supérieur, eure

SUPÉRIEUR, EURE

(su-pé-ri-eur, eu-r') adj.
Qui est situé au-dessus, par opposition à inférieur. Les étages supérieurs. Les galeries supérieures.
Dans l'homme, les parties inférieures croissent moins d'abord que les parties supérieures [BUFF., Quadrup. t. I, p. 87]
Membres supérieurs, les deux bras ou membres attachés au thorax, par opposition aux deux cuisses et jambes attachées au bassin. Terme d'astronomie. Planètes supérieures, celles dont l'orbite comprendrait l'orbite de la terre si on les projetait sur un même plan. Mars est la première des planètes supérieures.
Il se dit des pays les plus rapprochés de la source du fleuve ou des fleuves qui les traversent. Les provinces supérieures de l'Asie. La Germanie supérieure. Le Rhin supérieur, le Rhin inférieur, en parlant de deux des trois bras du fleuve, selon que leur source est plus ou moins éloignée de leur point de réunion.
Qui occupe un rang élevé dans une échelle fictive. Les animaux supérieurs. Vertébrés supérieurs, s'est dit des vertébrés proprement dits, dans la théorie anatomique qui regarde les articulés comme des vertébrés inférieurs. Il se dit des ordres de quantité les uns par rapport aux autres.
Comme chaque addition partielle peut faire passer des unités dans l'ordre immédiatement supérieur, on conçoit qu'il faut commencer par chercher la somme des unités simples [CONDIL., Lang. calc. II, 3]
Qui est d'un ordre plus élevé. Les classes supérieures de la société. Puissance, autorité supérieure.
Vous auriez une paroisse de plus, dont vous seriez le seigneur supérieur avec toutes les marques [SÉV., 9 févr. 1683]
Cours supérieures, tribunaux supérieurs, cours, tribunaux qui jugent en dernier ressort. Officier supérieur, officier d'un grade élevé ; c'est dans notre hiérarchie militaire le chef de bataillon ou d'escadrons, le lieutenant-colonel, le colonel et les officiers assimilés. Terme de philosophie. Concept supérieur, dans le kantisme, idée générale.
Fig. Qui l'emporte sur, en parlant des personnes.
Quand l'éloignement de ce grand ministre [Mazarin] eut attiré celui de ses confidents, supérieur par cet endroit au ministre même dont il admirait d'ailleurs les profonds conseils, nous l'avons vu retiré dans sa maison.... [BOSSUET, le Tellier.]
Le jeune ministre calviniste, fort instruit, plein de feu dans la dispute, nullement dressé à la politesse d'un monde qu'il n'avait pas vu, ne reconnaissant rien de supérieur à lui que la raison [FONT., Saurin.]
Je n'avais point séparé le souverain et le philosophe [dans Frédéric II] ; et vous étiez le Platon qui avait quitté Athènes pour un roi supérieur assurément à Denys [VOLT., Lett. Maupertuis, 3 juill. 1746]
Le prince Eugène, privé des Anglais, était encore [à Denain] supérieur de vingt mille hommes à l'armée française [ID., Louis XIV, 23]
Il se dit, en un sens analogue, des choses. Une force supérieure. Un prix supérieur.
Quoique la tragédie d'Irène ne vaille ni Zaïre, ni Mahomet, elle est encore fort supérieure à toutes les tragédies qu'on nous donne aujourd'hui [D'ALEMB., Lett. au roi de Pr. 2 juill. 1778]
Absolument. Placé au-dessus des autres par des avantages intellectuels ou moraux.
La baronne : Le laquais de M. Turcaret est un sot, un benêt dont on ne peut tirer le moindre service ; et je voudrais mettre à sa place quelque habile homme, quelqu'un de ces génies supérieurs qui sont faits pour gouverner les esprits médiocres. - Frontin : Je vous vois venir, madame, cela me regarde [LESAGE, Turc. I, 9]
Les Maures passaient pour une nation supérieure ; on se tenait honoré de s'allier à eux ; le surnom de Rodrigue [le Cid] était maure [VOLT., Mœurs, 44]
C'est [Turgot] un esprit supérieur et une très belle âme [ID., Lett. de la Lande, 19 déc. 1774]
Il est démontré que les nations ne peuvent avoir des génies supérieurs qu'après que les langues ont déjà fait des progrès considérables [CONDIL., Conn. hum. II, I, 15]
Il se plaignit de la difficulté qu'éprouvait une femme supérieure à rencontrer l'objet dont elle s'est fait une image idéale [STAËL, Corinne, II, 2]
Il se dit des choses en cet emploi.
Ses Tusculanes [de Cicéron] et son traité de la Nature des dieux.... sont si supérieurs dans leur genre, que rien ne les a égalés depuis [VOLT., Triumv. not.]
Supérieur, pris absolument, se dit aussi d'une supériorité militaire numérique.
Le marquis, depuis maréchal de Thoiras, sauva la gloire de la France, en conservant l'île de Ré avec peu de troupes contre les Anglais très supérieurs [VOLT., Mœurs, 176]
Charles ne balança pas à attaquer avec sa petite troupe cette armée si supérieure [ID., Russie, I, 11]
Fig. Être supérieur à, avec un nom de chose pour régime, ne pas se laisser dominer par.
Que la tendresse pour madame sa femme, qu'il venait d'appeler une faiblesse, était une de ces sortes de choses que la politique condamne, mais que la morale justifie, parce qu'elles sont une marque de la bonté d'un cœur qui ne peut être supérieur à la politique, qu'il ne le soit en même temps à l'intérêt [RETZ, Mém. t. II, liv. III, p. 22, dans POUGENS]
Supérieur à la petite vanité de ne placer dans ses livres que ce qu'il a découvert ou observé le premier [CONDORCET, Duhamel.]
Être supérieur aux événements, etc. avoir un courage à l'épreuve des événements, etc.
Quand la vertu n'aurait point d'autre consolation, n'en est-ce pas une assez grande que d'être délivré des inquiétudes les plus vives des passions.... de s'être rendu supérieur aux événements... ? [MASS., Carême, Pécheresse.]
Accueilli dans une ville, emprisonné dans l'autre, et partout supérieur aux événements [BEAUMARCH., Barb. de Sév. I, 2]
Être supérieur à sa place, avoir plus de talents, de capacité, que n'en exige la place qu'on occupe.
S. m. et f. Supérieur, supérieure, celui, celle qui a autorité sur un autre. Il faut obéir à ses supérieurs. Les relations de supérieur à inférieur.
En particulier, dans les couvents, le supérieur, la supérieure, celui ou celle qui gouverne un monastère.
Que de conformité de mœurs et de doctrine ! Que d'union d'esprits sous un supérieur ! [CORN., Imit. I, 18]
On critique, on censure, on contrôle toutes choses ; la supérieure même n'est pas exempte d'être sur le tapis ; l'on blâme sa conduite et sa manière d'agir [BOSSUET, Sermons, Instruct. sur le silence, I]
Qu'est-ce, dans une communauté religieuse, qu'un supérieur ? c'est le protecteur et le tuteur de la règle, qui, par une obligation propre et spéciale, doit la soutenir, doit l'autoriser, doit la défendre et la venger [BOURDAL., Exhort. sur l'observ. des règles, t. I, p. 226]
Tout supérieur est responsable de ceux que Dieu a mis sous son obéissance [ID., Pensées, t. II, p. 467]
10° Supérieure s'est dit de la femme qui tient une maison de filles publiques.
Un rendez-vous manqué avec une fille de la communauté de la Fillon.... cette fille rendit compte à sa supérieure, qui, étant fort en relation avec le régent.... [STAAL, Mém. t. II, p. 49]

REMARQUE

  • Supérieur ne prend pas de degré de comparaison ; on ne dit pas : plus supérieur, moins supérieur, aussi supérieur, parce que supérieur représentant le lat. superior, est par lui-même un comparatif. Cependant, comme ce comparatif est latin, non français, la notion tend à s'en obscurcir ; et des auteurs y adjoignent des degrés de comparaison.
    Examinez les Romains, vous ne les trouverez jamais si supérieurs que dans le choix des circonstances dans lesquelles ils firent les biens et les maux [MONTESQ., Espr. XXII, 12]
    Un être intelligent plus supérieur au monde et à moi que je ne le suis au cuivre dont j'ai composé ma sphère [une sphère représentant le monde] [VOLT., Dial. 7]
    Mme Denis y déploya [dans un rôle] les talents les plus supérieurs [ID., Lett. à Lekain, 26 oct. 1760]

HISTORIQUE

  • XIIIe s.
    Li empereres d'Inde superior [, Ch. d'Ant. VII, 231]
  • XVIe s.
    Saint Paul dit : Toute personne soit sujette aux puissances superieures [LANOUE, 211]
    Les peuples qui souffrent des violences par l'orgueil ou avarice des superieurs [ID., 214]
    L'inferieur ne doit pas tousjours acomplir tout ce que son superieur lui ordonne [ID., 218]
    Et qui juge la loy, il n'en est point observateur, mais en est superieur [CALV., Instit. 949]

ÉTYMOLOGIE

  • Lat. superiorem, comparatif formé de la prép. super, sur, au-dessus.