ténèbres

(Mot repris de tenebres)

ténèbres

n.f. pl. [ lat. tenebrae ] Litt.
1. Obscurité profonde : La maison fut soudain plongée dans les ténèbres 3. noir, nuit ; lumière
2. Ce qui est difficile à comprendre, obscur, inconnu : Les ténèbres de la folie mystère
L'empire des ténèbres,
l'enfer.
Le prince des ténèbres,
le démon.

ténèbres

(tenɛbʀ)
nom féminin pluriel
absence totale de lumière une forêt plongée dans les ténèbres

TÉNÈBRES

(té-nè-br') s. f. pl.
Obscurité, absence de lumière.
Ô combien d'actions, combien d'exploits célèbres Sont demeurés sans gloire au milieu des ténèbres ! [CORN., le Cid, IV, 3]
Étendez votre main vers le ciel, et qu'il se forme sur la terre de l'Égypte des ténèbres si épaisses qu'elles soient palpables [SACI, Bible, Exode, x, 21]
Mille oiseaux effrayants, mille corbeaux funèbres De ces murs désertés habitent les ténèbres [BOILEAU, Lutr. III]
Le fils d'Ulysse, l'épée à la main, s'enfonce dans ces ténèbres horribles [de l'enfer] [FÉN., Tél. XVIII]
Mon penchant naturel est d'avoir peur des ténèbres [J. J. ROUSS., Confess. X]
Je ne sens rien là de ces ténèbres visibles avec lesquelles la lumière se mêle, et qu'elle rend presque lumineuses [DIDER., Salon de 1767, Œuv. t. XIV, p. 454, dans POUGENS]
Obscurcissement de la vue, qui se manifeste dans les défaillances.
D'épaisses ténèbres lui couvrent les yeux ; les mains lâchent les rênes ; il tombe de son cheval [ROLLIN, Hist. anc. Œuv. t. VII, p. 424, dans POUGENS]
Les ténèbres de la mort, l'obscurité qui s'empare du mourant.
Aussitôt ses beaux yeux noirs s'éteignirent et furent couverts des ténèbres de la mort [FÉN., Tél. XX]
En termes de l'Écriture, la sombre malfaisance des démons.
Les temps de trouble arrivaient ; c'était l'heure de la puissance des ténèbres ; les apôtres étaient déjà comme au milieu de ces troubles [BOSSUET, Méd. sur l'Év. la Cène, 78e jour.]
Ces esprits lumineux [les anges tombés] devinrent esprits de ténèbres [ID., Hist. II, 1]
Qu'a fait le démon, ce prince des ténèbres, ennemi de Dieu et jaloux de sa gloire ? [BOURDAL., Myst. Pent. t. I, p. 444]
Et l'enfer, couvrant tout de ses vapeurs funèbres, Sur les yeux les plus saints a jeté ses ténèbres [RAC., Esth. Prol.]
Fig.
Œuvre de ténèbres, œuvre aussi méchante que les œuvres du diable, Cet ouvrage de ténèbres [Histoire du ministère du cardinal de Richelieu], plus flétri sans doute par le mépris public que par l'arrêt qui le condamne [VOLT., Mensonges impr. test. Richel. IX]
Cette production de ténèbres est l'ouvrage ou d'un diable en trois personnes ou d'une personne en trois diables [D'ALEMB., Lett. à Voltaire, 10 oct. 1764]
J. J. Rousseau a dit dans un sens analogue : L'immense édifice de ténèbres qu'ils ont élevé autour de lui, ne suffit pas pour les rassurer, 3e dial.
Dans le langage biblique, les ténèbres extérieures, la perdition, la damnation.
Liez-lui les pieds et les mains, dit le roi [dans la parabole de l'Évangile], ôtez-lui la liberté dont il a fait un si mauvais usage, jetez-le dans les ténèbres extérieures [BOSSUET, Méd. sur l'Évang. La dern. sem. du Sauveur, 34e jour.]
Ah ! si le serviteur inutile est jeté dans les ténèbres extérieures.... [MASS., Avent, Jugem. univ.]
Fig. Ce qui est comparé aux ténèbres.
Prenez garde que Dieu ne vous laisse dans les ténèbres [PASC., Prov. II]
Jésus-Christ même se voyait contraint de chercher d'autres voiles et d'autres ténèbres que ces voiles et ces ténèbres mystiques dont il se couvre volontairement dans l'eucharistie [BOSSUET, Reine d'Anglet.]
Ce fait nous montre de quelles ténèbres la prétendue sagesse des païens était accompagnée [ROLLIN, Hist. anc. Œuv. t. III, p. 311, dans POUGENS]
Comme le monde entier est dans l'erreur et dans les ténèbres sur les devoirs de la foi [MASS., Carême, Inconstance.]
L'homme plein de ténèbres et de passions depuis le péché [ID., Carême, tiéd. 1]
Des systèmes établis dans des temps de ténèbres doivent disparaître dans notre siècle [VOLT., Lett. Prost de Royer, 1er oct. 1763]
Il [Fréret] avait fait dans les langues orientales et dans les ténèbres de l'antiquité autant de progrès qu'on en peut faire [ID., Mél. litt. Lett. au prince de ***, 7, Fréret.]
Ténèbres de l'entendement humain, quelle main téméraire osa toucher à votre voile ? [J. J. ROUSS., Ém. III]
Souvent aussi cette lumière de l'Église [Bossuet] porte la clarté dans les discussions de la plus haute métaphysique ou de la théologie la plus sublime ; rien ne lui est ténèbres [CHATEAUBR., Génie, III, IV, 4]
Dans la liturgie catholique, matines qui se chantent l'après-dînée du mercredi, du jeudi et du vendredi de la semaine sainte (il s'écrit avec une majuscule).
J'ai trouvé de la douceur dans la tristesse que j'ai eue ici ; une grande solitude, un grand silence, un office triste, des Ténèbres chantées avec dévotion.... [SÉV., 26 mars 1671]
L'autre.... Pense être au jeudi saint, croit que l'on dit Ténèbres [BOILEAU, Lutr. IV]
Jeudi saint 19 avril 1685 : à Ténèbres la roi entendit pour la première fois Quare fremuerunt de Lulli, qui fut fort loué [DANGEAU, I, 157]

HISTORIQUE

  • XIe s.
    Cuntre midi tenebres i a granz [, Ch. de Rol. CIX]
  • XIIe s.
    De cez tenebres soi vit avironeit li prophetes [, Job, p. 469]
  • XIIIe s.
    Saint Matheus dit : Se ta lumiere est tenebre, les tenebres de toi que seront ? [BRUN. LATINI, Trésor, p. 339]
    Et par la joie convient lors Que li cuers oblit ses dolors Et les tenebres où il iere [était] [, la Rose, 2755]
  • XIVe s.
    J'estoie toute nue, vous m'avez fait vestir ; Je vivoie en tenebres, fait m'avez esclacir [sic, lisez : esclarir] [, Guesclin. 8856]
  • XVe s.
    Car, ce disoit Socrate, la pensée des mortels est enveloppée de très espaisses tenebres [, Bouciq. IV, 3]
  • XVIe s.
    La tenebre obscure [J. MAROT, v, 295]
    Toute l'eaue de la mer ne seroit suffisante à effacer ceste tache, ne toutes les tenebres du monde pour la cacher [M. DU BELL., 227]
    Tout ainsi que la lumiere Les tenebres devant soy chasse, Tout ainsi doulx regart defface Les tenebres où le cueur gist [PALSGR., p. 877]

ÉTYMOLOGIE

  • Provenç. tenebras ; espagn. tinieblas ; ital. tenebra, tenebria ; du lat. tenebrae. L'ancienne langue avait formé un substantif tenebror, beaucoup plus usité que ténèbres. Tenebrae est rattaché par les étymologistes au sanscr. tamas, obscurité, avec m changé en n à cause du b suivant.

ténèbres

TÉNÈBRES. n. f. pl. Privation de lumière, obscurité. Les ténèbres de la nuit. Se trouver dans les ténèbres. Être enveloppé d'épaisses ténèbres. Dissiper les ténèbres.

Dans le langage de l'Écriture, Les Ténèbres extérieures, Le séjour des réprouvés.

TÉNÈBRES se dit, en termes de Liturgie, des Matines qui se chantent l'après-dîner du mercredi, du jeudi et du vendredi de la Semaine sainte. Aller à Ténèbres. Entendre les Ténèbres.

Il s'emploie aussi figurément. Les ténèbres de l'idolâtrie, du péché, de l'ignorance. Marcher dans les ténèbres. Des oeuvres de ténèbres. Toute cette matière est pleine de ténèbres. Percer les ténèbres des temps anciens.

L'ange des ténèbres, l'esprit des ténèbres, le prince des ténèbres, Le diable.

tenebres

Tenebres, Tenebrae tenebrarum.

Plein de tenebres, Tenebricus, Tenebricosus, Tenebrosus.

Emplir de tenebres, Praeumbrare.

ténèbres


TÉNèBRES, s. f. plur. TÉNÉBREUX, EûSE, adj. [1re é fer. 2e è moy. au 1er, é fer. au 2d et 3e; 3ee muet au 1er, lon. aux deux aûtres.] Ténèbres, privation de lumière; obscurité. "Épaisses ténèbres: être dans les ténèbres.
   L'incrédule éfrayé préchoit dans les ténèbres:
   Il n'avoit ni docteurs, ni partisans célèbres.....
   Dieu n'avoit pas encor ce peuple d'énemis;
   Et le plus grand génie étoit le plus soumis.
       Le Franc.
= Fig. "Les ténèbres de l'idolâtrie, de l'ignorance. Percer les tenèbres des anciens tems. = Ténèbres, Nuit, Obscurité, (syn) Les ténèbres semblent désigner quelque chôse de réel et d'oposé à la lumière; l' obscurité est une pure privation de clarté; la nuit est le cessation du jour, c. à. d. le tems où le Soleil n' éclaire plus. — On dit des ténèbres, qu'elles sont épaisses; de l'obscurité, qu'elle est grande; de la nuit, qu'elle est sombre. "On marche dans les ténèbres; à l'obscurité et pendant la nuit. GIR. Synon. = OEuvre de ténèbres, est une expression consacrée, où ténèbres signifie iniquité. "Ce livre étoit une oeuvre de ténèbres, et méritoit l'indignation de l'autorité même. SABATIER, Trois Siècles, etc. = Ténèbres, se dit chez les Catholiques, des Matines qui se chantent dans la Semaine Sainte, l'aprês dinée du Mercredi, du Jeudi et du Vendredi. Aler à Ténèbres: entendre les Ténèbres.
   TÉNÉBREUX, sombre, obscur. "Les voiles ténébreux de la nuit. — En Poésie, le séjour ténébreux, le ténébreux Empire; l'Enfer. — Les tems ténébreux de l'Histoire;~ où elle est obscûre, et incertaine. = Il~ se dit fig. des persones. Homme sombre et~ ténébreux, qui a l' air sombre et ténébreux.

Synonymes et Contraires

ténèbres

nom féminin pluriel ténèbres
1.  Littéraire. Obscurité profonde.
2.  Littéraire. Ce qui est difficile à comprendre.
brouillard, mystère -littéraire: nuit, opacité.
Traductions

ténèbres

darkness

ténèbres

duisternis, hel

ténèbres

אופל (ז), אפלה (נ), חושך מצריים (ז), חשיכה (נ), לילה (ז), מחשך (ז), עלטה (נ), צלמוות (נ), קדרות (נ), לַיְלָה, עֲלָטָה, אֲפֵלָה, חֲשֵׁכָה, צַלְמָוֶת

ténèbres

tinieblas, tiniebla

ténèbres

мгла

ténèbres

tenebre

ténèbres

Dunkelheit

ténèbres

тъмнина

ténèbres

黑暗

ténèbres

mørke

ténèbres

어둠

ténèbres

mörker

ténèbres

[tenɛbʀ] nfpldarkness sg