tété

tête

TÊTE. n. f. Chef, partie supérieure du corps, qui est le siège du cerveau et des principaux organes des sens, et qui, chez l'homme et chez la plupart des animaux, tient au reste du corps par le cou. Le devant, le derrière de la tête. Le sommet de la tête. Le haut de la tête. Avoir la tête ronde, la tête plate, la tête pointue. Avoir la tête enfoncée dans les épaules. Avoir les yeux à fleur de tête. Lever la tête. Baisser la tête. Tourner la tête. Branler, hocher la tête. Faire signe de la tête. Examiner quelqu'un de la tête aux pieds, depuis les pieds jusqu'à la tête. Couper la tête. Trancher la tête à un criminel. On le condamna à avoir la tête tranchée. Avoir mal à la tête. Un mal de tête. Être, rester tête nue, nu-tête. La tête d'un lion. La tête d'un cheval. Ce cheval porte bien sa tête, place bien sa tête, ramène bien sa tête. La tête d'un oiseau. La tête des poissons et des serpents tient immédiatement au reste du corps.

En termes de Manège, Mettez la tête (du cheval) à la muraille; placez la tête; relevez la tête; portez la tête en dedans.

En termes de Courses, Ce cheval a gagné d'une tête, d'une longueur de tête.

Tête de mort, Tête humaine dont il ne reste que la partie osseuse.

Avoir la tête pesante, lourde, Éprouver dans la tête un sentiment de pesanteur, d'embarras.

Fig. et fam., C'est une tête fêlée se dit de Quelqu'un qui a un grain de folie.

Fig. et fam., Avoir la tête près du bonnet. Voyez BONNET.

Fig. et fam., Ce sont deux têtes sous un même bonnet. Voyez BONNET.

Avoir la tête de plus que quelqu'un, Être plus grand que lui de toute la hauteur de la tête.

Fig. et fam., Avoir des affaires, des tracas, des soucis, etc., par-dessus la tête, Être accablé d'affaires, de tracas, de soucis, etc.

Fig. et fam., Ne savoir où donner de la tête, Ne savoir que devenir, que faire.

Fig., C'est à donner de la tête contre les murs, C'est à désespérer.

Prov. et fig., À laver la tête d'un More, à laver la tête d'un âne, on perd sa lessive, On se donne inutilement beaucoup de peine pour faire comprendre à un homme quelque chose qui passe sa portée, ou pour corriger un homme incorrigible.

Fig. et fam., Laver la tête à quelqu'un, Lui faire une sévère, une forte réprimande.

Fig., Lever la tête, Se montrer, paraître avec plus de hardiesse. Ce parti commençait à lever la tête. On dit de même : Relever la tête.

Fig., Aller partout tête levée, tête haute, la tête levée, la tête haute, Aller partout sans craindre, sans appréhender aucun reproche, aucun affront. C'est un homme irréprochable et qui peut aller partout tête haute.

Fig. et fam., Il y va tête baissée se dit d'un Homme qui se précipite aveuglément, sans réfléchir, sans mesurer le danger. Il y donne tête baissée se dit d'un Homme qui donne complètement dans un piège.

Tomber la tête la première, Tomber la tête en avant, la tête en bas.

Fig. et fam., Il s'y est jeté la tête la première se dit d'un Homme qui s'est engagé brusquement et inconsidérément dans une affaire périlleuse.

Piquer une tête, Faire un plongeon, se jeter dans l'eau la tête la première.

Fig. et fam., Fendre la tête à quelqu'un, lui rompre la tête, lui casser la tête, L'incommoder en faisant un grand bruit. Ils me rompent la tête avec leurs cris. Ce bruit, ce tapage me casse la tête; c'est un bruit à fendre la tête, à tête fendre.

Fig. et fam., Rompre, casser la tête à quelqu'un de quelque chose, avec quelque chose, L'en importuner. Il est venu me rompre la tête de ses folies.

Fig. et fam., Se rompre, se casser la tête à quelque chose, S'y appliquer avec une grande contention d'esprit. Il s'est longtemps cassé la tête pour trouver un expédient.

Casse-tête. Voyez ce mot à son rang alphabétique.

Fig., La tête lui tourne, la tête lui a tourné; tourner la tête à quelqu'un. Voyez TOURNER.

Fig., Crier à tue-tête. Voyez TUE-TÊTE.

Porter à la tête se dit d'une Odeur forte, de la vapeur du charbon, de certains vins qui incommodent. On dit de même : Ce vin monte à la tête.

Fig. et fam., Avoir martel en tête. Voyez MARTEL.

Fig. et fam., Jeter quelque chose à la tête de quelqu'un, La lui rappeler avec une intention défavorable, la lui reprocher.

Fig. et fam., Se jeter à la tête de quelqu'un, Lui marquer plus d'empressement qu'il ne convient, lui faire des offres de service qu'il n'a pas demandées. Il ne faut pas se jeter à la tête des gens.

Fig., Tenir tête à quelqu'un, faire tête à quelqu'un, S'opposer à lui, lui résister, ne point lui céder en quelque chose. Il tint tête à un grand nombre d'ennemis. Ils se mirent plusieurs ensemble pour lui tenir tête dans la discussion. On ne trouva personne qui pût lui tenir tête à boire.

Fig., Faire tête à l'orage, Montrer de la fermeté dans une occasion périlleuse.

En termes de Marine, Faire tête au vent, au courant, Se placer face au vent, au courant.

Faire tête à queue se dit d'une Voiture dont la direction se trouve brusquement retournée, par suite d'un dérapage ou de tout autre accident. On dit aussi, substantivement, Un tête- à-queue.

Mettre la tête de quelqu'un à prix, Promettre une somme à qui le tuera.

Porter sa tête sur l'échafaud, Avoir la tête tranchée sur l'échafaud.

Il lui en coûta la tête, il paya de sa tête, Il subit la mort. On dit dans le même sens : Hasarder sa tête pour le service de quelqu'un. Il y va de votre tête. Vous en répondrez sur votre tête.

Fam. et par exagération, Je donnerais ma tête à couper que cela est, Je parie tout ce qu'on voudra que cela est; je me soumets à perdre tout ce qu'on voudra, si cela n'est pas.

Air de tête. Voyez AIR.

Prov., Autant de têtes, autant d'opinions, Autant de personnes, autant de manières de voir différentes.

TÊTE se dit aussi, particulièrement, du Crâne. Il s'est cassé la tête, il s'est fait un trou à la tête. Recevoir un coup à la tête. En tombant, il a failli se fendre la tête.

Il se dit encore, familièrement, de la Figure, du visage, de la physionomie. Une belle tête. Une tête sympathique. Une tête intelligente, stupide.

Il a une bonne tête se dit d'un Homme dont la figure a un certain aspect comique. Il se dit aussi d'un Homme dont le visage inspire la confiance et la sympathie.

Fam., Tête à gifle, tête à claques, Tête déplaisante, qu'on aurait envie de gifler.

TÊTE se dit figurément de l'Esprit, de l'imagination, de la mémoire, de l'intelligence, du jugement. Se remplir la tête de sottises. Se mettre des chimères en tête, dans la tête. Il n'a que cela en tête. Il s'est mis en tête de partir. On ne peut lui ôter de la tête qu'il mourra bientôt. Rouler de grands projets dans sa tête. Avoir la tête dure, la tête mal faite, la tête légère. Dans l'état où il est, il n'est pas capable d'application; il a la tête encore trop faible, il n'a pas la tête assez forte. Cet homme lit beaucoup, mais il n'en reste rien dans sa tête. Il a eu bien de la peine à se mettre dans la tête les éléments de cette science.

Mettez-vous bien dans la tête que..., Soyez bien convaincu, bien persuadé que...

Un homme de tête, Un homme qui réunit la capacité à la fermeté. On dit aussi Une femme de tête.

Une bonne tête, une excellente tête, une forte tête, Un homme d'un esprit droit, de beaucoup de jugement, de beaucoup de capacité. C'est une des meilleures têtes du conseil. C'est une des plus fortes têtes du tribunal.

Fig. et fam., C'est une tête carrée, C'est un homme résolu, entêté, obstiné.

Fig. et fam., Tête de mulet, Personne entêtée.

C'est une tête sage, une tête rassise, posée se dit d'un Homme d'un jugement droit, d'une imagination réglée. C'est une tête faible se dit, au contraire, d'un Homme timoré ou qui se laisse entraîner par l'imagination, qui cède trop facilement à tout ce qu'on lui suggère. C'est une tête folle se dit d'un Extravagant, d'un jeune homme étourdi. C'est une tête légère se dit d'un Homme qui a peu de suite et de tenue dans ses idées, dans sa conduite. C'est une tête à l'évent se dit pour désigner en général le Manque de jugement, de conduite, la frivolité d'esprit, la légèreté de caractère. On dit dans le même sens : Tête sans cervelle, tête de linotte.

C'est une mauvaise tête, une forte tête se dit d'un Sujet indiscipliné et qui ne conforme pas volontiers ses opinions et sa conduite aux idées reçues.

Prov. et fam., Mauvaise tête et bon coeur, Les gens étourdis et inconsidérés ont souvent de bonnes intentions, un bon coeur.

Cet homme a la tête chaude, Il prend feu, il s'emporte aisément. Cet homme a la tête froide, Il conserve son sang-froid.

Examiner une question, une affaire à tête reposée, L'examiner à loisir, quand l'esprit n'est pas fatigué.

Avoir de la tête, Avoir du jugement et du calme. On dit dans le sens contraire : N'avoir pas de tête. Avoir de la tête signifie aussi Être autoritaire, opiniâtre. C'est une femme excellente, mais elle a de la tête.

Fam., N'avoir pas de tête, Ne penser à rien, oublier ce qu'il faut faire.

Prov. et fam., Quand on n'a pas de tête il faut avoir des jambes se dit des Gens étourdis, distraits, qui sont obligés de se déplacer, de faire du chemin pour réparer leurs oublis.

Conserver sa tête, Garder le sang-froid nécessaire pour prendre un parti. On dit dans le sens contraire : Perdre la tête, n'avoir plus sa tête, n'avoir plus sa tête à soi.

C'est une tête perdue se dit d'une Personne qui montre de l'égarement dans sa conduite, dans ses discours. On dit à peu près dans le même sens : Sa tête n'y est plus, la tête est partie.

Il a encore toute sa tête se dit d'un Malade ou d'un vieillard qui a conservé toute sa lucidité d'esprit, dont le jugement n'est point affaibli. On dit dans le sens contraire : Il n'a plus sa tête.

Faire un coup de tête, Faire étourdiment et sans réflexion une chose hardie. N'en faire qu'à sa tête, ne vouloir rien faire qu'à sa tête, Se déterminer de soi-même, sans avoir pris conseil de personne.

TÊTE se dit encore pour Individu, personne. On paie tant par tête. Cet hôtelier prend tant par tête. Une rente sur plusieurs têtes. Dans le langage soutenu, Une tête si chère.

Tête couronnée, Souverain. Avoir le respect des têtes couronnées.

Cette rente, cette pension passera sur la tête d'un tel, Il aura cette rente, cette pension après le décès de la personne qui en jouit maintenant.

TÊTE se dit des Animaux, dans un sens analogue. Il a un troupeau composé de tant de têtes d'une espèce et de tant de telle autre. Posséder cent têtes de bétail.

Il se dit aussi de la Représentation, de l'imitation d'une tête humaine par un peintre, par un sculpteur, etc. Une tête antique. Cela a l'air d'une tête du Carrache. C'est une tête du Titien.

En parlant des Monnaies et des médailles, La tête, Le côté où est l'effigie.

Tête à perruque, Figure de tête d'homme faite en bois, sur laquelle on place une perruque pour la friser. Il se dit, figurément et familièrement, d'un Vieillard qui a peu d'esprit et qui tient opiniâtrement à de vieux préjugés.

Se faire une tête, Se grimer de manière à avoir une certaine physionomie.

Tête de Turc, Sorte de dynamomètre, servant de jeu dans les foires, où la partie sur laquelle on frappe a la forme d'une tête coiffée d'un turban.

Fig., Servir de tête de Turc, Être en butte aux attaques, aux railleries de quelqu'un qui s'acharne contre vous.

TÊTE se dit, en termes de Chasse, du Bois des cerfs. Le cerf a mis bas sa tête. Une belle tête de cerf.

Tête portant trochures, Bois qui porte trois ou quatre andouillers à la sommité. Tête en fourche, Bois dont les andouillers du sommet font la fourche. Tête paumée, Bois dont le sommet s'ouvre et représente les doigts et la paume de la main. Tête couronnée, Bois dont les andouillers du sommet forment une sorte de couronne.

TÊTE se dit, par analogie, du Sommet de certaines choses, et particulièrement des arbres. Des arbres coupés par la tête. Une montagne, un chêne, un sapin qui porte sa tête jusque dans les nues.

Il se dit aussi en parlant de Certaines plantes, de certains légumes; et à l'égard des uns, il désigne l'Extrémité d'en haut : Des têtes de pavot, des têtes d'artichaut, une tête de chou; à l'égard des autres, l'Extrémité inférieure : La tête d'un oignon, la tête d'un poireau.

Il se dit encore de l'Extrémité, de diverses choses. La tête d'un clou, d'une vis. L'extrémité ronde ou aplatie qui est opposée à la pointe.

Clou, vis à tête perdue, Clou, vis dont la tête n'excède point la surface de ce qu'ils attachent ou retiennent. La tête d'une épingle, Le petit bouton arrondi opposé à la pointe, qui sert à retenir l'épingle dans l'étoffe et l'empêcher de passer d'outre en outre comme ferait une aiguille.

La tête d'une aiguille, Le bout qui est percé pour y passer le fil.

La tête d'un compas, La partie ronde où les deux branches du compas sont assemblées par une charnière.

La tête d'un marteau, d'une cognée, La partie dans laquelle entre le manche.

En termes de Marine, La tête d'un mât, Son extrémité supérieure.

En termes de Mécanique, Tête de bielle, Extrémité de la bielle articulée sur la manivelle ou sur le vilebrequin.

En termes d'Anatomie, Tête du fémur, de l'humérus, etc., Extrémité de ces os qui est ronde et soutenue par une partie plus rétrécie nommée Col.

En termes de Musique, Tête d'un instrument à cordes, Partie supérieure où sont fixées les chevilles. La tête d'un violon.

En termes d'Astronomie, Tête d'une comète, Nébulosité plus ou moins lumineuse, et généralement de figure ovoïde, qui semble former le corps de cet astre, par opposition à la Traînée lumineuse qui l'accompagne ordinairement du côté opposé au soleil, et que l'on appelle Queue.

En termes d'Architecture, Tête de nef, Partie antérieure d'une nef. Tête de voussoir, Face antérieure d'un voussoir. Tête de mur, Épaisseur d'un mur à son extrémité.

TÊTE se dit aussi de Ce qui commence quelque chose, de l'endroit où cette chose commence. La tête d'un canal, d'un bois.

Tête de ligne, Point de départ d'une ligne de chemin de fer, de tramway, d'autobus, etc.

En termes de Guerre, La tête de la tranchée, L'endroit de la tranchée qui est le plus avancé du côté de l'ennemi. Il fut tué à la tête de la tranchée.

La tête du camp, La partie du camp qui regarde le terrain où les troupes doivent être mises en bataille. On fortifia la tête du camp. On assembla les gardes à la tête du camp.

Tête de pont, Ouvrage placé en avant d'un pont pour en défendre l'accès aux ennemis. Ces troupes gardent la tête de pont. On dit de même : La tête d'un défilé.

TÊTE se dit aussi du Commencement d'un livre, d'une liste, d'une lettre, etc. L'article de tête d'un journal, d'une revue. Il a mis une belle préface en tête de son livre. Votre nom est en tête de la liste. Faire imprimer des têtes de lettres circulaires, de factures, etc. On dit plutôt, en ce dernier sens, Des en-tête.

En termes d'Imprimerie, Ligne de tête, Celle qui est ordinairement occupée par le titre courant et par le numéro ou folio de la page.

TÊTE se dit également de la Partie d'une armée, d'une colonne de troupes, d'un cortège, etc., qui marche la première, qui ouvre la marche. La tête d'une armée, d'une colonne. La tête d'un défilé, d'un convoi. Ils furent placés en tête du cortège. Marcher en tête. Prendre la tête. Tenir la tête.

La tête d'une station de voitures, L'endroit où se place la première voiture de la file.

TÊTE entre encore dans la composition de certaines expressions particulières :

Tête de loup, Sorte de balai arrondi qui sert à nettoyer les plafonds, les angles des pièces.

En termes de Botanique, Tête de nègre, Sorte de cèpe.

Il se dit aussi, dans le langage courant, d'une Sorte de couleur brune tirant sur le noir. Un manteau tête de nègre.

À LA TÊTE DE, loc. prép. À la première place, au premier rang; il emporte presque toujours l'idée de supériorité, d'autorité, de commandement. Être à la tête de la noblesse. Le roi le mit à la tête de son conseil. Marcher à la tête de l'armée. Se mettre à la tête des troupes. Charger à la tête des dragons. Se mettre à la tête des séditieux, à la tête des mutins. Ils ont à leur tête un homme entreprenant. Cet élève est à la tête de sa classe.

Être à la tête des affaires, Avoir la principale direction des affaires. On dit de même : Être à la tête d'une maison, d'une administration, d'une entreprise, etc.

Fam., Être à la tête d'une belle fortune, Posséder une belle fortune.

DE TÊTE, loc. adv. En faisant l'opération dans son esprit, sans écrire. Calculer de tête. Il composa toute sa tragédie de tête et n'eut plus qu'à l'écrire.

TÊTE À TÊTE, loc. adv. Seul à seul. Parler tête à tête. Dîner tête à tête. Ils furent longtemps tête à tête.

TÊTE-À-TÊTE s'emploie aussi comme nom masculin et se dit alors d'une Conversation, d'une entrevue de seul à seul. Ils ont eu un long tête-à-tête. Ils ont de fréquents tête-à-tête. Dans le tête-à-tête.

tête


TêTE, s. f. [1re ê ouv. et long. 2e e muet.] 1°. La partie de l'animal, qui tient au reste du corps par le cou, et qui est le siège des organes des sens, des yeux, des oreilles, etc. "Le devant, le derrière, le sommèt, le haut de la tête. "Lever, baisser, tourner, branler la tête. "Cheval qui porte bien sa tête, etc. = Tête, chef, (synon.) Le 2d de ces mots n'est d'usage, dans le sens litéral, que lorsqu'on parle des reliques des Saints; le chef de St. Jean, de St. Denis, etc. mais ils sont tous les deux forts usités dans le sens figuré; avec cette diférence, que le mot de tête convient mieux lorsqu'il est question de place ou d'arrangement, et que le mot de chef s'emploie très-proprement, lorsqu'il s'agit d'ordre ou de subordination. On dit, la tête d'un bataillon, et le chef d'une entreprise; être à la tête d'une armée et comander en chef: "Il sied bien au chef de marcher à la tête des troupes. GIR. Synon. "Être à la tête des afaires; en avoir la principale direction. = On dit de la persone la plus puissante ou la plus illustre d'un Royaume, que c'est la première tête de l'État. Le P. Grifet l'a dit de St. Pierre, par raport à l'Église. L'emploi de cette expression n'est pas de bon goût dans cette ocasion. = Tête entre dans plusieurs expressions, qui ne pâssent pas le style médiocre. Jeter une marchandise à la tête à, etc. l'ofrir à vil prix. — Se jeter à la tête des gens, être trop facile à ofrir ses services; ne pas se faire rechercher. "Je voyois un établissement certain, qu'on me jetoit à la tête. MARIV. "Et voulez-vous que ces grands hommes se jettent à la tête, ou pour mieux dire aux pieds, des dispensateurs des grâces. Marm. = Sur sa tête, au péril de sa vie: "Vous en répondrez sur votre tête. Télém. = Tête à tête, adv. et s. m. "Le Calife arrive, et n'est point étoné de trouver son Visir en tête à tête avec Semire. Ann. Lit. — Substantif, il est indéclinable. "Ses fréquens têtes à têtes. Merc. Il falait, quoiqu'au pluriel, ses tête à tête. — On dit, en plaisantant, tête pour tête. "Mde. de B... que je trouvai l'autre jour tête pour tête, et qui ne se corrige point de dire des sotises. Sév. * La Bruyère le dit sérieusement. "Il lui est arrivé (au Distrait) de se trouver tête pour tête à la rencontre d'un Prince, se reconaitre à peine, et n'avoir que le loisir de se coller contre un mur pour lui faire place. Mais, dans cette phrâse, il a un aûtre sens, et signifie, nez à nez. = Tête baissée, aveuglément et sans réflexion. "Il a done tête baissée dans~ cette afaire, sans en remarquer les conséquences. — Cette expression se prend en bone et en mauvaise part. = En tête, adv. Sans régime. On dit, être à la tête d'une armée, et non pas en tête d'une armée, comme dit Molière; mais on dit, avoir une armée en tête. — Quelques-Écrivains font régir à l'adv. en tête la prép. de. "En tête de sa collection, dit M. Moreau: "En tête du dialogue dont il s'agit, etc. Linguet. L'Acad. dit à la tête, et il me semble que c'est l'usage. — Mettre un homme en tête à quelqu'un; lui oposer quelqu'un capable de lui résister. — Avoir ou se mettre en tête ou dans la tête, c. à. d. dans l'esprit: "J'ai en tête que cela réussira. "J'avais bien aûtre chôse dans la tête. "Il se mit en tête de tirer d'eux quelque avantage temporel. * Mde de Sévigné dit, se mettre à la tête. "Mde de Montespan se mit à la tête de faire une loterie. La Fontaine dit, se mettre en tête.
   Le Roi des animaux se mit un jour en tête
   De giboyer.
La dernière manière me parait la seule bone. Se mettre dans la tête est aûtre chôse: c'est s'imaginer
   ...Il s'est mis dans la tête
   Que, depuis qu'il me sert, Minerve lui sourit,
   Et se croit obligé de prétendre à l'esprit.
       Palissot.
= En faire à sa tête, ne point suivre de conseil
  Qu'on dise quelque chose, ou qu'on ne dise rien,
  J'en veux faite à ma tête: il le fit et fit bien.
       La Font.
"Vous avez beau dire: je n'en ferai qu'à ma tête. DESTOUCHES. = En avoir par dessus la tête: en avoir trop. "J'ai déjà de Marseille et de votre absence jusque là; et en même tems je porte ma main un peu au dessus des yeux. Sév. = Par dessus la tête signifie aussi, au dessus de notre portée, de notre capacité. "Ce livre, encôre qu'il nous pâsse cent piques par dessus la tête, ne laisse pas de nous amuser. Sév. = Ne savoir plus où doner de la tête; être fort embarrassé pour vivre où pour réussir dans une afaire. Mde de Sévigné dit plaisamment à sa fille: "Plut à Dieu que vous fussiez si pressée de mes bienfaits que vous fussiez contrainte de vous jeter dans l'ingratitude! Nous avons souvent dit que c'est la vraie porte pour en sortir honêtement, quand on ne sait plus où doner de la tête. = Faire tête, tenir tête, résister, s'oposer. "Il eut l'assurance de lui faire tête. "Turenne sauva l'armée batue (à Valenciènne) et fit tête par-tout à l'ennemi. Volt.
   Fais tête au malheur, qui t' oprime.
       Rouss.
  Ma foi, pour un Auteur c'est avoir du courage
  Que de venir ainsi faire tête à l' orage.
      La Chaussée.
C. à. d. d'assister à la première représentation de sa pièce. "Elle a tenu tête à son mari, à son frère. Wailly. Dans le propre, on dit, tenir la tête à quelqu'un (avec l'article.) Id. = Avoir de la tête, en parlant d'un homme, signifie pour l'ordinaire, avoir du jugement, de la conduite. "Ce général a de la tête: "Mr de... n'a point de tête. — Il signifie aussi, être opiniâtre: "Cet enfant a de la tête: c'est une assez bone femme, mais elle a de la tête. = Être homme, ou femme de tête; avoir du sens et de la conduite. = Faire un coup de tête, se laisser emporter à la vivacité et faire une démarche peu réfléchie et imprudente. = On dit d'un vieillard qu'il a encôre toute sa tête, pour dire que, son esprit n'est point afaibli; et d'un homme troublé, qu' il n'a pas sa tête, qu'il a perdu la tête. "Je ne suis pas dans mon état ordinaire: je n'ai pas ma tête. = Avoir la tête chaude ou froide, s'emporter aisément, ou, conserver son sang froid. = Le Proverbe dit: Autant de têtes, autant d'opinions. = Parler de tête, c'est parler en public, sans avoir écrit ce qu'on doit dire. "Revenons à votre Discours; est-il bien éloquent? — Je n'ai point fait de Discours: — Ah! vous parlerez de tête? — Précisement. Th. d'Éduc. Parmi les Prédicateurs, on dit, précher, parler d'abondance. = On dit, au propre, la tête me fend: j'ai un três-grand mal de tête. — La tête me tourne, il me semble que les objets tournent avec moi. Au fig. "La tête lui tourne; il se trouble et s'aveugle dans la bone fortune. — On dit aussi, dans le mode actif, tourner la tête à quelqu'un, le rendre fou.
   Mais Assan n'est qu'un fat...
   - - - Il a tout ce qu'il faut pour lui tourner la tête.
       LA CHAUSSÉE.
"Tout le monde croit que Mlle Amélie vous tourne la tête. Th. d'Éduc. "Bien des gens sont persuadés qu'on n'a point la tête tournée pour une femme sans de grandes espérances. Ibid. Il me semble qu'il ne fait pas si bien au participe. = Tourner tête (sans article) revenir aprês s'être enfui. "Les Troyens honteux se rallient et tournent tête. Mde Dacier; Iliade. "Les Lores tournèrent tête et l'envelopèrent. Let. Édif. = Perdre la tête. J'ai cru long-tems qu'il ne se disait qu'au figuré pour signifier, être troublé et ne savoir ce qu'on fait: mais j'ai vu que plusieurs Historiens l'emploient dans le propre pour, avoir la tête tranchée. "Dom De La Cerda fut pris et perdit la tête, avec laquelle tomba sa maison. Révol. d'Esp. "Le Parlement de Paris condamne le Maréchal Duc de Biron à perdre la tête. D'Avr. "Le Prince de Condé (en 1560) est arrêté et condamné à perdre la tête, ce qui ne fut pas exécuté. Hénaut. — L'Acad. dit: on le condamna à avoir la tête tranchée; à perdre la tête sur un échafaud: elle ne dit point, perdre la tête, tout seul. = On dit aussi, en ce sens, payer de sa tête: "Ils payoient de leur tête quand ils étoient coupables. Ducerc. — * Le P. Barre dit, au figuré, perdre tête, pour, perdre la tête. "Il perdit tête, dès qu'il vit les énemis prêts à monter à l'assaut. Hist. d'Allem. "Il perdit tête et se retira du champ de batâille. Ibid. On dit, perdit la tête. = Lever la tête, se montrer hardiment et sans respect humain. "Ceux, qui ne sont par assez sages pour condamner un si grand désordre, ne le sont pas assez pour lever la tête les premiers et pour doner des exemples contraires. Télém. = On dit aussi et plus souvent marcher, aler, la tête levée. "Il peut aler par-tout la tête levée. Rich. Port. On ne peut lui faire aucun reproche. = Crier à pleine tête, à tûe tête, rompre la tête: "Ils parloient tous ensemble et crioient à pleine tête. Hist. du Japon. L'expression est bâsse et peu digne, à mon avis du ton de l'Histoire.
   Qu'à chacun Jupiter acorde sa requête!
   Nous lui romprons encor la tête.
       La Font.
— L'Acad. dit aussi en ce sens, crier du haut de sa tête. Celui-ci n'est pas fort en usage, ce me semble. = Se rompre ou se casser la tête à faire quelque chôse, s'y apliquer avec une grande contention. = * Cela ma pâssé de tête, c. à. d. je l'ai oublié; barbarisme d'expression, fort comun en Provence.
   2°. Tête se dit du sommèt des arbres. "Chêne, qui porte sa tête dans les nûes. "Couper un arbre par la tête. = 3°. Il se dit de certaines plantes et de certaines légumes: pour l'extrémité d'en haut: des têtes de pavot, d'artichaut, de chou; ou pour l'extrémité d'en bâs: la tête d'un ognon, d'un poireau. = 4°. La tête d' une épingle, le petit bouton arrondi, ajusté à l'extrémité, oposée à la pointe. La tête d'une aiguille; le bout, qui est percé pour l'enfiler, La tête d' un compâs, le sommet de l'angle, que forment les deux jambes en s'écartant. La tête d'un marteau ou d'une coignée; la partie, dans laquelle entre le manche, etc.