séculier, ière

SÉCULIER, IÈRE

(sé-ku-lié, liè-r' ; au XVIIe siècle, Chifflet, Gramm. p. 188, dit que séculier se prononce comme hiver) adj.
Qui n'est pas engagé par des vœux dans une communauté religieuse, en parlant tant des ecclésiastiques que des laïques. Clergé séculier. Vie séculière.
Si, en Hollande et en Angleterre, le corps de l'État n'était formé que de barons séculiers et ecclésiastiques, ces peuples n'auraient pas, dans la guerre de 1701, tenu la balance de l'Europe [VOLT., Mœurs, 83]
On dit de même : bénéfice séculier. Juridiction séculière, la justice temporelle. On dit de même : les tribunaux séculiers.
Quand ce sage magistrat renvoyait les affaires ecclésiastiques aux tribunaux séculiers, ses doctes arrêts leur marquaient la voie qu'ils devaient tenir [BOSSUET, le Tellier]
Le bras séculier, la puissance de la justice temporelle.
La discipline de nos réformés permet le recours au bras séculier [BOSSUET, Var. 10]
Louis de Bavière prononça la sentence par laquelle il privait le pape [Jean XXII] de tout bénéfice, et le livrait au bras séculier pour être brûlé comme hérétique [VOLT., Mœurs, 68]
Mondain. Une vie séculière et nullement chrétienne.
Ces désirs séculiers auxquels nous sommes accoutumés, ces images du monde dont nous avons l'esprit rempli [FLÉCHIER, Sermons, Transfiguration]
Le pape Martin [V] défendit qu'on dît la messe en habit séculier [VOLT., Mœurs, 72]
Moine séculier s'est dit quelquefois pour chevalier de Malte.
De ses frères [de Talbot] l'un était aumônier de la reine et l'autre était ce qu'on appelle moine séculier, qui n'avait de son ordre que le libertinage et la réputation qu'on leur attribue [HAMILT., Gramm. IX]
S. m. et f. Laïque. Les séculiers. Un séculier.
Il [Honoré III] permettait aux religieuses de Port-Royal de donner retraite à des séculières qui, étant dégoûtées du monde, et pouvant disposer de leurs personnes, voudraient se réfugier dans leur couvent pour y faire pénitence, sans néanmoins se lier par des vœux [RAC., Hist. Port-Royal.]

HISTORIQUE

  • XIIe s.
    Jugié ne poez estre [vous, clercs] par prince seculer [, Th. le mart. 73]
  • XIIIe s.
    Lors va tout pendre à ung crochet, Et vest sa robe seculiere Qui mains encombreuse li ere [était] [, la Rose, 19615]
    Ge n'en met hors rois ne prelas, Ne juge de quelconque guise, Soit seculier ou soit d'eglise [, ib. 5694]
    Qui prode fame veut congnoistre, Soit seculiere, soit de cloistre, Se travail vuet metre en li querre, C'est oisel cler semé en terre [, ib. 8742]
    À ses seculieres voisines, Par jeunes et par disciplines, Enseignoit à fuir le siecle, Qui ne va pas à droite regle [RUTEB., II, 177]
    Le duc Godefroi establi deus cours seculiers [, Ass. de J. I, 23]
  • XVIe s.
    Privilege, usage et jouissance que les dits monasteres ont toujours eu de succeder aux biens à leur religieux advenant et qui leur adviendroient, si encores estoient seculiers, en la succession de leur pere et mere tant seulement [, Coust. gén. t. I, p. 449]

ÉTYMOLOGIE

  • Provenç. et espagn. seglar, secular ; ital. secolare ; du lat. saecularis, dérivé de saeculum (voy. SIÈCLE).
Émile Littré's Dictionnaire de la langue française © 1872-1877