siége

SIÉGE

(siè-j') s. m.
Meuble fait pour s'asseoir.
Prends un siége, Cinna, prends, et sur toute chose Observe exactement la loi que je t'impose [CORN., Cinna, V, 1]
Ma chère, il faudrait faire donner des siéges [MOL., Préc. 10]
J'avais un siége sous le pied ; car, sans cette attention, je craindrais de ne plus reconnaître la jambe malade, et de m'y tromper comme Arlequin [SÉV., 29 avril 1685]
Nos siéges étaient les gazons [FÉN., Tél. II]
Si on le prie de s'asseoir, il se met à peine sur le bord d'un siége [LA BRUY., VI]
Le siége du roi de Perse était célèbre chez les Grecs et les Romains ; on conservait à Athènes, dans le Parthénon de Minerve, le siége de Xerxès, qui avait des pieds d'argent, et on l'appelait le captif [MONGEZ, Instit. Mém litt. et beaux-arts, t. IV, p. 92]
Siéges de paille, de jonc, de cannes, de tapisserie, etc. siéges dont le fond est de paille, de jonc, de cannes, de tapisserie.
M. le Grand et d'autres disaient l'autre jour très sérieusement à Saint-Germain, que Monsieur de R*** avait fait un siége admirable ; on crut que c'était une lecture où l'on avait vu les grands R*** dans les guerres civiles ; non, c'était celui-ci qui a fait un siége de tapisserie admirable, que l'on voit dans la chambre de sa femme [SÉV., 387]
Terme de tapissier. Siéges à l'anglaise, siéges triplement piqués. Siéges de pierre, de marbre, de gazon, bancs de pierre ou de marbre, petites élévations gazonnées qu'on dresse dans les jardins. On dit dans un sens analogue : siége rustique.
Le siége d'un cocher, l'endroit où le cocher est assis pour conduire la voiture. Le cocher était sur le siége. Il monta sur le siége et se mit à côté du cocher. Le siége d'une selle, la partie sur laquelle le cavalier s'assied. Faux siége ; il sert de base au siége, et est composé de sangles et de toile. Étoile de seconde grandeur placée dans la constellation de Pégase.
Maçonnerie en contre-haut du sol d'un cabinet d'aisance, sur laquelle on s'appuie. Siége à l'anglaise, siége composé d'un bâti dormant et de plusieurs trappes mouvantes.
Terme de marine. Assemblage de roues, montants, traverses, molettes, servant au commettage de certains cordages.
La partie inférieure du corps sur laquelle on s'asseoit. Un bain de siége. L'anus. Mettre des sangsues au siége.
place où le juge s'assied pour rendre la justice. Le juge était dans son siége, sur son siége.
Lieu où l'on rendait la justice dans les juridictions subalternes.
Je lui suis bien obligé, madame ; si elle a jamais quelque procès en notre siége, elle verra que je n'oublierai pas l'honneur qu'elle me fait, de se rendre auprès de vos beautés l'avocat de ma flamme [MOL., Comtesse d'Escarb. 16]
Par extension, le corps et la juridiction de ces juges. Siége royal. Siége présidial Le ressort de ce siége était de telle étendue.
Évêché et sa juridiction. Siége patriarcal. Siége primatial Siége épiscopal. Siége pontifical.
Il se fit cinq siéges, que dans la suite des temps on appela patriarcaux ; la préséance leur était donnée dans les conciles ; entre ces siéges, le siége de Rome était toujours regardé comme le premier, et le concile de Nicée régla les autres sur celui-là [BOSSUET, Hist. I, 11]
Innocent XI, qui remplit aujourd'hui si dignement le premier siége de l'Église [ID., ib. II, 13]
En ce sens il se dit absolument. Cet évêque a tenu le siége pendant tant d'années. Le saint-siége, le siége apostolique, le siége du chef de l'Église catholique.
Paul IV tenait le siége apostolique [BOSSUET, Var. 10]
Trois nonces apostoliques qui leur apportaient [aux catholiques anglais] les consolations que reçoivent les enfants de Dieu de la communication avec le saint-siége [ID., Reine d'Anglet.]
Qu'est-ce que l'épiscopat, quand il se sépare de l'Église, qui est son tout, aussi bien que du saint-siége qui est son centre [ID., ib.]
Qu'on ne s'y trompe pas : le saint siége ne peut jamais oublier la France, ni la France manquer au saint siége [ID., Mar.-Thér.]
Grégoire VII est le premier pape qui ait osé dire que le saint-siége avait une autorité temporelle sur les rois, qui étaient ses vassaux et ses tributaires [SAINT-FOIX, Ess. Paris, Œuvr. t. IV, p. 321, dans POUGENS]
Il faut, comme Dumarsais l'observe après plusieurs écrivains, distinguer avec soin la cour de Rome, le pape et le saint-siége [D'ALEMB., Éloges, Dumarsais.]
Le saint-siége fut transféré à Avignon, le pape alla résider à Avignon avec toute la cour pontificale.
Capitale de certains empires.
Le siége en [de l'empire assyrien] fut établi à Ninive, ville ancienne et déjà célèbre, mais ornée et illustrée par Ninus [BOSSUET, Hist. I, 4]
Quatre ans après, l'empereur rebâtit Byzance, qu'il appela Constantinople, et en fit le second siége de l'empire [ID., ib. I, 11]
Busiris bâtit la fameuse ville de Thèbes, et y établit le siége de l'empire [ROLLIN, Hist. anc. Œuvr, t. I, p. 119]
Fig.
Elle [Mme de la Troche] s'est établie dans cette bonne ville [Paris], y faisant le siége de son empire, et le lieu de toutes ses affaires [SÉV., 236]
Le siége de l'empire fut quelque temps à Ravenne, l'empereur Honorius demeura quelque temps à Ravenne. Le siége d'un tribunal, d'une cour, le lieu où réside un tribunal, une cour de justice. On dit de même : le siége du gouvernement. Sous l'ancienne monarchie, Versailles était le siége du gouvernement.
10° Lieu où certaines personnes ont leur principale résidence.
Quoiqu'elle [une compagnie de commerce] ait des agents à Bone et à Calle, c'est à Calle qu'est le siége de ses opérations [RAYNAL, Hist. phil. XI, 7]
Fig.
L'ignorance naturelle, qui est le vrai siége de l'homme [PASC., Pens. III, 18, éd. HAVET]
11° Lieu où certaines choses ont, pour ainsi dire, leur demeure. Athènes était le siége des beaux-arts.
Il lui promit une terre (ce fut celle de Chanaan), pour servir de demeure fixe à sa postérité, et de siége à la religion [BOSSUET, Hist. II, 2]
Maître de cette ville [Jérusalem], il y établit, par ordre de Dieu, le siége de la royauté et celui de la religion [ID., ib. II, 4]
Elle [Tyr, sous la domination des Perses] continuait d'être flattée de la gloire de posséder l'empire de la mer, d'être le siége du trafic de toutes les nations.... [ROLLIN, Histoire ancienne, Œuvr. t. VI, p. 296, dans POUGENS.]
Ce vaste pays de l'Yémen est si beau, ses ports sont si heureusement situés sur l'Océan indien, qu'on prétend qu'Alexandre voulut conquérir l'Yémen pour en faire le siége de son empire [VOLT., Mœurs, introd.]
Fig.
Cette partie de l'âme [de Jésus-Christ] en laquelle il [le Saint-Esprit] a mis son siége, gardera toujours sa sérénité, malgré les tempêtes qui grondent au-dessous [BOSSUET, 2e sermon, Compass. de la sainte Vierge, 2]
N'est-ce pas que le front est le siége de la pudeur ? [ID., 1er serm. pour l'Exalt. de la Ste Croix, 2]
Le trône lui-même, grand Dieu, si vous n'y êtes assis avec le souverain, est le siége des noirs soucis [MASS., Pet. carême, Malh. des grands.]
Elle vient, et son front, siége de la candeur, Annonce en rougissant les vertus de son cœur [VOLT., Fanat. I, 1]
Sa doctrine [de l'Evangile] n'a point son siége dans la tête, mais dans le cœur [CHATEAUBR., Génie, I, I, 4]
12° Terme de médecine. Siége d'une maladie, le lieu du corps où gît l'altération matérielle dont l'existence ou la disparition coïncide avec la présence ou la cessation des phénomènes morbides.
13° Ensemble des opérations que fait une armée pour attaquer une place et la prendre, à l'aide de travaux de terrassement combinés avec l'usage de ses armes ; ainsi dit parce que l'armée assiégeante établit pour ainsi dire son siége, sa demeure autour de la place assiégée.
M. le Duc fait le siége de Limbourg [SÉV., 190]
Un capitaine également redoutable dans les siéges et dans les batailles [BOSSUET, Louis de Bourbon.]
Quelle ville a jamais vu périr onze cent mille hommes en sept mois de temps et dans un seul siége ? c'est ce que virent les Juifs au dernier siége de Jérusalem [ID., Hist. II, 8]
Il [Jean Hyrcan] soutint le siége dans Jérusalem avec beaucoup de valeur [ID., ib. I, 9]
Enfin, après un siége aussi cruel que lent [RAC., Bérén. I, 4]
Nabuchodonosor mit le siége devant Tyr, lorsque Ithobale en était roi ; il ne la prit que treize ans après [ROLLIN, Hist. anc. Œuvr. t. VI, p. 291, dans POUGENS]
La ville de Troie fut prise par les Grecs après un siége de dix ans, à peu près dans le temps que Jephté conduisait le peuple de Dieu [ID., ib. t. II, p. 499]
De là... [chez Louis XIV] ce goût de siéges pour y montrer sa bravoure à bon marché [SAINT-SIMON, 406, 76]
Le roi de Suède, dans le commencement du siége [de Stralsund], disait qu'il ne comprenait pas comment une place bien fortifiée et munie d'une garnison suffisante pouvait être prise [VOLT., Charles XII, 8]
Charles en forma le siége [de Frederichshall], au mois de décembre [ID., ib.]
La duchesse de Montpensier, sœur du duc de Guise et du cardinal de Lorraine, animait avec fureur les Parisiens à soutenir toutes les horreurs du siége [ID., Hist. Parl. XXX]
Miltiade, n'ayant pas réussi au siége de Paros, est poursuivi en justice, et meurt en prison 489 ans avant Jésus-Christ [BARTHÉL., Anach. t. VII, table 1]
Fig.
Enfin cette beauté m'a la place rendue Que d'un siége si long elle avait défendue [MALH., V, 4]
Le mauvais air fait, pour ainsi dire, le siége de Rome ; il avance chaque année quelques pas de plus [STAËL, Cor. V, 3]
Batteries de siége, batteries construites par l'armée assiégeante. Pièces de siége, les bouches à feu plus particulièrement affectées au service dans les siéges. Affût de siége, affût d'une pièce de siége. La guerre des siéges, l'art militaire considéré dans l'exécution des siéges. Une guerre de siéges, une guerre où l'on fait beaucoup de siéges. Couvrir un siége, empêcher que des troupes venues du dehors n'attaquent et ne dérangent les assiégeants.
Ces forces suffisaient, à la rigueur, pour l'attaque de la place [Lérida] ; mais on avait lieu de craindre qu'elles ne fussent insuffisantes, s'il fallait couvrir le siége contre les attaques très vraisemblables du dehors [THIERS, Hist. de l'Emp. XX]
Lever le siége d'une place, se retirer de devant une place qu'on assiégeait.
Au lieu que devant Amiens les Espagnols n'eurent une armée que cinq mois après le siége pour nous le faire lever.... [VOIT., Lett. 74]
Fig. et familièrement. Lever le siége, s'en aller, quitter une compagnie. Fig. Mon siége est fait, mon parti est pris, mon opinion est formée, par allusion à l'abbé de Vertot, qui, ayant longtemps attendu en vain des notes exactes sur le siége de Rhodes, en avait terminé l'histoire avant qu'elles arrivassent, et se contenta de dire : J'en suis fâché, mais mon siége est fait. Herbe de siége, la scrofulaire aquatique ; ce nom vient de ce qu'au siége de la Rochelle les feuilles de cette plante servirent exclusivement, assure-t-on, à défaut d'autres médicaments, pour panser les protestants qui défendaient cette place. État de siége, état des places fortes dans lequel les pouvoirs passent de l'autorité civile à l'autorité militaire. L'état de siége peut être déclaré par une loi ou un décret ; il résulte nécessairement de l'investissement ou de toute tentative de l'ennemi contre la place. En temps de paix, suspension, pour cause de révolte ou de sédition, de l'action des lois, et mise d'une ville, d'une province sous le régime militaire. En 1832, après l'insurrection des 5 et 6 juin, Paris fut mis en état de siége.

HISTORIQUE

  • XIe s.
    Al siege [en sa demeure] ad Aix en serez amenet [, Ch. de Rol. XXXII]
    Sieges arez al greignor pareïs [paradis] [, ib. LXXXVII]
    Il vint à Ais le mellor siet de France [, ib. CCLXX]
  • XIIe s.
    Que s'il le vunt devant l'apostolie apeler, K'ensi le purrunt bien de sun sié deposer [, Th. le mart. 42]
    E ore ai fait temple e à tun ues [ton service], où tu purras, se tes plaisirs est, habiter en sied estable parmanablement [, Rois, p. 259]
  • XIIIe s.
    Sangs est chaus et moistes, et a son siege au foie [BRUN. LATINI, Trésor, p. 107]
    À Rome.... U est du mund li maire sege [le plus grand siége du monde] [, Édouard le Conf. V. 2282]
    Si vous dirons dou roi qui tenoit son siege devant Damiette [, Chr. de Rains, p. 100]
    Touz cilz qui ont cordouan ou bazanne en la foire St Ladre,... doit de chascun trousel, soit granz, soit petiz, soit venduz ou non venduz, deux sols du siege [, Liv. des mét. 328]
    Et quant ce vint à l'endemain qu'il fu à son siege et dut rendre le [la] sentence, sa conscience le remort [BEAUMANOIR, XL, 23]
    Li arpens de bois, selon droits pris, est prisiés dix sous l'arpent, mais on doit regarder le siege du bois et le [la] valor qu'il vaut [ID., XXVII, 12]
    Dont sont tout no baron à un conseil alé, Si ont communalment et dit et devisé Que li sieges soit mis plus près de la cité ; Car Sarrasin s'en issent coiement à celé [, Ch. d'Ant. IV, 233]
  • XIVe s.
    Item il font leur siege [repas de confrérie] chascun au l'endemain de ladite feste de Saint-Pol [DU CANGE, sedes.]
    Pour toille vermeille pour doubler une couverture du siege où le roy se agenoille [DE LABORDE, Émaux, p. 498]
  • XVe s.
    Le pape Gregoire onzieme de ce nom tenoit le saint siege de Rome en la cité d'Avignon [FROISS., II, II, 20]
    Receptes de sieges de nefs alans en pescherie de harancs à payer au jour de Saint Nicolas d'yver [DU CANGE, sedes.]
    Du second jour de mai prolongié fut l'autre siege [séance] jusques au dixieme jour dudit mois [MONSTREL., t. I, ch. 52. p. 87, dans LACURNE]
  • XVIe s.
    L'impression des passions va penetrant jusques au siege de la raison [MONT., I, 50]
    Ayant faict donner un siege à Cinna [ID., I, 129]
    L'empereur, contre l'avis de son conseil, se vint camper à une canonnade du siege [de l'armée assiégeante] [D'AUB., Hist. I, 21]
    À la sollicitation du siege de Rome, l'empereur ayant donné une armée de mer à Christierne [ID., ib. I, 44]
    ... des meilleurs hommes de siege qui fussent en France [ID., ib. I, 289]
    Il lui dist qu'il avoit toujours creu et esperé, qu'il estoit venu lever le siege à M. de Gyé [occuper sa place] [CARLOIX, III, 30]
    Ils estoient venus assieger Terouënne d'un siege volant [M. DU BELL., 79]
    Ces muscles relevent le fondement quand il est devallé, au moyen de quoy nous les pouvons appeller relevateurs du siege [PARÉ, I, 15]
    Merque ou siege est toute incision du crane, retenant la figure du baston [ID., VIII, 1]
    Des moulins à vent assis sur le fief, le proprietaire du fief en retient tout ce qui ne tourne point, et semblablement des moulins à eau, comme le siege et le pivot et tout ce qu'on ne voit point [, Nouv. coust. gén. t. I, p. 1041]

ÉTYMOLOGIE

  • Wallon, sîg, établissement ; prov. setge, sege, siége d'une place de guerre, et ses, siége ; ital. sedio, seggio. Le vieux français a deux formes : siet et siege, toutes deux masculines, qui supposent un bas-lat. sedium ou sidium ; comparez le lat. obsidium, de sedere (voy. SEOIR 1).