tenant, ante

TENANT, ANTE

(te-nan, nan-t') adj.
Qui tient ; usité dans très peu de locutions. Séance tenante, dans le cours de la séance. Je vous remercie, mais rancune tenante, c'est-à-dire sans renoncer à ma rancune. Anciennement, les plaids tenants, à l'audience. Les gens tenants la cour de parlement. Les gens tenants la cour des comptes. Cet emploi de tenants au pluriel est un reste de l'ancienne grammaire qui accordait toujours les participes présents.
S. m. Celui qui, dans un tournoi, entreprenait de tenir contre tout assaillant.
Les tenants sont ceux qui ouvrent le carrousel, et qui font les premiers défis par les cartels qu'ils font publier par les hérauts, avec les conditions des courses et des combats [LE PÈRE MÉNESTRIER, Des tournois, p. 194, dans LACURNE]
Les quatre tenants parurent au bout de la lice, avec une quantité de chevaux et de livrées qui faisaient le plus magnifique spectacle qui eût jamais paru en France [LA FAY., Princ. Clèves, Œuv. t. II, p. 195, dans POUGENS]
Se dit dans les courses de chevaux ou de bagues. Fig.
Mon silence est troublé tous les jours par l'éloquence d'autrui, et il faut que, pour mes péchés, je sois le tenant de tous les compliments de France [BALZ., liv. I, lett. 10]
Fig. et familièrement. Celui qui soutient une opinion contre ceux qui la combattent.
Je suis persuadé que le plus grand nombre des lecteurs ne se souviennent plus de la réplique de l'un des tenants, lorsqu'ils lisent la dernière de l'autre tenant [BAYLE, Lett. à Des Maizeaux, 21 sept. 1706]
Je trouvai, en y entrant, qu'on y traitait un point de métaphysique, et que Freret et Boindin étaient les tenants de la dispute [DUCLOS, Œuv. t. x, p. 57]
Celui qui, dans la conversation, dans le monde, prend parti pour une personne. Il est le tenant d'un tel.
Le duc de Charost était un des premiers tenants du petit troupeau [des quiétistes] [SAINT-SIMON, 56, 193]
Familièrement. Amant d'une femme qui en a plusieurs l'un après l'autre.
Quand Ninon se lassait du tenant, elle le lui disait franchement, et en prenait un autre [SAINT-SIMON, 151, 202]
Il est le tenant dans cette maison, se dit d'un homme qui a le plus d'influence dans une maison, qui y tranche du maître.
Terme de blason. Se dit des figures d'hommes ou d'anges qui soutiennent l'écu, sans le lever.
Il s'est dit pour tenancier.
Celui qui n'aurait été homme ni tenant du seigneur ne lui payait qu'une amende de 60 livres [MONTESQ., Esp. XXVIII, 28]
Les tenants, les terres qui bornent une propriété. Ces deux chemins sont les tenants de cet héritage. Les tenants et aboutissants d'une pièce de terre, les terres qui y sont adjacentes, qui la bornent. Fig. Connaître tous les tenants et aboutissants d'une affaire, bien connaître tout ce qui s'y rattache. Fig.
Il me disait souvent les tenants et aboutissants des maîtresses de son maître [COMTE DE CAYLUS, Hist. de M. Guill. Œuv. t. x, p. 26]
10° Tout en un tenant, tout d'un tenant, loc. adv. En parlant d'héritages, sans interruption, d'une même continuité. Avoir cent hectares tout d'un tenant.
Sur nos rives du Cher où tout est divisé, où se trouvent à peine deux arpents d'un tenant [P. L. COURIER, Gaz. du village, n° 4]

HISTORIQUE

  • XIIe s.
    Enz el tenant [par où on tient] [il] l'a bien fet reonder [son bâton] [, Bat. d'Aleschans, v. 3664]
  • XIIIe s.
    Large d'avoir et tenant [avare] de merchi [, Ms. de poésies franç. av. 1300, t. III, p. 999, dans LACURNE]
    La grant dolor me renovele De mes plaies de maintenant ; Trois fois me pasme en ung tenant [, la Rose, 1840]
    Il li demande aucun heritage ou aucuns muebles dont il est tenans [BEAUMANOIR, I, 15]
    ....Par soufrance de segneur, qui ont baillé lor heritages à cens et à rentes anciennement, et les livrerent par convenence à lor tenans, à plus petite mesure que.... [ID., XXVI, 12]
  • XVe s.
    Et dura la gelée soixante et six jours eu un tenant [FENIN, 1407]
    Après ce que tous les barons et tenans du royaume lui eurent faict feauté et hommage [à Philippe de Valois] [FROISS., I, I, 51]
    Ni onques les Gascons, trente ans d'un tenant, ne furent fermement à un seigneur [ID., II, III, 24]
  • XVIe s.
    Pour joindre l'Espagne, la France et les Pays-Bas tout en un tenant [, Sat. Mén. p. 171]
    Disant qu'il avoit esté marié de nouveau, qu'il avoit espousé une telle, laquelle il cottoit par tenans et aboutissans [, l'Amant ressuscité, p. 488, dans LACURNE]
    Terres tenantes, glueuses ou visqueuses, comme celles de quoy on faict les pots [PALISSY, 251]