tendre

1. tendre

adj. [ lat. tener, teneri ]
1. Qui peut être facilement coupé, divisé, entamé, mâché : La craie est une roche tendre mou ; dur coriace
2. Qui manifeste de l'amour, de l'amitié ; affectueux : Elle se montre très tendre avec ses enfants câlin ; dur, sec caressant
3. Se dit d'une couleur peu marquée, de teinte délicate : Un vert tendre pâle, pastel
Âge tendre ou tendre enfance,
première jeunesse ; petite enfance.
Ne pas être tendre,
être sévère.
n.
Personne affectueuse, facile à émouvoir : Sous ses airs revêches, c'est une tendre.

2. tendre

v.t. [ lat. tendere ]
1. Tirer et tenir dans un état d'allongement, d'étirement : Tendre un filin raidir ; détendre bander
2. Avancer une partie du corps, la porter en avant : Il tendit les bras vers moi.
3. Présenter un objet à qqn pour qu'il le prenne avec la main : Il m'a tendu son assiette donner
4. Déployer et installer qqch en l'étirant et en le rigidifiant : Tendre un auvent dresser, monter ; démonter
5. Couvrir un mur, une pièce d'une tapisserie, d'une étoffe : Tendre une chambre de papier peint tapisser
Tendre son esprit,
faire un effort pour comprendre, analyser qqch ; se concentrer.
Tendre un piège,
le disposer pour prendre du gibier ; fig., chercher à tromper qqn.
v.t. ind. (à, vers)
Avoir pour but ; évoluer, se diriger vers : Des mesures qui tendent vers plus d'égalité sociale viser à approcher

se tendre

v.pr.
Devenir tendu ; se détériorer : Les rapports se tendent entre les deux pays.

3. Tendre

n.m.
Carte du Tendre,
carte d'un pays allégorique, le pays du Tendre, où les divers chemins de l'amour avaient été imaginés, au xviie siècle, par Mlle de Scudéry et les écrivains de son entourage.

tendre


Participe passé: tendu
Gérondif: tendant

Indicatif présent
je tends
tu tends
il/elle tend
nous tendons
vous tendez
ils/elles tendent
Passé simple
je tendis
tu tendis
il/elle tendit
nous tendîmes
vous tendîtes
ils/elles tendirent
Imparfait
je tendais
tu tendais
il/elle tendait
nous tendions
vous tendiez
ils/elles tendaient
Futur
je tendrai
tu tendras
il/elle tendra
nous tendrons
vous tendrez
ils/elles tendront
Conditionnel présent
je tendrais
tu tendrais
il/elle tendrait
nous tendrions
vous tendriez
ils/elles tendraient
Subjonctif imparfait
je tendisse
tu tendisses
il/elle tendît
nous tendissions
vous tendissiez
ils/elles tendissent
Subjonctif présent
je tende
tu tendes
il/elle tende
nous tendions
vous tendiez
ils/elles tendent
Impératif
tends (tu)
tendons (nous)
tendez (vous)
Plus-que-parfait
j'avais tendu
tu avais tendu
il/elle avait tendu
nous avions tendu
vous aviez tendu
ils/elles avaient tendu
Futur antérieur
j'aurai tendu
tu auras tendu
il/elle aura tendu
nous aurons tendu
vous aurez tendu
ils/elles auront tendu
Passé composé
j'ai tendu
tu as tendu
il/elle a tendu
nous avons tendu
vous avez tendu
ils/elles ont tendu
Conditionnel passé
j'aurais tendu
tu aurais tendu
il/elle aurait tendu
nous aurions tendu
vous auriez tendu
ils/elles auraient tendu
Passé antérieur
j'eus tendu
tu eus tendu
il/elle eut tendu
nous eûmes tendu
vous eûtes tendu
ils/elles eurent tendu
Subjonctif passé
j'aie tendu
tu aies tendu
il/elle ait tendu
nous ayons tendu
vous ayez tendu
ils/elles aient tendu
Subjonctif plus-que-parfait
j'eusse tendu
tu eusses tendu
il/elle eût tendu
nous eussions tendu
vous eussiez tendu
ils/elles eussent tendu

TENDRE1

(tan-dr') adj.
Qui peut être facilement coupé, divisé. Du bois tendre. Une pierre tendre. Le plomb et l'étain sont des métaux tendres.
Une certaine plante [d'Irlande] dont la tige est tendre, et presque aussi douce, dit-on, que celle de la canne à sucre [BUFF., Ois. t. XV, p. 400]
Viande tendre, viande qui se divise facilement avec les dents.
On me demanda si j'étais pour le mouton noir ou pour le mouton blanc ; je répondis que cela m'était fort indifférent, pourvu qu'il fût tendre [VOLT., Scarmentado.]
On le chasse [le faisan] à l'oiseau de proie ; et l'on prétend que ceux qui sont pris de cette manière sont plus tendres, et de meilleur goût [BUFF., Ois. t. IV, p. 92]
Familièrement. Cette viande est tendre comme rosée, elle est très tendre. Tendre se dit aussi des légumes et des herbes.
Pain tendre, pain nouvellement cuit, et qui cède sous la pression des doigts.
Rincy ne s'en émut point ; il protesta que personne ne mangerait qu'il n'eût du pain tendre [SCARR., Lett. Œuv. t. I, p. 211, dans POUGENS]
Qui ressent fortement ce qui agit physiquement. Des membres tendres et délicats.
Osera-t-elle [l'âme] toucher à ce corps si tendre, si chéri, si ménagé ? [BOSSUET, la Vallière.]
Que du Seigneur la voix se fasse entendre, Et qu'à nos cœurs son oracle divin Soit ce qu'à l'herbe tendre Est, au printemps, la fraîcheur du matin [RAC., Athal. III, 7]
Je suis comme un enfant dont les organes encore tendres sont vivement frappés par les moindres objets [MONTESQ., Lett. pers. 48]
N'est-ce point offenser, appauvrir la nature, que de détruire ainsi ses tendres germes dans les espèces que nous ne pouvons d'ailleurs multiplier ? [BUFF., Ois. t. XV, p. 83]
Marcher avec des pieds trop tendres sur des épines [LETOURNEUR, Trad. de Clar Harlowe, Lett. 88]
Ce cheval est tendre à l'éperon, il y est très sensible. Il a la bouche tendre, il a la bouche délicate. Il est tendre aux mouches, il est extrêmement sensible aux piqûres des mouches. Fig. et familièrement. Il est tendre aux mouches, il ne peut supporter les moindres incommodités, et aussi il s'offense des moindres choses.
En vérité, la vie est triste quand on est aussi tendre aux mouches que je la [le] suis [SÉV., 21 sept. 1675]
On dit dans le même sens au propre et au figuré : il a la peau tendre. Avoir la vue tendre, les yeux tendres, avoir la vue délicate, faible.
L'âge tendre, la tendre jeunesse, l'enfance, la première jeunesse.
Nous nous aimions tous deux dès la plus tendre enfance [RAC., Théb. II, 1]
Qu'as-tu fait de mon fils ? Je te l'ai confié dès l'âge le plus tendre [ID., Phèdre, v. 6]
Hippias, d'un âge plus avancé, semblait devoir accabler Télémaque, dont la tendre jeunesse était moins nerveuse [FÉN., Tél. XVI]
Dès ses plus tendres années, dès son enfance.
La passion dominante de Thémistocle était l'ambition et l'amour de la gloire, qui parut en lui dès ses plus tendres années [ROLLIN, Hist. anc. Œuv. t. III, p. 134, dans POUGENS]
Fig. Qui ressent vivement ce qui agit moralement.
Je crois, monsieur, que vous n'avez pas l'imagination si tendre qu'il vous faille consoler de cela [VOIT., Lett. 35]
Comme en cette matière il a le cerveau tendre [TH. CORN., Berger extrav. I, 3]
Je connais votre cœur ; vous devez vous attendre, Que je vais le frapper par l'endroit le plus tendre [RAC., Bérén. III, 3]
Avoir la conscience tendre, être délicat sur les choses qui intéressent l'honneur.
Sa pureté [de la langue française] va jusqu'au scrupule, comme celle des personnes qui ont la conscience tendre, et auxquelles l'ombre même du mal fait horreur [BOUHOURS, Entret. d'Ar. et d'Eug. 2]
Qui touche à des intérêts délicats.
Ce qui rendait la querelle sur les images si vive, et fit que, dans la suite, les gens sensés ne pouvaient pas proposer un culte modéré, c'est qu'elle était liée à des choses bien tendres : il était question de la puissance.... [MONTESQ., Rom. 22]
Fig. Disposé aux sentiments affectueux, et, plus particulièrement, au sentiment de l'amour. Un père tendre. Un tendre amant.
De bonne fortune pour nous, elle est plus tendre pour ses amis [que pour ses amants] [VOIT., Lett. 25]
Quand je pense que la vie, et principalement la mienne, se passe dans l'éloignement et dans l'inquiétude, je plains ceux qui sont aussi tendres que moi [SÉV., 1er déc. 1679]
Les hommes sont pour l'ordinaire moins tendres que les femmes [MAINTENON, Avis à la duchesse de Bourg.]
Ô Dieux ! à quels tourments mon cœur s'est vu soumis, Voyant des deux côtés ses plus tendres amis ! [RAC., Théb. II, 1]
Vous qui êtes tendre jusqu'à n'oser parler à Idoménée [de votre départ de peur de l'affliger], vous ne serez plus touché de ses peines dès que vous serez sorti de Salente [FÉN., Tél. XXIII]
Vous connaissez son cœur, il est aussi tendre pour ses amis que terrible pour ses ennemis [VOLT., Jenni, 6]
Tendre à, avec un infinitif.
Ils [les premiers chrétiens] sont fermes dans les périls, mais ils sont tendres à aimer leurs frères [BOSSUET, 2e sermon, Pentecôte, 2]
Familièrement. N'être pas tendre, être sévère, rigoureux.
Quand une fois je m'y mets, je ne suis pas tendre [COMTE DE CAYLUS, Hist. de M. Guill. Œuv. t. x, p. 39, dans POUGENS]
Qui a le caractère de l'affection.
Croyons donc avec saint Jean en l'amour d'un Dieu ; la foi nous paraîtra douce en la prenant par un endroit si tendre [BOSSUET, Anne de Gonz.]
Dieu ne demande pas aux personnes de son sexe une sublime raison, ni une science fastueuse, mais une dévotion tendre [FLÉCH., Dauphine.]
Rappelez en votre mémoire avec quelle tendre et sensible joie il recueillit ce qu'il avait semé dans l'âme de ce jeune vainqueur [le fils de Louis XIV] [ID., Duc de Mont.]
Oh dieux ! tant de respects, une amitié si tendre, Que de raisons pour moi, si vous pouviez m'entendre ! [RAC., Andr. II, 2]
Nous sommes seuls encor ; hâtez-vous de répandre Des pleurs que vous arrache un intérêt si tendre [ID., Iphig. I, 5]
Toujours de vos bontés je vais m'entretenir, Chérir de vos vertus le tendre souvenir [VOLT., Zaïre, II, 2]
Il se dit particulièrement de l'amour. Un tendre aveu.
.... J'en vois qui sont faites à pouvoir inspirer de tendres sentiments [MOL., Mis. III, 5]
Zaïre est la première pièce de théâtre dans laquelle j'aie osé m'abandonner à toute la sensibilité de mon cœur ; c'est la seule tragédie tendre que j'aie faite [VOLT., Zaïre, Lett.]
Que j'aime à triompher de ce tendre embarras ! [ID., ib. III, 6]
De cet espoir trop tendre elle était occupée [ID., ib. v, 10]
10° Attendrissant.
Qui ne serait touché d'un si tendre spectacle ? [CORN., Poly. v, 6]
11° Qui se laisse facilement aller à.... en bonne et en mauvaise part.
Vous pensiez bien trouver quelque jeune coquette, Friande de l'intrigue, et tendre à la fleurette [MOL., Éc. des mar. II, 9]
Vous êtes donc bien tendre à la tentation [ID., Tart. III, 2]
Moi qui suis tendre aux larmes [SÉV., 1er juill. 1672]
Un cœur même tendre pour le bien [MASS., Carême, Mot. de conv.]
J'ai un peu fait le nigaud avec le prince, parce que je suis tendre à la peine d'autrui ; mais le prince est tendre aussi, et il ne dira mot [MARIV., Double inconst. III, 6]
12° Touchant, gracieux. Le tendre chant des oiseaux.
Que leurs tendres écrits [de Théocrite et de Virgile] par les Grâces dictés.... [BOILEAU, Art p. II]
De cette fleur si tendre et si tôt moissonnée [RAC., Athal. IV, 3]
Jeunes et tendres fleurs par le sort agitées [ID., Esth. I, 1]
Il commençait à n'avoir plus ces grâces si tendres qui sont comme la fleur de la première jeunesse ; son teint devenait plus brun et moins délicat, ses membres moins mous et plus nerveux [FÉN., Tél. XVII]
Ma fille, tendre objet de mes dernières peines [VOLT., Zaïre, II, 3]
Les Grâces, dont les soins ont élevé Racine, Aiment à répéter ses écrits enchanteurs, Tendres comme leurs yeux, doux comme leurs faveurs [A. CHÉN., Frag. de l'art d'aimer.]
Avoir le son de la voix tendre, un son de voix tendre, avoir le son de la voix touchant et gracieux.
Enfants, car votre voix est enfantine et tendre [A. CHÉN., l'Aveugle.]
Il me semble déjà dans mon oreille entendre De sa touchante voix l'accent touchant et tendre [LAMART., Jocelyn, Prol.]
En musique, un air tendre, un air touchant, respirant l'amour.
Que chanteront-ils ?.... je veux quelque chose de tendre et de passionné [MOL., Sicil. 4]
13° En peinture, touches tendres, coups de pinceau extrêmement délicats. Pinceau tendre, pinceau délicat. Cette acception a vieilli.
14° Couleur tendre, couleur délicate, qui ne fatigue pas la vue.
Le pic que M. Brisson a décrit sous le nom de pic blanc a le plumage du corps d'un jaune tendre [BUFF., Ois. t. XIII, p. 48]
On le dit, dans le même sens, de la lumière.
La lumière tendre de la lune adoucit encore la blancheur de leur peau [DIDER., Salon de 1765, Œuv. t. XIII, p. 17, dans POUGENS]
Les rideaux des fenêtres n'étaient qu'entr'ouverts ; un jour tendre se glissait dans l'appartement à travers des ondes de pourpre [MARMONTEL, Contes mor. Alcib.]
Tu parus au milieu de nous comme un soleil levant, dont la tendre lumière prépare la sérénité d'un beau jour [GRAFFIGNY, Lett. péruv. 2]
15° S. m. Le tendre d'une pierre, dit aussi la moye, la couche tendre qui se trouve dans la pierre.
16° Fig. Ce qu'il y a d'affectueux, de sensible.
C'est me faire une plaie au plus tendre de l'âme [MOL., l'Ét. III, 4]
17° Penchant.
J'ai un furieux tendre pour les hommes d'épée [MOL., Préc. 12]
Familièrement. Tendresse d'amour.
Elle m'a fait entendre Tant seulement, qu'elle a pour nous du tendre [VOLT., Nanine, I, 2]
La fille [Ophelia] de cet officier de la couronne, qui avait du tendre pour Hamlet, devient réellement folle [ID., Mél. litt. A MM. de l'Acad. franç.]
En termes des romans amoureux du XVIIe siècle, le pays de Tendre, nom allégorique d'un royaume imaginaire, représentant les diverses circonstances d'une intrigue amoureuse.
Puis bientôt en grande eau sur le fleuve de Tendre Naviguer à souhait, tout dire et tout entendre [BOILEAU, Sat. X]
N'avez-vous jamais vu la carte du Tendre dans Clélie ? je suis pour eux à Tendre sur Enthousiasme [VOLT., Lett. Mme du Deffant, 18 mai 1772]
18° Le tendre de tranche, voy. TENDE.

PROVERBES

  • Dieu vous assiste, notre pain est tendre, nos couteaux sont rouillés, nous ne pouvons rien vous donner.
  • Jeune femme, pain tendre, bois vert, mettent la maison au désert.

HISTORIQUE

  • XIe s.
    Karles respunt : trop avez tendre coer [, Ch. de Rol. XXII]
  • XIIe s.
    Jamais mes ieuz [je] ne verrai aseuvis De regarder sa bele face tendre [, Couci, v]
  • XIIIe s.
    Selonc ce qu'ele ert [était] tendre et jeune creature [, Berte, XLII]
  • XIVe s.
    Icelle femme estoit tendre [délicate] à son enfantement, car elle avoit eu plusieurs de ses enfans morts-nez [DU CANGE, abortire.]
  • XVe s.
    Messire Jean Loustree, qui estoit plus tendre [tranchait plus au vif] en ses paroles que nul des autres [FROISS., II, II, 142]
    L e froid païs de Flandre, Dont le peuple est mouvant, rebelle et tendre [changeant] [E. DESCH., Poésies mss. f° 213]
    Adonc parla le mary et dist : Canifre, je vous ay à femme prinse pour le bien que j'ay trouvé en vous ; mais je vous voy trop tendre [légère] ; si allez où bon vous semble ; car de vous n'ay que faire [, Perceforest, t. IV, f° 113]
    Le cueur est seul, desarmé, nu et tendre, Et les yeulx sont bien armez de plaisirs [CH. D'ORL., Ball. 4]
    Le jouvencel Bouciquaut ne ressembla mie ceulx lesquels, après le grand travail, fuyent tant qu'ils peuvent au repos et aise, si comme font les nouveaux et tendres [, Bouciq. I, 9]
  • XVIe s.
    ... Ou trompe moy en me faisant entendre Qu'elle a le cueur bien ferme, et, fust-il tendre [MAROT, I, 347]
    Ains, Seigneur, viens estendre Sur moi ta pitié tendre [ID., IV, 235]
    Dez sa tendre enfance [MONT., I, 164]
    Mon ame ahanne en compagnie d'un corps si tendre, si sensible [ID., I, 165]
    Ne croyez point si par inadvertance il m'eschappe quelque mot qui puisse desplaire ausdits seigneurs, si d'aventure ils estoient tendres des oreilles [M. DU BELL., 228]
    Marius avoit en ce quartier là une fort belle maison, où il y avoit des moyens de delices plus tendres et plus effeminées, qu'il ne sembloit estre convenable à un homme qui.... [AMYOT, Marius, 10]
    Tendre à pitié, jusques à pleurer facilement [ID., Sylla, 64]
    Ces coups de flesches perçoient tout ce qu'ilz rencontroient, autant le dur que le tendre [ID., Crassus, 45]
    Tendre affection [ID., Sert. 28]
    Trop tendre fait briser ou fendre [LEROUX DE LINCY, Prov. t. II, p. 429]
    C'est mollesse poltronne et delicatesse indigne d'un honneste homme qui nous rend incommodes et desagreables en conversation, et tendres au mal, au cas qu'il faille changer de maniere de faire [CHARRON, Sagesse, I, 39]

ÉTYMOLOGIE

  • Picard, tère ; wallon, teinr ou têr ; bourg. tarre ; provenç. tenre, tendre ; espagn. tierno ; portug. tenro ; ital. tenero ; du lat. tenerum, qui tient sans doute au radical tan, lat. tendere, grec : qui se laisse étendre.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

    1. TENDRE. - HIST.
  • XVIe s. Trop tendre fait briser, doit être porté au verbe tendre.

TENDRE2

(tan-dr') , je tends, tu tends, il tend, nous tendons, vous tendez, ils tendent ; je tendais ; je tendis ; je tendrai ; je tendrais ; tends, qu'il tende, tendons, tendez ; que je tende, que nous tendions ; que je tendisse ; tendant ; tendu v. a.
Tirer et bander quelque chose. Tendre les chaînes qui ferment un port. Tendre des toiles pour le sanglier. Tendre des filets. Tendre un ressort.
De sorte qu'ils [des gens qui bernaient] demeurèrent longtemps en bas tendant la couverture, et regardant en haut, sans se pouvoir imaginer ce que j'étais devenu [VOIT., Lett. 9]
Un ancien oracle avait ordonné que Formosante ne pourrait appartenir qu'à celui qui tendrait l'arc de Nemrod [VOLT., Princ. de Babyl. I]
Semblable à l'insecte insidieux qui fabrique ses filets dans l'obscurité, la politique tendit sa toile au milieu de l'Europe, et l'attacha en quelque manière à toutes les cours [RAYNAL, Hist. phil. XIX, 3]
Dans les cieux, à ma voix, la nuit tendra ses voiles [DELILLE, Én. IV]
Absolument. Tendre aux bécasses, aux oiseaux, tendre les filets pour les prendre.
À la Saint-Jean je tends aux grues [RÉGNIER, Ép. III]
Tendre le jarret, rendre la jambe aussi droite que possible sur la cuisse.
Comme en dansant le menuet, Vous tendîtes le jarret ! [DÉSAUGIERS, M. et Mme Denis, chanson.]
Fig.
Je tendis tous les ressorts de mon esprit pour chercher comment on pouvait guérir d'un polype au cœur, résolu d'entreprendre cette merveilleuse cure [J. J. ROUSS., Confess. VI]
Fig. Donner trop de tension, mettre les choses au point qu'elles semblent prêtes à se rompre.
Ce rapport des lois avec ce principe tend tous les ressorts du gouvernement [MONTESQ., Esp. v, 1]
On dit dans un sens analogue : Cela tendit la situation.
Tendre une tente, l'établir, la dresser. Il fit tendre son pavillon. On dit dans un sens analogue : tendre un lit.
Hé bien donc, dit Julie, qu'on lui tende un petit lit dans ma chambre [J. J. ROUSS., Hél. VI, 11]
Tendre un piége, le disposer pour qu'un animal puisse s'y prendre.
Ils ont voulu me faire périr dans le piége qu'ils m'ont tendu en secret [SACI, Bible, Psaum. XXXIV, 7]
Il se dit de toute espèce de piéges, même de ceux dont on ne tend aucune partie. Tendre une souricière. Tendre des gluaux. Fig. Tendre un piége, un panneau à quelqu'un, chercher à abuser, à tromper quelqu'un.
Tendre à l'innocence les piéges les plus inévitables du péché [BOURDAL., Pénitence, 2e avent, p. 268]
Un traître y tend pour vous un piége inévitable [VOLT., Sémiram. v, 4]
On dit aussi : tendre des embûches.
Mercure tendit des embûches à Prométhée, le surprit, et le jeta dans le fond d'un cachot [DIDER., Opin. des anc. phil. (Grecs).]
Tapisser. Tendre une pièce, un appartement. L'église était tendue de noir.
Enfin le pauvre homme eut beau faire, il fut convaincu d'être mort, on tendit sa porte de noir, et on vint pour l'enterrer [VOLT., Lett. Fischer, 5 avr. 1768]
Absolument. Ce jour-là on tend dans toutes les rues.
Présenter en avançant. Tendre les mains aux chaînes. Tendre son chapeau pour recevoir quelque chose. Tendre la joue. Tendre les mains au ciel, vers le ciel.
Laisse à de lâches cœurs verser d'indignes larmes, Tendre aux tyrans les mains et mettre bas les armes ; Toi, tends la gorge au fer, vois-en couler ton sang, Et meurs sans t'ébranler, debout et dans ton rang [ROTROU, Saint-Genest, II, 2]
Je saurai, s'il le faut, victime obéissante, Tendre au fer de Calchas une tête innocente [RAC., Iphig. IV, 4]
À peu de distance suivaient ses enfants [de Persée mené en triomphe à Rome] avec leurs gouverneurs, leurs précepteurs et tous les officiers de leur maison, qui, fondant tous en larmes, tendaient leurs mains au peuple [ROLLIN, Hist. anc Œuv. t. IX, p. 163, dans POUGENS]
Il tend en souriant un morceau de son pain à une vache blanche qui s'avance vers lui [DIDER., Salon de 1767. Œuv. t. XIV, p. 499, dans POUGENS]
L'un tend ses petits bras au papillon qui vole [DELILLE, Imag. III]
Mais il [un aveugle] entend leurs pas, prête l'oreille, espère, Se trouble, et tend déjà les mains à la prière [A. CHÉN., l'Aveugle.]
Fig.
En réclamant son titre de gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, il [Voltaire] tendait lui-même le bout de la chaîne avec lequel on l'aurait attaché si on avait voulu [MARMONTEL, Mém. v.]
Tendre la main, avancer la main en signe d'amitié.
Septime se présente, et, lui tendant la main, Le salue empereur en langage romain [CORN., Pomp. II, 2]
Tendre la main, demander l'aumône.
Est-ce à un homme qui a servi vingt ans sa patrie, qui s'est retiré couvert de blessures, et qui depuis n'a cessé de travailler sans relâche, est-ce à lui de tendre la main ? [MARMONTEL, Cont. mor. Lauret.]
J'ai moi-même été pauvre et j'ai tendu la main [A. CHÉN., Idylles, le Mendiant.]
On le dit, par extension, de celui qui mendie des places, des grâces.
Cette façon de demander harmonieusement l'aumône, commence, si je ne me trompe, à Pindare ; on ne peut tendre la main plus emphatiquement [VOLT., Dict. phil. Flatterie.]
Fig. Tendre la main, se reconnaître vaincu, demander la paix.
Et dans ce triste état il faut que les Romains Ou nous tendent la gorge ou nous tendent les mains [DU RYER, Scévole, III, 2]
Fig. Tendre la main à quelqu'un, lui offrir du secours, le secourir.
Elle courut lui tendre une main favorable [RAC., Bajaz. I, 4]
Si tout dresse des piéges à la jeunesse des rois, tout leur tend les mains aussi pour leur aider à les éviter [MASS., Pet. carême, Malh. des gr.]
Ma famille me persécute ; on ne me tend la main dans mon désastre que pour me déshonorer [VOLT., Ingénu, 17]
Maître des nations, tendez la main à Cérès [favorisez l'agriculture], relevez ses autels [DIDER., Salon de 1767, Œuv. t. XIV, p. 163, dans POUGENS]
C'est en France, dans le pays de la politesse, des sciences, des arts, du bon goût, de la philosophie, qu'on nous persécute [nous encyclopédistes] ! et c'est du fond des contrées barbares et glacées du Nord qu'on nous tend la main [ID., Lett. à Mlle Voland, 3 oct. 1762]
Fig. Tendre la main, faire signe de venir i nous.
Saint Paul tend les mains aux gentils [BOSSUET, Hist. II, 7]
Tendre les bras, les ouvrir pour recevoir quelqu'un.
Mon fils n'est plus ? hé quoi ! quand je lui tends les bras, Les dieux impatients ont hâté son trépas ? [RAC., Phèdre, v, 6]
Fig.
Si nous voulons servir, Sylla nous tend les bras [CORN., Sertor. I, 1]
Un tel homme, dégagé du siècle, qui a mis toute son espérance en la vie future, voyant approcher la mort, ne la nomme ni cruelle ni inexorable ; au contraire il lui tend les bras [BOSSUET, Bourgoing.]
Voilà, lui dit-il, la Sicile qui nous tend les bras, et vous savez de quelle importance est cette île [ROLLIN, Hist. anc. Œuv. t. VII, p. 365, dans POUGENS]
Dans un sens tout différent, tendre les bras à ou vers..., implorer du secours.
Le pape, à qui il [Charles Martel] était nécessaire, lui tendait les bras [MONTESQ., Esp. XXXI, 11]
Avancer trop, en parlant de certaines parties du corps. Cette personne tend le cou, tend le ventre.
Faut-il tendre toujours le dos, quand vous marchez ? Présentez mieux la gorge et baissez cette épaule [REGNARD, Distr. I, 4]
Terme de manége. Tendre le nez, porter le nez au vent, en parlant du cheval.
Terme d'escrime. Se dit absolument pour allonger le bras raide, au lieu de parer les coups, afin de blesser son adversaire, au risque d'être blessé soi-même.
V. n. Aller vers (ce sens neutre dérive du latin qui a dit tendere gressum, et, absolument, tendere, diriger ses pas).
Il [l'arc-en-ciel] ne procède que de la façon que les rayons de la lumière agissent contre ces gouttes [d'eau], et de là tendent vers nos yeux [DESC., Météor. 8]
Où tend Mascarille à cette heure ? [MOL., le Dép. I, 4]
C'étaient de toutes parts des bruits confus de gens.... qui couraient sans savoir où tendaient leurs pas [FÉN., Tél. I]
L'homme est né pour l'action, comme le feu tend en haut et la pierre en bas [VOLT., Rem. Pens. Pasc. 23]
Où tend ce tourbillon rapide, Et quel conducteur intrépide Vole sur un char lumineux ? [MALFIL., Ode, Élie aux cieux.]
Je vois bien que vous tendez vers le nord, que vous allez m'y conduire sans que je m'en aperçoive [BAILLY, Atlantide, p. 412]
Fig. C'est un homme qui tend à ses fins, il va constamment, avec adresse, vers le but qu'il s'est proposé. Aboutir. Où tend ce chemin-là ? Cette maladie tend à la mort, elle est mortelle. Le malade tend à sa fin, il est bien près de sa fin.
Terme de mécanique. Avoir une tendance vers.
M. Huyghens avait prouvé que, selon Descartes, les corps pesants auraient dû tendre, non au centre de la terre comme ils y tendent toujours, mais à différents points de l'axe de la terre [FONT., Saurin.]
Fig.
C'est précisément parce que la force des choses tend toujours à détruire l'égalité, que la force de la législation doit toujours tendre à la maintenir [J. J. ROUSS., Contr. soc. II, 11]
10° Fig. Avoir un but, un terme.
À quelque heureuse fin que tendent ses projets, Jamais il [un roi] ne fait rien au gré de ses sujets [ROTROU, Vencesl. I, 1]
L'autre vit où tendait cette feinte aventure ; If rendit le fer au marchand, Qui lui rendit sa géniture [LA FONT., Fabl. IX, 1]
Pour moi, je crois qu'au ciel tendent tous vos soupirs, Et que rien ici-bas n'arrête vos désirs [MOL., Tart. III, 3]
La fausse gloire ne le tentait pas, tout tendait au vrai et au grand [BOSSUET, Louis de Bourbon.]
Les livres sacrés des Romains.... ont péri par les mains des Romains mêmes, et le sénat les fit brûler comme tendant à renverser la religion [ID., Hist. II, 13]
Je ne sais quelle disposition inquiète et vague au plaisir des sens, qui ne tend à rien et qui tend à tout [ID., Comédie, 8]
Nous passons notre vie à tendre au bien et à faire le mal [MAINTENON, Lettre à Mme de Glapion, 3 mars 1703]
Le trône où vous tendez [RAC., Théb. I, 5 (locution blâmée, à tort, par L. Racine).]
Où tendait ce discours qui m'a glacé d'effroi ? [ID., Phèdre, III, 6]
Le métier et l'exercice des Lacédémoniens était la guerre ; tout tendait là chez eux [ROLLIN, Hist. anc. Œuv. t. II, p. 529, dans POUGENS]
Peu occupé des grâces légères du discours, et quelquefois même négligeant les règles gênantes de la pureté du langage, il [Bossuet] tend au grand, au sublime, au pathétique [ID., Traité des Ét. III, 2]
Tout animal est toujours entraîné par un instinct invincible à tout ce qui peut tendre à sa conservation [VOLT., Traité de métaph. 8]
Tout ce qui peut tendre à établir la tolérance chez les hommes, doit être protégé bien fortement par vous [VOLT., Lett. d'Argental, 27 févr. 1769]
Le talent d'un esprit fin, c'est de persuader qu'il ne tend pas à l'être ; et cet artifice est au comble, quand la finesse a l'air de la naïveté [MARMONTEL, Œuv. t. VII, p. 465]
11° Se tendre, v. réfl. Être tendu. Ce papier se tend mal. La peau s'est tendue.
Ici, du haut des monts une colonne d'eau Se précipite en masse, ou se tend en rideau [DELILLE, Trois règ. III]

PROVERBE

    Il vaut mieux tendre la main que le cou (MONTLUC, la Comédie des proverbes, III, 6), il vaut mieux demander l'aumône que voler et se mettre en danger d'être pendu.

HISTORIQUE

  • XIe s.
    Li empereres tent ses mains envers Deu [, Ch. de Rol. IX]
    Dunez li l'arc que vos avez tendut [, ib. LX]
  • XIIe s.
    Lors me souvient d'une douce dolour Et du douz lieu où mes cuers [mon cœur] tent et bée [, Couci, XVII]
    E li sainz comença mot à mot à prover Où li reis par ces leis voleit tendre e aler [, Th. le mart. 57]
    Tu qui es si crual e fier, Orrible et faus e miserin, Tens si chascon jor à tafin [BENOÎT, II, 6274]
  • XIIIe s.
    Et s'escrierent tuit à une vois et tendant leurs mains en haut [VILLEH., XVII]
    Je croi qu'à moi requerre [ils] ont mout petit tendu [, Berte, LI]
    Et alla tant par mer et par terre, que il vinst à Orliens où li rois Philippes estoit, et li tendi la lettre, sans saluer [, Chr. de Rains, p. 59]
    Car tout ainsi comme uns homs tent Un oisel pour autre oisel prendre, Tout autressi convient-il tendre S'amour pour autre amour avoir [, Bl. et Jeh. 3303]
    Et s'à povreté le voit tendre, Il ne doit mie tant atendre Que cil s'aïde li requiere [, la Rose, 4725]
    Li clerc tendi s'arbalestre, et traït, et en feri lui parmi le cœur [JOINV., 209]
    Miels [mieux] vous venist avoir tendu [des filets] Ou as biches ou as coulons [, Fabliaux mss. p. 339, dans LACURNE]
  • XIVe s.
    Puis après il [les nerfs optiques] se dessevrent [séparent], et tent chascun à sa propre partie [H. DE MONDEVILLE, f° 17]
    Car puis c'uns hons en femme voet mettre son argu, Ains devendroit diables avoecques Bregibu [Belzébuth], Qu'il n'en vigne à s'entente ; mais tels i a tendu Qui i a esté pris.... [, Baud. de Seb. VIII, 514]
  • XVe s.
    C'est la fin que medecins tendent toujours que avoir grands salaires et profits des seigneurs et des dames, de ceux et celles qu'ils visitent [FROISS., III, IV, 30]
    Ne vous chaille de tendre à amasser, Mais ne pensez qu'à mener bone vie [E. DESCH., Poésies mss. f° 35]
    ... le saige homme Par son sens et par sa clergie Qui sçara l'art d'astronomie, Et qui tend jusques làses voiles.... [ID., ib. f° 471]
    Si n'y ot cely qui ne tendist les oreilles, et qui ne meist toute son entente à l'escouter [J. CHASTEL., Chr. du duc Philippe, ch. 7]
  • XVIe s.
    Or en mon chemin je trovay ung compaignon qui tendoyt aux pigeons [RAB., Pant. II, 32]
    Leur pied mesme s'est venu prendre Au filé qu'ils ont osé tendre [MAROT, IV, 243]
    La raison doibt tendre en somme à nous faire bien vivre [MONT., I, 69]
    Un manteau en escharpe, un bas mal tendu [ID., I, 192]
    Cettuy cy se peine, se roidit et se tend, pour.... [ID., II, 105]
    Ils faisoient tendre cette immense capacité de voiles de pourpre [ID., IV, 14]
    Aegeus lui ordonna qu'à son retour il tendist la voile blanche, si son filz estoit eschappé [AMYOT, Thés. 20]
    Pirithous, tendant le premier la main à Theseus, luy dit [ID., ib. 38]
    Ce n'estoit pas la fin ny le but auquel tendoit Lycurgus, que de laisser sa cité commandant à plusieurs [ID., Lyc. 65]
    Il ne feit que tendre et roidir davantage son austerité naturelle [ID., Sylla, 64]
    Plus justice n'estoit aux hommes familiere Comme elle souloit estre, et ne vouloit hanter Le peuple qui desjà tendoit à se gaster [RONS., 870]
    Qui à aise tend, aise luy faut [COTGRAVE, ]

ÉTYMOLOGIE

  • Wallon, taind, tendre des filets ; provenç. tendre ; espagn. tender ; ital. tendere ; du lat. tendere ; gaél. teann ; bas-bret. tenna ; sanscr. tana.

tendre

TENDRE. adj. des deux genres. Qui peut être aisément entamé; il est opposé à Dur. Du bois extrêmement tendre. Le sapin, le saule et le peuplier sont des bois tendres. Bâtir avec des pierres tendres. Parmi les pierres précieuses, il y en a de tendres et de dures. L'améthyste et l'émeraude sont des pierres tendres. Le plomb et l'étain sont les plus tendres des métaux.

Il se dit particulièrement des Aliments qui n'offrent pas de résistance quand on les coupe, quand on les mâche. Une viande extrêmement tendre. On ne peut rien manger de plus tendre. La viande fraîche tuée n'est pas tendre. Cette viande est tendre au couteau, est tendre sous le couteau, est tendre sous la dent. Ces haricots verts sont très tendres.

Fam., Cette viande est tendre comme rosée, Elle est extrêmement tendre.

TENDRE se dit également du Pain nouvellement cuit. Manger du pain tendre.

Il signifie encore Qui est sensible, délicat, qui est aisément pénétré par les impressions extérieures. Avoir la peau tendre. Les jeunes arbres ont l'écorce tendre.

Ce cheval a la bouche tendre, Il a la bouche particulièrement sensible.

Avoir la vue tendre, les yeux tendres, Avoir la vue délicate et faible.

Fig., Dès ses plus tendres années, dès sa plus tendre enfance, dès son âge le plus tendre, Dès sa petite enfance, dès sa première jeunesse.

TENDRE signifie, au figuré, Qui a de la tendresse, qui est sensible à l'amitié, à la compassion, et plus particulièrement à l'amour. Un ami tendre. Un père tendre. Une tendre mère. Un tendre amant. Avoir l'âme tendre, le coeur tendre. Il est tendre. Il est d'un naturel tendre. Il a une imagination vive et tendre.

Il se dit de même des Choses où se marque de l'amitié, de la compassion, où se manifeste de l'amour. Il a pour vous une amitié tendre, une tendre affection, un tendre attachement. Vous m'avez inspiré les plus tendres sentiments, le plus tendre intérêt. Des propos tendres. Regarder d'un air tendre. Il m'a fait de tendres adieux. Un tendre aveu.

Avoir le son de la voix tendre, un son de voix tendre, Avoir le son de la voix touchant et gracieux.

En termes de Musique, Un air tendre, Un air touchant et passionné.

Couleur tendre, Couleur délicate, qui ne fatigue pas la vue.

TENDRE s'emploie aussi comme nom masculin et désigne la Partie tendre d'une chose. Le tendre d'une pierre.

Il signifie aussi Tendresse, amour. Il a du tendre, il a un tendre pour cette femme. On a dit allégoriquement : Le pays de Tendre. La carte du Tendre.

tendre

TENDRE. (Je tends, tu tends, il tend; nous tendons, vous tendez, ils tendent. Je tendais. Je tendis. Je tendrai. Je tendrais. Tends. Que je tende. Que je tendisse. Tendant. Tendu.) v. tr. Tirer de manière à rendre raide, bander quelque chose, comme une corde, un arc, etc. Tendre une corde. Tendre un arc. Tendre les chaînes qui ferment l'entrée d'un port. Tendre un panneau. Tendre des filets aux oiseaux.

Tendre un piège, Le placer et le disposer de manière que l'animal puisse s'y prendre. Cela se dit en parlant de Toutes sortes de pièges, même de ceux qui ne fonctionnent pas par la tension ou la détente d'un ressort. Tendre une souricière. Tendre des gluaux.

Fig., Tendre un piège, un panneau à quelqu'un, Chercher à le surprendre, l'induire à commettre quelque faute, à faire quelque fausse démarche, etc., dont on espère profiter.

Tendre des inondations, Répandre dans une plaine les eaux de canaux ordinairement maintenues par des écluses.

Tendre un pavillon, une tente, Les dresser et les mettre en état de servir. On dit dans un sens à peu près analogue : Tendre un lit, tendre une tapisserie.

Tendre une chambre, une salle, etc., La tapisser, la parer de tapisserie. Tendre un appartement de damas, de velours. L'église était toute tendue de noir.

TENDRE s'emploie absolument dans le sens de Tapisser, orner de tapisserie. La coutume est ce jour-là de tendre dans toutes les rues, de tendre partout, L'usage est de tapisser le devant de toutes les maisons.

Il signifie aussi Avancer, porter en avant pour présenter. Tendre la main en signe d'amitié. Tendre son chapeau pour recevoir quelque chose. Tendre le dos aux coups. Tendre les épaules. Tendre la joue. Il tendit le cou au bourreau. Tendre les mains au ciel, vers le ciel. Il était près de se noyer, on lui tendit une corde, une perche.

Fig., Tendre les bras, tendre la main à quelqu'un, L'aider, lui offrir ses secours, son appui; s'il a des torts, être prêt à les lui pardonner. Il lui a tendu les bras dans sa disgrâce. Ce jeune homme a fait de grandes fautes; mais son père l'invite au repentir et lui tend les bras.

Fig., Tendre les bras, les mains à quelqu'un, vers quelqu'un signifie encore Implorer son secours.

Tendre la main, Demander l'aumône.

Fig., et fam., Tendre la perche, Fournir à quelqu'un l'occasion d'exprimer un souhait, de donner une explication, de se justifier, etc. Il n'aurait pu se tirer d'affaire si vous ne lui aviez tendu la perche.

TENDRE s'emploie aussi comme verbe intransitif et signifie Aller à un certain terme, aboutir. Où tend ce chemin-là?

Il s'emploie plus ordinairement au figuré. Où tendent tous ces tours et détours, tous ces propos? Tendre à ses fins. Tout cela ne tend à rien. Tendre à la perfection. Ses conclusions tendaient à...

Fig., C'est un homme qui tend à ses fins, Il va constamment, avec adresse, vers le but qu'il s'est proposé.

Le participe passé TENDU s'emploie adjectivement. Avoir l'esprit tendu, toujours tendu, Avoir l'esprit fortement appliqué à quelque chose. Il a eu l'esprit si tendu tout le jour qu'il a besoin de prendre quelque repos.

Style tendu, Style qui laisse voir l'effort, qui manque d'aisance, de souplesse.

Situation tendue, Situation critique qui peut amener un conflit, une rupture.

tendre

Tendre, ou estendre, Tendere, Contendere, Intendere.

Tendre au devant, Praepandere, Obtendere, Praetendere.

Tendre sa main au devant et taster, Praetentare.

Tendre le voile au devant, Obducere velum.

Tendre son giron, Expandere sinum.

¶ Le tout tend à cela que, etc. Summa illuc pertinet, vt sciatis, etc. Omnia haec nunc verba huc redeunt, vel eo pertinent, vel eo spectant, vt, etc.

Nos disputations ne tendent à autre chose, sinon que, Neque nostrae disputationes quicquam aliud agunt, nisi vt, etc.

La rep. tendant à ruine, Praecipitante rep.

Tendant à une mesme fin, In vnum exitum spectant, vel tendunt.

Tendant à la couleur jaulne, Inclinans in luteum colorem.

Tendre à repos d'esprit, Aucupari tranquillitates.

Tendre à tous moyens, Aucupari et colligere omnia.

Où tend ce propos? Quorsum haec spectat oratio?

Penses-tu que je ne sceusse pas bien où tendoient tes paroles? Aut ego nesciebam quorsum tenderes?

¶ Cela tend en mont, Tendit sursum.

¶ Où tendez vous? Quo tenetis iter? Quo tenditis?

¶ Tendre aux oiseaux, Aucupari, Insidias auibus moliri.

Tendre ses filez, Intendere fallaciam. B. ex Terent.

Tendre à aucun pour le decevoir, Tendere alicui insidias.

¶ Porter quelque chose et tendre avec sa main, Manu praetendere aliquid.

Bailler ou tendre la main à aucun, In aliquem manum intentare.

Tendu, Tensus, Tentus.

Tendu au devant, Obtentus.

Tendu et roidi, Contentus.

Qui n'est point tendu, Incontentus.

Tenture, Obtentus, huius obtentus.

Une tente et pavillon, Tentorium, Papilio, Tabernaculum. Liu. lib. 22,

Asseoir ou tendre ses tentes, Tendere.

La tente du prince, Augustale.

Se retirer és tentes de Cesar, In castra Caesaris deuenire.

Qui est Tendre, Tener. Le Picard dit Tenre, seulement transposant ces deux lettres e et r. Le François met un d entredeux.

Fort tendre, Praetener.

Dés qu'on est encores tendre, A tenero, et a Teneris, sub. annis. A teneris vnguiculis.

Devenir tendre, Tenerescere.

Devenir tendre et aisé à plier, Lentescere.

tendre


TENDRE, v. act. et n. [Tandre: 1re lon. 2e e muet.] 1°. Bander. "Tendre une corde, un arc. "Tendre un paneau, un piège à quelqu' un. Voy. EMBUCHE. = 2°. Dresser. "Tendre un pavillon, une tente, un lit, une tapisserie. — Tapisser. "Tendre une chambre, un apartement: les tendre de Damâs, de velours, de deuil. "L'Église était toute tendûe de noir. = 3°. Présenter, en avançant: "Tendre la main ou son chapeau, pour demander l'aumône. "Il tendit le cou au bourreau; tendre les mains au ciel. Il lui tendit les brâs pour l'embrasser. = FIG. Tendre les brâs, doner du secours. Tendre les mains à quelqu'un, implorer son secours. = 4°. V. n. Aler, aboutir vers: "Où tend ce chemin; où tendent vos pâs. "Les corps tendent à leur centre, etc. = Figurément et plus ordinairement. "Tendre à la perfection: cela ne tend à rien: ces disputes ne tendent point à éclaircir la matière. = Maladie, qui tend à la mort, qui est mortelle; malade, qui tend à sa fin; qui est bien prês de mourir. Homme, qui tend à ses fins; qui a toujours ses intérêts en vûe.
   TENDU, ÛE, adj. Avoir l'esprit tendu, fortement apliqué à quelque chôse. "Il a toujours l'esprit tendu.
   Une pièce afichée, une aûtre dans la tête,
   Une, où je joûe, une aûtre à lire toute prête;
   Voilà de quoi, sans doute, avoir l'esprit tendu.
       PIRON, Métrom.
  Le style devient sec, moins nerveux que tendu,
  Et, pour vouloir trop dire, on n'est point entendu.
       Le Franc.

tendre


TENDRE, adj. TENDREMENT, adv. TENDRESSE, s. f. TENDRETÉ, s. f. TENDRON, s. m. [Tandre, dreman, drèce, dreté, dron: 1re lon. 2e e muet aux 2 prem. et au 4e, è moy. au 3e.] I. Tendre au propre est 1°. qui peut être aisément coupé, divisé: bois, pierre tendre. = 2°. Qui peut être aisément broyé avec les dents. "Viande fort tendre, et familièrement, tendre comme rosée. = 3°. Frais, nouvellement cuit, en parlant du pain: ce pain est excellent, quand il est tendre: il n' aime que le pain tendre. = 3°. Sensible, délicat. "Il est tendre au froid. "Avoir la peau tendre; écorce tendre. = 5°. Fig. premier, jeune, en parlant de l'âge: Dans un âge tendre, dès sa plus tendre jeunesse: dès ses plus tendres années. = II. Fig. Sensible à l'amitié, à la compassion; et sur tout, à l'amour. "Avoir l'âme, le coeur tendre. = Qui les inspire: Discours, vers, paroles tendres. Son de voix tendre: air (de Musique) tendre. = S. m. "Il a du tendre pour cette persone. = Tendre, sensible (Synon.) La sensibilité tient plus à la sensation; la tendresse au sentiment: celle-là est passive; celle-ci est active. On s'atache un coeur sensible: le coeur tendre s'atache lui-même. — La chaleur du sang nous porte à la tendresse: la délicatesse des organes entre dans la sensibilité. Les Jeunes gens seront donc plus tendres; les vieillards plus sensibles; les hommes peut-être plus tendres que les femmes; les femmes plus sensibles que les hommes. — Le sensible est afecté de tout: le tendre n'est afecté que de son objet. "Le coeur sensible est compâtissant: le coeur tendre est complaisant. Il est peu d'âmes assez dures pour n'être pas sensibles aux malheurs d'autrui; la plupart ne sont pas assez humaines pour en être atendries: on plaint les malheureux: on ne les soulage guère (l'Ab. Roubaud) BEAUZ. Synon. = Tendre, s. m. Voy. TENDREUR.
   TENDRESSE, Tendreté: le 1er ne se dit que de la sensibilité à l'amitié ou à l'amour. "La tendresse d'un père: aimer avec tendresse. "Tendresse de coeur, d'âme. etc.
   ...Autrefois, mon coeur eut la foiblesse
   De rendre à votre fils tendresse pour tendresse.:
   Mais la fureur du jeu, dont il est possédé,
   Me fait ouvrir les yeux, etc.
       Regnard.
= On ne dit point, la tendresse d'une viande, d'un fruit; on dit tendreté. "La tendreté d'un gigot, d'un lièvre, de ces légumes, de ces fruits. = * Tendreur, en parlant des viandes, n'a pas pâssé. On dit, tendreté. Quelques-uns avaient voulu introduire tendre, s. m. dans ce sens: cette viande est d'un grand tendre: l'usage ne l'a point admis.
   REM. Tendresse n'a point de pluriel. Aûtrefois il était usité dans ce nombre. "Il les reçut avec de grandes tendresses: dites: avec de grandes marques, ou de grands témoignages de tendresse. "Ils ont été les objets de ses tendresses. MASC. — On dirait aujourd'hui, de sa tendresse. "Ses tendresses se redoubloient avec son estime. Boss. On dirait: sa tendresse redoublait, etc.
   TENDREMENT, avec tendresse. "Aimer tendrement; être tendrement aimé. "Regarder tendrement. — Dans les tems simples des verbes, il se met aprês: dans les tems composés, il aime à se placer entre l'auxiliaire et le participe. "Il l'aimait tendrement: il l'avait tendrement aimé.
   TENDRON, au propre, bourgeon, rejeton tendre de quelques arbres ou plantes. = Figurément, Style familier. "Un jeune tendron: une jeune fille. = Au pluriel, les cartilages qui sont à l'extrémité des ôs de la poitrine de quelques animaux: "Une fricassée de tendrons de veau.

Synonymes et Contraires

tendre

adjectif tendre
1.  Qu'on entame facilement.
2.  Littéraire. Se dit d'un végétal nouveau.
3.  Qui manifeste de l'affection.
4.  Se dit d'une couleur peu marquée.

tendre

verbe transitif tendre
1.  Soumettre à une traction.
2.  Revêtir un mur de tissu.
3.  Allonger une partie du corps.
4.  Présenter un objet à quelqu'un.

tendre

verbe transitif indirect tendre
Traductions

tendre

(tɑ̃dʀ)
adjectif
1. doux et affectueux être tendre avec qqn
2. mou, facile à couper viande tendre

tendre

(tɑ̃dʀ)
verbe transitif
1. tirer en rendant droit ou en allongeant tendre un arc tendre une corde
2. porter en avant tendre la main vers un objet tendre un stylo à qqn
3. allonger tendre ses jambes
4. chercher à tromper qqn
5. écouter avec attention

tendre

anspannen, aufziehen, ausspannen, spannen, straffen, zart, delikat, einschmeichelnd, fein, gelinde, weich, anziehen, aufhalten, Tendenztender, tighten, strech, wind up, tense, affectionate, caressing, cuddlesome, cuddly, dainty, delicate, fine, refined, soft, extend, fond, tauten, rack, sell, strain, stress, tend, loving, stretch, stringmals, spannen, zacht, gevoelig, opwinden, strekken, teder, uitrekken, uitstrekken, aanhalig, delicaat, fijn, iel, kies, kieskeurig, liefhebbend, murw, nauweraanhalen, tactvol, teer, week, (aan)spannen, aanreiken, behangen, een neiging hebben (om), gaan (naar), liefdevol, strak trekken, streven (naar), uitzetten, gevoelvol, aantrekken, ophouden, nauwer aanhalenהושיט (הפעיל), לטפני (ת), משך (פ'), מתח (פ'), נטה (פ'), ענוג (ת), רך (ת), רַךְ, מָתַח, נָטָה, הוֹשִׁיטopwenblegar, estirar, flectir, prèmer, tesar, tibartrække op, kærligstreĉi, teneratierno, afectuoso, amartillar, atirantar, dar cuerda, tensarjännittää, pehmeätenero, caricare, allungare, delicato [colori], morbido, porgere, protendere, sporgere, tendere, tenue [colori]napinać, czułyapertar, armar, dar corda, engatilhar, entesar, esticar, retesar, afávelαπλώνω, τείνω, τρυφερόςلَطِيفněžnýnježan柔らかい부드러운mørнежныйömtåligอ่อนโยนyumuşakmềm温柔的
verbe intransitif
1. avoir pour but tendre à la perfection
2. avoir tendance à coutume qui tend à disparaître

tendre

1 [tɑ̃dʀ] adj
[viande, légumes] → tender
[bois, roche, couleur] → soft
[personne] → tender, loving

tendre

2 [tɑ̃dʀ]
vt
[+ élastique, corde] → to stretch, to draw tight; [+ voile] → to set; [+ muscle] → to tense
Ils ont tendu une corde entre deux arbres → They stretched out a rope between two trees.
(pour atteindre) tendre la main → to hold out one's hand
tendre le bras → to stretch out one's arm, to reach out
tendre l'oreille → to prick up one's ears
(pour donner) tendre qch à qn → to hold sth out to sb
Il lui a tendu les clés → He held out the keys to her.
Elle me tendit la boîte de chocolates → She held out the box of chocolates to me.
tendre la perche à qn (fig) → to throw sb a line
(= disposer) [+ filets] → to set up; [+ hamac] → to sling
tendre un piège à quelqu'un → to set a trap for someone
(revêtement mural) tendre un mur de tapisserie → to hang a tapestry on a wall
tendu de soie → hung with silk, with silk hangings
vi (= avoir tendance) tendre à qch → to tend towards sth
tendre à faire → to tend to do [tɑ̃dʀ] vpr/pass
[corde] → to tighten
[relations] → to become strained