciation rè-dir est aujourd'hui la plus usitée de beaucoup) v. a.
Tendre ou étendre avec force. Roidissez le bras. Terme de charpenterie. Raidir un étai, l'amener à une pression propre à soutenir un mur.
Rendre roide, incapable de mouvement.
Lorsque la vieillesse me courbera le dos et me raidira les jarrets [MARMONTEL, Mém. II]
Leurs habits mouillés [dans la retraite de Moscou] se gèlent sur eux ; cette enveloppe de glace saisit leurs corps et raidit tous leurs membres [SÉGUR, Hist. de Nap. IX, 11]
Fig. Rendre ferme, roide.
Ce fut [l'intérêt de Mme de Maintenon et d'Harcourt] ce qui les roidit à soutenir Mme des Ursins [SAINT-SIMON, 122, 99]
Il [Colomb] avait, comme tous ceux qui forment des projets extraordinaires, cet enthousiasme qui les roidit contre les jugements de l'ignorance [RAYNAL, Hist. phil. VI, 3]
V. n. Devenir roide. Le linge mouillé roidit par la gelée. Fig.
Gauche, mal à l'aise, souffrant dès 89 sous les risées de la Constituante, il [Robespierre] avait raidi de haine, et s'était comme dressé sous l'applaudissement du peuple [MICHELET, Hist. Révol. IX, 4]
Se roidir, v. réfl. Devenir roide. Le linge mouillé se roidit par la gelée.
Ses bras se roidissent, la pâleur de la mort couvre son front [GENLIS, Ad. et Th. t. II, p. 50, dans POUGENS]
Se tenir roide.
Faisons comme les enfants et les ivrognes, qui ne se cassent jamais ni jambes ni bras quand ils tombent, parce qu'ils ne se roidissent pas pour ne pas tomber [J. J. ROUSS., Corresp. du Peyrou, t. III, p. 337, dans POUGENS]
Pour m'arrêter je me roidis ; Mais le tourbillon me dit : passe [BÉRANG., Juif errant.]
Se dit d'un cheval qui, par fantaisie, refuse d'avancer.
Fig. Tenir ferme, ne vouloir point se relâcher.
L'âme doit se roidir plus elle est menacée [CORN., Méd. I, 5]
Il faut avouer que la religion a quelque chose d'étonnant ; c'est parce que vous y êtes né, dira-t-on ; tant s'en faut, je me roidis contre par cette raison-là même, de peur que cette prévention ne me suborne [PASC., Pensées, Religion, 18, édit. FAUGÈRE.]
Mais, ma chère bonne, il y a des extrémités où l'on romprait tout, si l'on voulait se raidir contre la nécessité [SÉV., 15 nov. 1684]
Je viens.... vous faire admirer un homme qui ne se détourna jamais de ses devoirs ; qui, pour maintenir la raison, se roidit contre la coutume [FLÉCH., Duc de Montaus.]
S'il survient un grand événement, il [le diplomate] se roidit ou il se relâche selon qu'il lui est utile ou préjudiciable [LA BRUY., X.]
Il faut.... que nous nous roidissions sans relâche contre nous-mêmes [MASS., Carême, Tiéd. 2]
Le roi s'était roidi à n'excepter aucun de ceux qui entraient dans le service, de passer une année dans une de ses deux compagnies de mousquetaires [SAINT-SIMON, I, 12]
Le cardinal Mazarin, qui ne se raidissait pas contre les difficultés comme Richelieu [VOLT., Hist. parl. LV]
Avec ellipse du pronom personnel.
Quelle est votre pensée, et quel bourru transport Contre vos propres vœux vous fait roidir si fort ? [MOL., le Dép. III, 9]

HISTORIQUE

  • XIIe s.
    [Il] Roidist la jambe, si s'afiche as estrez [étriers] [, Ronc. p. 57]
  • XIIIe s.
    [Les femmes] Sanglent estroit leur testes d'un las ou d'un chapel, Pour leur frons defroncier et pour redir la pel [, Contenance des femmes]
  • XIVe s.
    Le mettez [le lièvre] harler sur le greil, id est roidir sur bon feu de charbon [, Ménagier, II, 5]
  • XVe s.
    Les aucuns sont mortz et roydiz ; D'eulx n'est-il plus rien maintenant [VILLON, Grand testam.]
  • XVIe s.
    Ce n'est pas assez de luy roidir l'ame, il luy fault aussi roidir les muscles [MONT., I, 165]
    Cettuy cy se peine, se roidit et se tend, pour.... [ID., II, 105]
    Ils accomodent bien la reigle de justice, la faisant ployer à leur profit, et la roidissant à la ruine d'autrui [LANOUE, 240]
    Elle le vit, froid et terni, roidir entre ses bras [YVER, p. 593]

ÉTYMOLOGIE

  • Roide ; Berry, redzir.