sorcier, ière

SORCIER, IÈRE

(sor-sié, siè-r') s. m. et f.
Celui, celle qui passe pour avoir fait un pacte avec le diable, à l'effet d'opérer des maléfices, et pour aller à des assemblées nocturnes dites sabbat.
On les tient [les chrétiens] pour sorciers dont l'enfer est le maître [CORN., Pol. IV, 6]
Le sorcier en fit une fille [de la chatte] De l'âge de quinze ans, et telle et si gentille, Que le fils de Priam pour elle aurait tenté Plus encor qu'il ne fit pour la grecque beauté [LA FONT., Fabl. IX, 7]
Encore que je sois persuade que les véritables sorciers soient très rares, que le sabbat ne soit qu'un songe, et que les parlements qui renvoient les accusations des sorcelleries soient les plus équitables [MALEBR., Rech. vér. II, 3, ch. dernier.]
Le grand juge de ce pays [Saint-Claude], nommé Boguet, se vante, dans son livre sur les sorciers imprimé à Lyon en 1607, d'avoir fait brûler sept cents sorciers [VOLT., Pol. et lég. Requête.]
Nicolas Remi, dans sa Démonolâtrie, rapporte neuf cents arrêts rendus en quinze ans contre les sorciers dans la seule Lorraine [ID., Louis XIV, 31]
Encore de nos jours, en 1750, la justice sacerdotale de l'évêque de Wurtzbourg a condamné comme sorcière une religieuse, fille de qualité, au supplice du feu [ID., Dict. phil. Arrêts not.]
Sachez que la nuit dernière Sur un vieux balai rôti, Avec certaine sorcière, Pour l'enfer je suis parti [BÉRANG., Desc. aux enf.]
Familièrement. Il n'est pas sorcier, il n'est pas grand sorcier, il n'est pas très habile. Il ne faut pas être grand sorcier pour cela, c'est une chose qui n'exige pas une bien grande habileté.
Il ne fallait pas être une grande sorcière Pour voir, dès le moment de vos desseins pour lui, Tout ce que votre esprit ne voit que d'aujourd'hui [MOL., le Dép. IV, 1]
Il ne faut pas être grand sorcier pour deviner cela [DANCOURT, le Cheval. à la mode, IV, 1]
En un sens opposé.
Il faut être sorcier pour le lire [ce manuscrit de Longus] ; j'espère pourtant en venir à bout [P. L. COUR., Lett. à M. Renouard.]
Fig. Il se dit de celui qui charme comme par un sortilége.
Allez, allez, madame, Étaler vos appas et vanter vos mépris à l'infâme sorcier qui charme vos esprits [CORN., Médée, II, 7]
Il se dit aussi des choses qui captivent.
La cadence aussitôt, la rime, la césure, La riche expression, la nombreuse mesure, Sorcières dont l'amour sait d'abord les charmer [les poëtes], De fatigues sans fin viennent les consumer [BOILEAU, Ép. X]
Fig. et populairement. Un vieux sorcier, un homme vieux et méchant. Une vieille sorcière, une femme vieille et méchante.
S. f. Sorcière, un des noms de la circée lutétienne, onagrariées, dite aussi herbe à la magicienne. Nom vulgaire de la synancée horrible, poissons acanthoptérygiens, la scorpène horrible de certains auteurs. Nom vulgaire des espèces du genre mante, insectes orthoptères.

HISTORIQUE

  • XIIIe s.
    L'orde et vieille sorciere [, Berte, XI]
    Li sorciers et les sorcieres si errent contre la foy [BEAUMANOIR, XI, 25]
  • XVIe s.
    Et fay, quand il me plaist, par figures sorcieres Flots sur flots entassés les grands monts escumer [R. BELLEAU, Bergeries, t. I, p. 131, dans LACURNE]
    Les traits d'une jeune guerriere.... Hauts discours, divines pensées, Et mille vertus amassées Sont les sorciers qui m'ont charmé [DESPORTES, Amours d'Hippolyte, IX, chanson.]
    Dix ou douze prisonniers de ce genre [accusés de sorcellerie], et une vieille, vrayement bien sorciere en laideur et deformité [MONT., IV, 187]

ÉTYMOLOGIE

  • Wallon, sôrsi ; saintong. sorcière, tourbillon de vent attribué aux sorciers ; du bas-lat. sortiarius, qui vient du lat. sors, sort : proprement, celui qui jette un sort, ou qui dit le sort ; provenç. sortilhier ; espagn. sortero ; ital. sortiere.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

    SORCIER. Ajoutez :
    Jouet d'enfant, petit bonhomme en moelle de sureau ou autre matière très légère, plombé par le bas, de façon à se remettre toujours sur pieds.