temporel, elle

TEMPOREL, ELLE

(tan-po-rèl, rè-l') adj.
Qui passe avec le temps, par opposition à éternel.
Les choses visibles sont temporelles, mais les invisibles sont éternelles [SACI, Bible, St Paul, 2e épît. aux Corinth. IV, 18]
L'amour qui nous attache aux beautés éternelles N'étouffe pas en nous l'amour des temporelles [MOL., Tart. III, 3]
Les afflictions temporelles couvrent les biens éternels où elles conduisent ; les joies temporelles couvrent les maux éternels qu'elles causent [PASC., Lett. à Mlle de Roannez, 2]
Il a renversé votre fortune temporelle, je le veux ; et, en le haïssant, vous renversez le fondement de votre salut éternel [MASS., Carême, Pardon.]
Les dévots n'aiment jamais tant Dieu que lorsqu'ils en ont obtenu leurs petites satisfactions temporelles [MARIV., Pays. parv. 5e partie.]
Il se dit aussi par opposition à spirituel.
Il [le sens spirituel des Écritures] a été couvert sous le temporel en la foule des passages, et a été découvert clairement en quelques-uns [PASC., Pens. XV, 7, édit. HAVET.]
Si ce peuple [les Juifs] encore infirme avait besoin d'être attiré par des promesses temporelles [BOSSUET, Hist. II, 4]
Ce monde, c'est un royaume temporel où l'on ne connaît pas Jésus-Christ [MASS., Carême, Élus.]
Séculier, par opposition à ecclésiastique.
Autrefois et les canons et les lois et les évêques et les empereurs concouraient ensemble à empêcher les ministres des autels de paraître, pour les affaires même temporelles, devant les juges de la terre [BOSSUET, le Tellier.]
On se venge sur elle [l'Eglise] de quelques-uns de ses ministres, trop hardis usurpateurs des droits temporels ; à son tour, la puissance temporelle a semblé vouloir tenir l'Église captive, et se récompenser de ses pertes sur Jésus-Christ même [ID., ib.]
Pepin délivre Rome, assiége Pavie, se rend maître de l'exarchat, et le donne, dit-on, au pape ; c'est le premier titre de la puissance temporelle du Saint-siége [VOLT., Ann. emp. Charlemagne, 755]
Le pouvoir temporel, s'entend du pouvoir temporel du pape. Père temporel, se disait, chez les capucins, d'une personne séculière que déléguait le pape pour administrer le produit des aumônes recueillies par ces moines mendiants et avoir soin de toutes leurs affaires.
S. m. Le temporel, les biens, l'avoir.
Le temporel ouvre la voie au spirituel, et c'est un des préparatifs les plus efficaces [BOURDAL., Exhort. Char. env. les nouv. cathol. t. I, p. 131]
Ainsi, jouissant, pour le peu de jours qu'il me reste, des secours nécessaires pour le temporel [J. J. ROUSS., Mém. au gouv. de Savoie.]
Particulièrement, revenu qu'un ecclésiastique tire de son bénéfice.
Le roi lui saisit son temporel [au cardinal de Bouillon], et par famine l'obligea de revenir en France [SAINT-SIMON, 279, 25]
Philippe Auguste avait saisi le temporel de tout évêque assez mauvais Français pour obéir au pape [VOLT., Mœurs, 50]
Autorité temporelle, séculière.
Son autorité spirituelle [du gouvernement romain] toujours un peu mêlée de temporel [VOLT., Louis XIV, 2]

HISTORIQUE

  • XIIe s.
    Par les biens temporaus [, Th. le mart. 85]
  • XIIIe s.
    Les unes [choses] qui sont temporels, lesqueles commencent et finissent [BRUN. LATINI, Trésor, p. 21]
    Sainte eglise doit estre gardée des malfeteurs par l'espée temporel [BEAUMANOIR, I, 38]
  • XIVe s.
    Homme est temporel, et, par soy, homme ou celle ydée est perpetuel [ORESME, Éth. VI, 11]
  • XVe s.
    Il vit du labeur temporel [E. DESCH., Miroir de mariage, p. 125]
  • XVIe s.
    Nous voyons que tout ce qui est terrien et du monde, est temporel et mesme caduque [CALV., Instit. 381]
    Comme une ville estoit superieure à l'autre ou inferieure quant au temporel, aussi on lui assignoit son degré de preeminence quant au regime spirituel [ID., ib. 971]

ÉTYMOLOGIE

  • Provenç. et espagn. temporal ; ital. temporale ; du lat. temporalis, de tempus, temps.