spéculatif, ive

SPÉCULATIF, IVE

(spé-ku-la-tif, ti-v') adj.
Qui a coutume de spéculer, d'observer attentivement. Les philosophes spéculatifs. C'est une tête spéculative.
Les mahométans deviennent spéculatifs par habitude ; ils prient cinq fois le jour [MONTESQ., Esp. XXIV, 11]
Il se dit aussi des choses.
Il avait un air spéculatif et sérieux [HAMILT., Gramm. 10]
Plus ordinairement, qui recherche les choses théoriques, qui s'attache à la spéculation, sans s'occuper de la pratique. Esprit spéculatif. Écrivain spéculatif.
Ne pensez pas que j'imite ces politiques spéculatifs qui arrangent suivant leurs idées les conseils des rois et composent sans instruction les annales de leur siècle [BOSSUET, Duch. d'Orléans.]
Il se dit des choses dans le même sens.
Ils savaient par sentiment, par amour.... ce que nous ne savons que par des connaissances froides et spéculatives [NICOLE, Essais, t. VII, p. 143, dans POUGENS]
Parmi les sciences, les unes s'attachent à la seule contemplation de la vérité, et pour cela sont appelées spéculatives ; les autres.... [BOSSUET, Connaiss. I, 15]
Ce n'est point, dis-je, par cette haine générale, par cette haine spéculative du péché, qu'il faut juger du mérite de la pénitence [BOURDAL., Pénitence, 2e avent, p. 467]
On prétend que le czar et lui [Charles XII] étaient encore fortifiés par l'erreur spéculative d'une prédestination absolue [FONTENELLE, Czar Pierre.]
Ceux qui sont profonds dans la pratique et dans la partie spéculative de l'art [DIDER., Salon de 1767, Œuvr. t. XIV, p. 61, dans POUGENS]
Qui est relatif aux spéculations commerciales, financières. Suivre les besoins journaliers de la consommation, et ne pas faire des achats spéculatifs.
Substantivement, il se dit de ceux qui ne s'occupent que du raisonnement, sans s'attacher aux faits et à la pratique.
Ce ne sont pas [les apôtres] des spéculatifs et des curieux qui, ayant rêvé dans leur cabinet sur des choses imperceptibles, sur des mystères éloignés des sens, font leurs idoles de leurs opinions et les défendent jusqu'à mourir [BOSSUET, Panégyr. saint André, I]
Ce n'est pas les partager [les perfections de Dieu], comme le dit trop charnellement ce téméraire spéculatif.... [ID., Ét. d'orais. II, 23]
Particulièrement, il se dit de ceux qui raisonnent bien ou mal sur les affaires politiques. Les spéculatifs croient que toute cette négociation n'aboutira à rien.
Il y a eu des spéculatifs en tout pays ; il y a toujours eu des alchimistes et des souffleurs qui ont distillé les choses humaines, qui ont donné plus de liberté qu'ils ne devaient à leurs conjectures et à leurs soupçons [BALZ., Aristippe, 3]
Il se trouve toujours, dans les factions, des gens ardents.... qui poussent plus loin que ceux-ci [les chefs] n'espéraient, les moyens imaginés par les spéculatifs [ANQUETIL, Espr. de la Ligue, v.]

HISTORIQUE

  • XIIIe s.
    L'uevr [œuvre] speculative et de haute pensée est toz jors en pais et en tranquilité [BRUN. LATINI, Trésor, p. 329]
  • XIVe s.
    Il entent par art science pratique, et par doctrine science speculative [ORESME, Éth. II]
    C'estoit un philosophe speculatif qui n'estoit pas expert en vie politique, pratique et active [ID., Thèse de MEUNIER.]
  • XVIe s.
    Aucuns esprits speculatifs ont imaginé que avecques l'art il estoit possible d'imiter la nature [LANOUE, 461]

ÉTYMOLOGIE

  • Provenç. especulatiu ; espagn. especulativo ; ital. specolativo ; du lat. speculativus, de speculari, contempler (voy. SPÉCULATEUR).