sûr, ûre

SÛR, ÛRE

(sur, su-r' ; au XVIe s. on écrivait seur ; mais Bèze remarque que l'usage s'était introduit de prononcer sur) adj.
Qui compte fermement sur.
Revenez tout couvert du sang de l'infidèle ; Allez : en cet état soyez sûr de mon cœur [RAC., Andr. IV, 3]
Je vais chercher la solitude et la santé, bien plus sûr de l'une que de l'autre, mais plus sûr encore de votre amitié [VOLT., Lett. d'Argental, 9 déc. 1754]
Je ne suis pas sûr du lendemain.... [ID., Lett. Mme Denis, 18 janv. 1752]
Être sûr de quelqu'un, pouvoir compter sur lui, être assuré qu'il ne nous manquera pas au besoin.
Quand elle me proposa de quitter ma patrie, elle était déjà sûre de moi [MONTESQ., Ars. et Ism.]
Sûr de soi-même, qui est assuré de ne pas faillir.
Vivre dans un pays [la Hollande] où les lois nous mettent à couvert des volontés des hommes, et ou, pour être sûrs de tout, nous n'ayons qu'à être sûrs de nous-mêmes [ST-ÉVREM., Œuv. t. II, p. 229]
Il n'y a qu'une femme bien sûre d'elle-même et de sa réputation qui ose tenir de pareils discours [FONT., Lett. gal. II, 23]
Qui ne peut manquer d'avoi ; d'obtenir.
On n'eût point vu Madame s'attirer la gloire avec une ardeur inquiète et précipitée ; elle l'eût attendue sans impatience, comme sûre de la posséder [BOSSUET, Duch. d'Orl.]
On n'est jamais sûr de rien en ce monde [VOLT., Oreilles, 6]
Quiconque en France avec éclat attire L'œil du public, est sûr de la satire [ID., Épît. XXX]
Il attendait Bourbon, sûr de vaincre avec lui [ID., Henr. IV]
Être sûr de son fait, être certain de ce qu'on dit. Être sûr de son fait, de son coup, avoir la certitude du succès de ce qu'on a entrepris.
Don Joseph était si sûr de son fait.... [LESAGE, Est. Gonz. 14]
Terme de musique. Être sûr de sa partie, la savoir de telle manière qu'on est sûr de la chanter ou de l'exécuter sans faire de faute. Au jeu, être sûr de la partie, avoir fait sa partie de manière qu'on est certain de gagner. Fig. et familièrement. Être sûr de sa partie, avoir si bien pris ses mesures dans une affaire, que le succès en est certain.
En qui on peut avoir confiance.
Sa place eût été donnée, si on eût pu la remplir d'un homme aussi sûr [BOSSUET, le Tellier.]
Sûre et secrète jusqu'au mystère [Mme DE CAYLUS, Souvenirs, p. 137, dans POUGENS]
M. Tronchin, banquier ; c'est un homme sûr de toutes les manières [VOLT., Lett. d'Argental, 9 déc. 1754]
Je sais par expérience que c'est un ami sûr [D'ALEMB., Lett. à Voltaire, 24 août 1752]
Il n'y avait là, me disait-on, que d'honnêtes gens, des gens sûrs [MARMONTEL, Mém. VI]
Il se dit des choses dans un sens analogue. L'instinct est un guide sûr.
Le songe est un tableau des passions humaines, Un confident peu sûr, un parleur indiscret [ROTR., Bélisaire, III, 4]
Un homme d'une si grande capacité que M. le Tellier et d'une conduite si sûre dans les affaires [BOSSUET, le Tellier.]
Ne parlons pas des vivants dont les vertus, non plus que les louanges, ne sont jamais sûres dans le variable état de cette vie [ID., ib.]
M. de Turenne publiait de son côté qu'il agissait sans inquiétude, parce qu'il connaissait le prince et ses ordres toujours sûrs [ID., Louis de Bourbon.]
Sans la crainte de Dieu toute probité humaine est fausse, ou du moins elle n'est pas sûre [MASS., Pet. carême, Fauss. de la gloire hum.]
Main sûre, mains sûres, personne en qui on peut se fier. Vos papiers, vos titres sont en main sûre, en mains sûres.
Mets en de sûres mains cette lettre cruelle [VOLT., Zaïre IV, 5]
Temps qui n'est pas sûr, temps sur lequel on ne peut compter, qui menace de devenir pluvieux.
Ma canne, mon chapeau, mon parapluie ; le temps n'est pas sûr [PICARD, M. Musard, sc. 18]
Qui sait d'une manière certaine. Je suis sûr de ce que je vous dis. Je suis sûr de l'avoir entendu. Je suis sûr que cela est.
Qui fait exactement ce que ma loi commande, A pour moi, dit ce Dieu, l'amour que je demande : Faites-le donc ; et, sûr qu'il nous veut sauver tous, Ne vous alarmez point par quelques vains dégoûts [BOILEAU, Épît. XI]
Qui ne se trompe pas.
Il tire d'un déserteur, d'un prisonnier, d'un passant ce qu'il veut dire, ce qu'il veut taire, ce qu'il sait, et même ce qu'il ne sait pas ; tant il est sûr dans ses conséquences ! [ID., Louis de Bourbon.]
Mémoire sûre, mémoire qui ne fait jamais défaut. Avoir le goût sûr, apprécier parfaitement la qualité des mets, des vins.
Il a surtout un palais sûr, qui ne prend point le change, et il ne s'est jamais vu exposé à l'horrible inconvénient de manger un mauvais ragoût [LA BRUY., XI]
Fig. Avoir le goût sûr, bien juger des ouvrages d'esprit.
Il y a peu d'hommes dont l'esprit soit accompagné d'un goût sûr et d'une critique judicieuse [ID., I]
On dit de même : avoir le jugement, le tact sûr. Main sûre, main ferme dans ce qu'elle fait. Ce chirurgien a la main sûre.
Et d'un dard lancé d'une main sûre, Il lui fait dans le flanc une large blessure [RAC., Phèd. v, 6]
Ai-je la main bien sûre ? dit-il [Cambyse, qui venait de tuer d'un coup de flèche le fils d'un de ses courtisans] [ROLLIN, Hist. anc. Œuv. t. II, p. 327, dans POUGENS]
Non, non [ô mort], tu sais choisir ; par instants sur la terre Tu peux sembler commettre, il est vrai, quelque erreur ; Ta main n'est pas toujours bien sûre.... [A. DE MUSSET, Poésies nouv. 13 juill.]
Ce cheval a le pied sûr, la jambe sûre, il est sûr, il ne bronche jamais. Avoir le coup d'œil sûr, juger à la simple vue, d'une manière suffisamment exacte, l'étendue, la distance, le volume, le poids, etc. Fig. Coup d'œil sûr, intelligence qui pénètre et saisit sans se tromper.
Qui d'un vol plus hardi consultera les astres.... Et d'un songe équivoque envoyé par les dieux Lira d'un œil plus sûr l'avis mystérieux ? [C. DELAV., Paria, II, 2]
En parlant des lieux, à l'abri de tout danger, à l'épreuve de toute violence. Ce port est très sûr.
Tout beau, Flaminius, je n'y suis pas encore [à Rome] ; La route en est mal sûre, à tout considérer [CORN., Nicom. IV, 4]
Rien ne paraissait à la princesse Anne ni agréable, ni sûr que la solitude [BOSSUET, Anne de Gonz.]
La mer la plus terrible et la plus orageuse Est plus sûre pour nous que cette cour trompeuse [RAC., Esth. III, 1]
Il ne fait pas sûr en ce lieu-là, on n'y est pas à l'abri du danger. Il ne fait pas sûr de...., on n'est pas à l'abri de péril en....
Mais savez-vous.... Qu'il ne fait pas bien sûr, à vous le trancher net, D'épouser une fille en dépit qu'elle en ait [MOL., Femm. sav. v, 1]
Mettre quelqu'un en lieu sûr, le mettre en un lieu où il n'a rien à craindre.
À vous mettre en lieu sûr je m'offre pour conduite, Et veux accompagner jusqu'au bout votre fuite [MOL., Tart. v, 6]
Mettre quelqu'un en lieu sûr, le tenir en lieu sûr, le mettre en prison ou du moins dans un lieu où l'on soit assuré de sa personne.
Qu'on la tienne en lieu sûr, en attendant sa mère [CORN., Héracl IV, 2]
Venez, ce n'est pas là que je vous logerai, Et votre gîte ailleurs est par moi préparé ; Je prétends en lieu sûr mettre votre personne [MOL., Éc. des fem. v, 4]
L se dit de certaines choses dont on peut se servir sans danger. Cette échelle est sûre.
Où l'on ait de la sécurité.
Je suis affligée de cette cruelle néphrétique qui accable ce pauvre homme [Lamoignon] à tout moment : point de jours sûrs, c'est un rabat-joie continuel [SÉV., 4 fév. 1685]
Certain, dont on ne peut douter. Je vous donne cela pour sûr.
L'affabilité est comme le caractère inséparable et la plus sûre marque de la grandeur [MASS., Pet. carême, Human. des grands.]
Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'il ne tient qu'à lui d'être heureux [DIDER., Sur le livre d'Helvétius.]
Familièrement. Bien sûr ? c'est-à-dire : est-ce chose certaine ? L'affaire est sûre, le succès en est certain.
Il est à Paris, où il suit un procès important qui est presque sûr [MARIV., Préj. vaincu, sc. 4]
10° Qui doit arriver infailliblement, ou que l'on prévoit devoir arriver nécessairement. Rien n'est si sûr que la mort.
Sylla par politique a pris cette mesure, De montrer aux soldats l'impunité fort sûre [CORN., Sertor. IV, 3]
L'effort où mon devoir m'engage Ne peut plus me réduire à vous donner demain Ce qui vous était sûr, je veux dire ma main [ID., Sur. II, 2]
11° Qui ne peut manquer de réussir, en parlant des choses.
Je penserais comme vous si j'étais à votre place ; cette manière de jurer est fort sûre [SÉV., 8 déc. 1679]
S'il fallait faire réussir une grande affaire, d'autres auraient choisi les moyens les plus éclatants, il [M. de Lamoignon] choisissait les plus sûrs et les plus utiles [FLÉCH., Lamoign.]
De cette passion [l'amour] la sensible peinture Est pour aller au cœur la route la plus sûre [BOILEAU, Art p. III]
Aux jeux de cartes, avoir jeu sûr, avoir si beau jeu qu'il est impossible qu'on ne gagne pas. Fig. et familièrement. Jouer à jeu sûr, être certain du succès des moyens qu'on emploie. Fig. Parier à jeu sûr, à coup sûr, parier sur un fait dont on a la certitude. Substantivement et absolument. Le plus sûr, le meilleur moyen. Le plus sûr est de ne pas s'y fier.
Ne point mentir, être content du sien, C'est le plus sûr [LA FONT., Fabl. v, 1]
Vous prendrez votre temps avec prudence, et pour le plus sûr suivant mes intérêts [SÉV., à d'Hérigoyen, 20 juil. 1686]
12° Qui produit ordinairement ou, par exagération, infailliblement, son effet. Un remède sûr.
C'était un javelot toujours sûr de ses coups [LA FONT., Filles de Minée.]
Inutile instrument contre la perfidie, Contre un poison trop sûr dont les mortels apprêts.... [VOLT., Sémiram. I, 3]
Avoir un coup sûr à quelque jeu, à quelque exercice, avoir un coup presque immanquable.
13° Pour sûr, loc. adv. Certainement, infailliblement.
Courte n'était, pour sûr, la kyrielle [LA FONT., Mari confess.]
14° À coup sûr, loc. adv. Immanquablement. Nous réussirons à coup sûr.

REMARQUE

  • Pour se guider dans les sens divers de ce mot, on observera que, le sens étymologique étant securus, de sine cura, sans souci, l'acception primitive appartient aux personnes et est : qui compte fermement. De là se déduisent facilement, quant aux personnes, les autres acceptions. Quant aux choses, la première acception est où l'on est sans inquiétude, en sûreté ; celle-ci fournit ensuite les autres.

HISTORIQUE

  • XIe s.
    U par hostages vus velt faire soürs [, Ch. de Rol. XVI]
    Soürs est Carles, ne crent hume vivant [, ib. X]
  • XIIe s.
    À la curt s'en ala sainz Thomas li bon prestre, E prist les armes Deu, que seürs peüst estre [, Th. le mart. 38]
  • XIIIe s.
    Car de très fin cuer [elle] l'aime [Dieu] de vrai et de seür [, Berte, XLI]
    Ysengrin [le loup], qui grant fain endure, Se lieve à une nuit oscure, Quant toute gent se dort segure [, Ren. 7425]
  • XIVe s.
    Tant est fortune plus grande, et elle est moins seure [ORESME, Éth. 229]
  • XVe s.
    Soyez seurs [veillez], et tenez vous sur vostre garde [FROISS., II, II, 58]
    Si croy bien qu'il y en eut de tels qui n'estoient pas bien à seur ; car coupables se sentoient [, Bouciq. II, 6]
  • XVIe s.
    Et en feinte douceur Luy dit ainsi : vien ça, fais moi tout seur, Je te suppli, d'un tel crime et forfait [MAROT, I, 253]
    Dieu est ma garde seure, Ma haute tour et fondement, Sur lequel je m'asseure [ID., IV, 305]
    De ses plumes te couvrira, Seur seras sous son esle [ID., IV, 305]
    Tout ce que l'on peult faire est de garder ceste ville, car tout à l'entour n'y faict point seur [il s'agit de peste] [MARG., Lett. 97]
    Je suis seure que, mais que nous soyons en vostre bonne compaignie, nous ne saurons plas avoir de mal [ID., ib.]
    Ainsin que je voulois commancer ceste lectre par ce sur messaiger, cele qu'il vous a pleu escripre est arrivée [ID., ib. 38]
    Pour le plus seur [MONT., I, 25]
    Je marche plus seur et plus ferme à mont qu'à val [ID., I, 161]
    La plus seure assiette de nostre entendement et la plus heureuse, ce seroit celle.... [ID., II, 318]
    Avoir les mains seures au bien de son maistre, et ne desrobber point [LA BOÉTIE, 218]

ÉTYMOLOGIE

  • Bourguig. et Berry, seur ; provenç. segur ; espagn. seguro ; ital. sicuro ; du lat. securus, de se, pour sine, sans, et cura, soin, souci.
Émile Littré's Dictionnaire de la langue française © 1872-1877