terrein


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TERREIN

(tè-rin) s. m.
Espace de terre plus ou moins étendu, considéré d'une manière générale.
Ce sont les hommes qui font l'État, et c'est le terrein qui nourrit les hommes [J. J. ROUSS., Contr. soc. II, 10]
Je ne vois dans ces terreins si vastes et si richement ornés [jardins] que la vanité du propriétaire et de l'artiste, qui, toujours empressés d'étaler l'un sa richesse et l'autre son talent, préparent à grands frais de l'ennui à quiconque voudra jouir de leur ouvrage [ID., Hél. IV, 11]
Il examinait, au travers d'une grosse pluie, le terrein, comme s'il eût pu devenir un champ de bataille [SÉG., Hist. de Nap. IX, 2]
Ils se rendent sur le terrein, ils vont se battre en duel. Disputer le terrein, se dit, à la guerre, de l'opiniâtreté avec laquelle un des partis défend sa position contre l'autre.
Elle [la monarchie] a des places fortes qui défendent ses frontières et des armées pour défendre ses places fortes ; le plus petit terrein s'y dispute avec art, avec courage, avec opiniâtreté [MONTESQ., Espr. IX, 5]
Fig. Disputer le terrein, se défendre vivement.
Les femmes n'y sont pas comme nos Persanes qui disputent le terrein quelquefois des mois entiers [MONTESQ., Lett. pers. 55]
Ménager le terrein, employer utilement tout le terrein qu'on a. Fig. Ménager le terrein, se servir avec prudence des moyens dont on peut disposer. Gagner du terrein, s'avancer peu à peu dans une lutte contre les hommes ou contre les choses.
Le combat était d'homme à homme, chacun tâchant de repousser son compagnon et de gagner du terrein sur lui [D'ABLANC., Arrien, I, 5]
Fig. Gagner du terrein, faire des progrès, avancer peu à peu.
La cour a gagné beaucoup de terrein dans les provinces particulièrement où l'ardeur des parlements est beaucoup attiédie [RETZ, Mém. t. III, liv. IV, p. 341, dans POUGENS]
La saine philosophie gagne du terrein depuis Archangel jusqu'à Cadix [VOLT., Lett. Diderot, 14 août 1776]
Perdre du terrein, reculer dans une lutte L'aile gauche perdait incessamment du terrein. Fig. Perdre du terrein, perdre force, faveur, crédit.
Mme le Vasseur, qui vit que j'avais gagné du terrein sur le cœur de sa fille et qu'elle en avait perdu, s'efforça de le reprendre [J. J. ROUSS., Confess. X]
Fig. L'état des circonstances, des rapports, des conditions.
Parlons.... de M. le cardinal de Fourbin Janson ; il s'en va à Rome ; M. de Chaulnes.... lui donnera connaissance de ce terrein-là, qu'il sait naturellement [SÉV., avril 1690]
Je lui demandais [à Ch. de Sévigné voulant vendre sa charge] d'attendre un prétexte, l'ombre d'un dégoût, enfin quelque chose qui pût cacher le fond du terrein [ID., 14 févr. 1680]
Ces arts, toujours transplantés de Grèce en Italie, se trouvaient dans un terrein favorable, où ils fructifiaient tout à coup [VOLT., Louis XIV, I]
Connaître le terrein, connaître les inclinations, le caractère des personnes à qui on a affaire. On dit dans le même sens : reconnaître le terrein : tâter, sonder le terrein. Être sur son terrein, parler de ce qu'on connaît bien, ou agir dans une affaire qui nous est familière.
En effet, madame, il est là sur son terrein ; pour en avoir meilleur marché, il faut le dépayser un peu [P. L. COURIER, Convers. chez la comtesse d'Albany]
En un sens opposé : il n'est pas, il n'est plus sur son terrein. Se placer sur un bon, sur un mauvais terrein, soutenir une bonne ou une mauvaise cause ; choisir bien ou mal ses moyens d'attaque ou de défense.
Terme de manége. Espace de terre que l'on parcourt à cheval au manége ou ailleurs. Embrasser du terrein ou son terrein, aller au large, au manége. Il se dit aussi du cheval dont les allures sont vives. Garder, observer le terrein ou son terrein, se dit du cheval qui suit la même piste sans se serrer ni s'élargir. Il se dit aussi du cavalier. Perdre du terrein, se rétrécir sur les voltes. Ce cheval tâte le terrein, il ne marche pas franchement, il n'a pas les pieds sûrs.
La terre, par rapport à certaines qualités. Un excellent, un mauvais terrein.
J'aime mieux un ruisseau.... .... Qu'un torrent débordé qui, d'un cours orageux, Roule, plein de gravier, sur un terrein fangeux [BOILEAU, Art p. I]
Terreins agricoles, terreins servant à la culture, et constitués par les débris des masses minérales formant la surface du globe et par les détritus des corps organiques qui s'y sont mêlés. Défoncer un terrein, voy. DÉFONCER.
Terme de géologie. Nom donné aux roches considérées par rapport à l'étendue qu'elles occupent, et d'après le mode et l'époque de leur formation. La géologie est la science des terreins. Les terreins sont distingués d'après l'époque relative de leur formation, et divisés en primaires ou primitifs, secondaires ou moyens, tertiaires ou supérieurs.
Terme de peinture. Se dit de toutes les parties d'un paysage qui représentent la terre nue ou seulement revêtue d'herbe.
Adj. Sable terrein, sable de terre, des sablonnières, par opposition à sable de mer ou de rivière.

SYNONYME

  • TERROIR, TERREIN, TERRITOIRE. Terroir se dit de la terre en tant qu'il s'agit de l'étendue d'un canton considérée par rapport aux productions de la terre ; terrein, d'un espace plus circonscrit considéré par rapport à ce qu'on y peut faire ; territoire, en tant qu'il s'agit de juridiction.

HISTORIQUE

  • XVIe s.
    Un canal sera profondement creusé, sans crainte d'aller trop avant, soit terrain [terre] ou rocher [O. DE SERRES, 760]

ÉTYMOLOGIE

  • Ital. terreno ; du lat. terrenus (d'où terrein, et non terrain), terrestre, de terra, terre.